Justice

Opposants incarcérés au Cameroun : Yaoundé dévoile sa ligne de défense à l’international

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 19 septembre 2019 à 09h26
Paul Biya à Yaoundé, lors du scrutin présidentiel de 2011 (archives).

Paul Biya à Yaoundé, lors du scrutin présidentiel de 2011 (archives). © Sunday Alamba/AP/SIPA

Alors que le statu-quo persiste dans la procédure judiciaire engagée contre Maurice Kamto et les 157 autres personnes détenues suite aux « marches blanches » du MRC, le gouvernement camerounais s’active à l’international, et laisse entrevoir sa ligne de défense.

Depuis la prison principale de Nkondengui, où il passait le 15 avril son 78e jour de détention, Maurice Kamto a adressé une lettre à ses compagnons de lutte, détenus à la prison centrale voisine. Dans cette missive abondamment relayée sur les réseaux sociaux, le leader du MRC dénonce « la détention arbitraire » dont lui et ses co-détenus font l’objet, et accuse certains magistrats d’avoir un « engagement partisan et un parti-pris politique ».

« J’ai fait savoir, à travers nos avocats, ma disponibilité à discuter avec Paul Biya pour solder le passif du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018 et jeter les bases sérieuses et crédibles d’un nouveau départ politique », écrit Maurice Kamto, qui continue de clamer sa victoire à ladite élection.

L’opposant, qui n’a plus été convoqué par un juge dans le cadre de la procédure ouverte à son encontre au tribunal militaire depuis le 26 février, souligne « le mépris » avec lequel la démarche de conciliation qu’il a engagé a été accueillie.

Yaoundé s’explique auprès de l’ONU

Mais si tout semble figé dans cette affaire, les autorités de Yaoundé, elles, s’activent à l’international. Le gouvernement camerounais, par la voix de Anatole Fabien Nkou, son représentant permanent aux Nations unies, a ainsi saisi par écrit le président de la Commission du droit international des Nations unies ainsi que le secrétaire général de l’Institut du droit international de Genève, en réaction à leurs appels « à la libération immédiate » de Maurice Kamto.

Dans les deux courriers, dont Jeune Afrique a obtenu copie, le chef de la mission permanente du Cameroun à l’ONU accable le leader du MRC et ses alliés. Pour la première fois, Anatole Fabien Nkou dévoile les fondements juridiques de l’action intentée à leur encontre. Pas moins de vingt textes de loi, ainsi qu’une trentaine de cas faisant jurisprudence, y sont mentionnés pour étayer l’argumentaire des autorités camerounaises.

« Maurice Kamto a été interpellé le lundi 28 janvier pour des faits d’une extrême gravité. Ces actes commis en live sur des réseaux sociaux par des individus se réclamant du MRC (…). Et jusqu’au moment où il a été arrêté, il ne s’était pas désolidarisé ni n’avait condamné les actes barbares qui ont été commis », écrit l’ambassadeur Anatole Fabien Nkou, faisant référence au saccage des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin le 26 janvier dernier.

« Sans nuance et sans vergogne »

« Archi-faux », rétorquent les avocats des opposants incarcérés, qui promettent de « démonter les notes de l’ambassadeur » dans une prochaine communication. « [Ils] nous rendent coupables du saccage des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin. Sans nuance aucune, et sans vergogne, ils affirment, sentencieux, en dépit de nos dénégations et en dépit de la revendication de ses actes par leurs auteurs, qui clament par ailleurs n’avoir aucun lien avec moi-même et le MRC », s’indigne de son coté Maurice Kamto, dans la lettre adressée à ses co-détenus.

Anatole Fabien Nkou reste cependant campé sur sa position. Selon lui, le MRC et son leader se sont lancés dans le « développement d’une logique de haine et d’intolérance », le recours à des « citoyens d’une nationalité étrangère » dans u ne campagne contre des personnalités tels le footballeur Samuel Eto’o et l’opposant Cabral Libii, ainsi qu’une « logique fasciste et de violence tous azimut ». Toutes choses qui justifieraient leur incarcération, et rendraient inopérant leur défense.

« Des recours ont été engagés à l’ONU et à l’Union africaine. Si le gouvernement pense qu’ils seront jugés irrecevable, c’est tant mieux », rétorque depuis Yaoundé, un des membres du collectif d’avocats de la défense. « Nous attendons sereinement la suite de la procédure », conclue-t-il.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte