Politique

[Chronique] Notre-Dame de Paris : notre drame de l’Afrique

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

Pendant l’incendie de la cathédrale parisienne, l’empressement des responsables africains à se signaler n’avait d’équivalent que l’ironie des twittos à guetter ledit empressement.

« Deuil », « tragédie », « horreur »… sans surprendre, la surenchère « twitteuse » qui a suivi l’incendie de la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris n’a pas échappé aux premiers responsables d’Afrique, singulièrement dans le landerneau francophone. Citoyen échaudé craignant la compassion bouillante, aucun habitant informé du continent n’a oublié les larmes du président béninois Boni Yayi après l’attentat meurtrier de Charlie Hebdo.


>>> À LIRE – Notre-Dame de Paris : les réactions de tristesse et de solidarité affluent du continent africain


Dès les premières flammèches en mondovision, ce lundi soir, une twittos sénégalaise dénommée « Call_Me_Wawa » prenait les paris en lançant un thread : « Quel Président africain tweetera en premier son soutien envers le peuple français ? Je mets un billet sur le mien ». Il ne lui faudra que quelques minutes pour retweeter le message de Macky Sall : « Au nom du Sénégal, j’exprime toute notre solidarité à la France et à toute la communauté chrétienne à travers le monde ».

Le chef de l’État sénégalais était-il réellement le premier sur la ligne d’arrivée de cette course à l’échalote médiatique ? Les compteurs laissent penser que le Malgache Andry Rajoelina aurait été le plus rapide, précédant de justesse le Congolais Moïse Katumbi : 18h47 contre 18h48. L’Africain moyen, lui, se pose une autre question : qui a twitté le plus rapidement, en janvier 2015, quand 45 églises nigériennes étaient incendiées dans des émeutes anti-Charlie Hebdo ?

Un roi ivoirien promet un don

Au jeu du « j’étais le premier à compatir » vient se substituer, avec le temps, celui du « je compatis le mieux ». Mardi 16 avril, le roi ivoirien de Krindjabo, capitale du royaume du Sanwi, affirmait que l’incendie parisien avait « troublé son sommeil » à tel point qu’il promet un don pour la reconstruction de la cathédrale. Chacun voyant midi à sa porte, cette promesse d’Amon N’Douffou V est l’occasion de rappeler qu’en 1687, le prince Aniaba avait été déraciné de son royaume akan vers la France où il avait été baptisé « Louis », nommé capitaine dans le régiment royal et distingué, par le roi Louis XIV, de l’Ordre de l’Étoile de Notre-Dame, dans cette même cathédrale aujourd’hui meurtrie.

Sans doute peut-on comprendre l’intérêt politicien d’Afrique francophone à se positionner émotionnellement lorsque l’ancienne puissance coloniale est ébranlée

Sans doute peut-on comprendre l’intérêt politicien d’Afrique francophone à se positionner émotionnellement lorsque l’ancienne puissance coloniale est ébranlée. Il est vrai que beaucoup de dirigeants africains ont fréquenté les bancs, les chancelleries ou les cabinets médicaux français. Il est vrai que le « continent noir » s’annonce comme le sauveteur de la francophonie.

Il est vrai également que la pratique religieuse qui s’évapore dans les cathédrales hexagonales pourrait survivre sur le continent africain. Selon un récent rapport du Pew Research Center, d’ici à 2060, six des dix pays comptant les plus grandes populations chrétiennes seront en Afrique : le Nigeria, la RDC, la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya et l’Éthiopie. Si « Paris vaut bien une messe » – phrase attribuée au roi français Henri IV – , un lieu de messe parisien incendié vaut bien une larme africaine…

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