Immigration

Offensive du maréchal Haftar en Libye : la Tunisie vigilante à un afflux de réfugiés

Des combattants libyens dans l'Est, en 2015 (photo d'illustration).

Des combattants libyens dans l'Est, en 2015 (photo d'illustration). © Mohamed Ben Khalifa/AP/SIPA

Consécutives à l’opération militaire lancée début avril par le maréchal Khalifa Haftar pour prendre Tripoli, les violences en Libye commencent à engendrer des déplacements internes de population, et augmentent les passages au poste-frontière avec la Tunisie voisine, qui craint un afflux d’immigrés similaire à celui de 2011.

« Une guerre en Libye pousserait plus de 800 000 migrants vers l’Europe. » Cet avertissement du chef du Gouvernement libyen d’union nationale (GNA), Fayez al-Sarraj, dans les colonnes du quotidien italien La Repubblica, sonne comme un appel au secours. Elle traduit l’ampleur de la menace qui plane sur le pays depuis l’accélération, jeudi 4 avril, de l’offensive de son adversaire Khalifa Haftar et les conséquences potentielles de celle-ci sur les civils. Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, continue de se montrer intransigeant : les ports de son pays resteront fermés.


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Loin des portes de l’Europe, plus de 30 000 Libyens ont déjà été déplacés en interne du fait des hostilités, selon le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha). Parmi eux, 16 000 bénéficient d’une assistance humanitaire, tandis que 3 000 réfugiés et migrants étrangers seraient par ailleurs bloqués dans des centres de détention à proximité des combats, dans la banlieue sud de la capitale.

La Tunisie, zone de refuge

L’agence onusienne a cartographié les premiers mouvements de migration interne. Selon l’agence de presse italienne Ansa, la plupart des déplacés originaires du sud de Tripoli se trouveraient actuellement chez des proches dans différents quartiers et banlieues de Tripoli, ainsi que le long du littoral ouest et dans les montagnes de Nefoussa, près de la frontière tunisienne. L’ONU a ainsi lancé un appel en faveur d’une trêve humanitaire temporaire pour permettre le passage des civils souhaitant quitter la capitale.

Dans son rapport publié dimanche 14 avril, l’agence faisait également état de civils coincés dans des zones de combats situées en banlieue de la capitale, et donnait le détail des aides d’urgence qu’elle propose. Depuis le 16 avril, la situation s’est dégradée, des tirs de roquettes s’étant notamment abattus sur Tripoli dans la nuit de mardi à mercredi. Plusieurs civils ont perdu la vie : le dernier bilan est d’au moins 254 morts et plus de 1 228 blessés, selon l’OMS. Ce 22 avril, le porte-parole de l’ANL, Ahmed al-Mesmari, a annoncé lors d’une conférence de presse que « les raids aériens sur Tripoli ne s’arrêteront pas ».

Les vols en partance et à destination de l’aéroport international de Tripoli ont été fortement perturbés par les combats. Si la situation venait à empirer, la Tunisie, atteignable par la route, pourrait constituer un refuge pour de nombreux Libyens. La chaîne de télévision France 24 faisait état vendredi 12 avril de frappes aériennes isolées dans la ville de Zouara, à seulement 60 kilomètres de la frontière tunisienne, sur la route du nord menant au poste de Ras Jedir.

Augmentation des arrivées par voiture

Côté tunisien, Mongi Slim, correspondant à Médenine du Croissant-Rouge tunisien pour la région allant de Djerba à Ben Guerdane, est très attentif à d’éventuels mouvements de population. Il affirme que le nombre de migrants traversant illégalement la Libye vers la Tunisie reste stable, mais relève une augmentation du nombre de Libyens arrivant par voiture particulière. « Ces personnes se débrouillent par elles-mêmes, elles ont de l’argent et savent où aller », assure-t-il.

Les Libyens sont nombreux depuis 2011 à s’être installés en Tunisie ou à faire les allers-retours pour se faire soigner, voir des proches ou tout simplement prendre des vacances. Autant de réseaux mobilisables pour les éventuels nouveaux arrivants. Les estimations de leur nombre varient considérablement. Tous n’étant pas résidents en Tunisie, leur décompte reste compliqué. Ainsi, des Libyens se trouvant en Tunisie avant la dernière offensive du maréchal Haftar ne pourraient par exemple pas rentrer chez eux dans la banlieue tripolitaine d’Al-Zahra, où un nouveau front s’est ouvert.

 

Le spectre de 2011

Le spectre de 2011 plane toujours sur la Tunisie. À l’époque, au plus fort de la guerre chez le voisin de l’Est, près d’un million de personnes avaient franchi la frontière. Si ce scénario apparaît encore loin, la Tunisie se prépare à d’éventuelles conséquences sur son sol. « La situation actuelle est inquiétante. Si elle se dégrade, on pourrait voir un afflux massif de Tunisiens ou de Libyens, comme en 2011, prévient Bouraoui Liman, directeur de l’information au ministère tunisien des Affaires étrangères. Si nous n’avons pas les moyens de les accueillir, nous les trouverons, en coordination avec les organisations internationales ».


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Ses services sont d’ores et déjà prêts à rapatrier les 25 000 à 30 000 Tunisiens installés en Libye (ils étaient 150 000 avant la chute de Mouammar Kadhafi). Mais aucune demande n’aurait été faite en ce sens, l’écrasante majorité de ces Tunisiens y étant parfaitement intégrés, possédant des intérêts économiques ou des attaches familiales. Il leur sera donc difficile de quitter l’ex-Jamahiriya.

Bouraoui Liman remarque cependant une hésitation croissante des Tunisiens allant travailler épisodiquement dans l’ouest libyen. Les déplacements professionnels de sociétés tunisiennes auraient aussi été limités. D’autant plus que certains événements, comme l’enlèvement (puis la libération) de 14 travailleurs tunisiens, en février dernier, sont encore dans les esprits.

Les Européens sont quant à eux environ 600 dans le pays, principalement à Tripoli et dans ses environs. Il s’agit en grande partie de binationaux avec de fortes attaches sur place. L’arrivée de personnel européen armé en Tunisie via la Libye a certes récemment fait beaucoup de bruit, mais outre cet épisode, les services des États membres disent n’avoir pour l’instant pas organisé d’évacuation majeure. De source diplomatique, la rédaction de documents de voyage pour les personnes souhaitant quitter le pays vers l’Union européenne a toutefois été facilitée, notamment via l’ambassade d’Italie, toujours ouverte.

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