Patrimoine

Patrimoine : le Burkina Faso va labelliser le Faso Dan Fani

Des femmes tissent du Faso Dan Fani pour l marque burkinabè Adaja.

Des femmes tissent du Faso Dan Fani pour l marque burkinabè Adaja. © DR / Centre Adaja / https://www.facebook.com/CentreADAJA/

Afin de prévenir toute tentative de contrefaçon ou de copie à l’international du fameux « pagne tissé de la patrie » burkinabé, le ministère du Commerce a annoncé sa labellisation, prévue pour mai 2019.

C’est une fake news qui a ébranlé les réseaux sociaux, au Burkina Faso et au-delà : une entreprise chinoise aurait fait une demande de protection du label « Faso Dan Fani » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Les réactions, plus que vives, s’adressaient principalement à l’État burkinabè jugé « laxiste » quant à la protection du patrimoine national.

Des accusations que le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat s’est attaché à démentir. « Suite à notre demande, les recherches menées par les services techniques de l’OAPI [Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle] au sein de leurs bases de données IPAS et GESTITRES indiquent qu’aucune marque concernant le Faso Dan Fani n’a fait l’objet de dépôt à l’OAPI à la date du 15 avril 2019 », a indiqué Harouna Kaboré, ministre du Commerce, par voie de communiqué diffusé le 15 avril.

Et les autorités burkinabè d’insister sur un projet de labellisation de quatre produits nationaux initié en 2018 : le Faso Dan Fani, le chapeau de Saponé, le beurre de karité ainsi que les cuirs et peaux tannés à Kaya. Un appel à candidatures pour la réalisation du logo du label Faso Dan Fani avait même été lancé dans la foulée.

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« Pour le cas du Faso Dan Fani, le processus de labellisation sera parachevé d’ici fin mai 2019 avec le dévoilement du logotype du Label Faso Dan Fani (30 avril 2019), l’organisation d’un atelier national de validation des instruments techniques et de gestion du « Label Faso Dan Fani » (29 et 30 avril 2019) et la protection du Label Faso Dan Fani et des différents motifs tant au niveau régional (OAPI, etc.) qu’international (Asie, Europe, etc.) », précise encore le ministre.

Pagne officiel

En janvier 2018, le Premier ministre burkinabè d’alors, Paul Kaba Thieba, a signé un arrêté portant sur la promotion et la valorisation du Faso Dan Fani qui prévoit notamment que « les commandes publiques des structures de l’État à l’occasion des cérémonies officielles ou des manifestations d’envergure nationale donnant lieu à l’utilisation de tissus, portent prioritairement sur le Faso Dan Fani ».

En d’autres termes, depuis plus d’un an, le Faso Dan Fani est devenu le pagne utilisé pour toutes les cérémonies officielles organisées au Burkina Faso. L’arrêté encourage également l’utilisation du tissu pour la décoration bâtiments administratifs, qu’ils soient publics ou privés, ainsi que pour la confection des tenues ou uniformes des écoles publiques ou privées.

Sans oublier une disposition de taille : l’interdiction, sauf autorisation expresse du ministre en charge de l’Artisanat, de la reproduction ou l’impression du motif, du thème et du message choisis par l’autorité sur tout tissu industriel en dehors du Faso Dan Fani.

Thomas Sankara mettait déjà un point d’honneur à ce que les Burkinabè promeuvent et portent les étoffes locales comme « le pagne tissé de la patrie ». C’est sous son impulsion que sont nées de nombreuses coopératives de tisserandes à la fin des années 1980.

Le retour de ce volontarisme dans la défense du Faso Dan Fani intervient alors que le secteur cotonnier burkinabè traverse une crise de production. Pour la troisième campagne consécutive, la production est en baisse, et le Burkina est désormais à la quatrième place des producteurs africains d’or blanc derrière le Béninle Mali et la Côte d’Ivoire. En cause, les caprices de la météo, mais aussi la détérioration du climat sécuritaire, notamment dans les régions cotonnières de l’Est. Faut-il voir dans l’attachement du gouvernement au Faso Dan Fani une façon de booster le secteur ?

La menace chinoise

« Il a fallu cette histoire et les réseaux sociaux pour que je découvre que notre tissu n’était même pas encore labellisé par l’État », réagit le créateur de mode Bazem’Sé qui travaille, notamment, avec le Faso Dan Fani. « Il était vraiment temps que l’on se décide à prendre les devants. C’est quand même le coton burkinabé qui est en jeu. J’espère aussi qu’ils protégeront le kokodonda, un autre tissu de chez nous, avant que les Chinois ne mettent la main dessus. »

Les craintes de Bazem’Sé ne sont pas sans fondement, comme le prouve l’exemple du bogolan, au Mali. L’ancienne entreprise publique, Comatex, désormais détenue par une entreprise chinoise, confectionne en effet ce tissu traditionnel en faisant l’impasse sur les méthodes de fabrication artisanale. Aussi, leur produit n’a pas grand chose à voir avec l’original,n souligne le créateur. Et Bazem’Sé d’ajouter : « Dans tous les cas, mieux vaut tard que jamais ! »

 

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