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Cet article est issu du dossier «Législatives au Bénin sans l'opposition : les enjeux d'un scrutin inédit»

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Elections

Législatives au Bénin : la base pointe du doigt la « légèreté » des leaders de l’opposition

Une femme vote pour la présidence à Porto Novo, au Bénin, le dimanche 13 mars 2011. Photo d'illustration.

Une femme vote pour la présidence à Porto Novo, au Bénin, le dimanche 13 mars 2011. Photo d'illustration. © Valentin Salako/AP/SIPA

Alors que le pays s’oriente vers des législatives inédites, sans aucune liste de l’opposition, celle-ci dénonce la « poussée dictatoriale » du président Patrice Talon. Mais certains militants dénoncent également le manque de préparation des leaders, les accusant d’avoir prêté le flanc à leur propre exclusion du processus électoral.

« Engagement aveugle », « manque de stratégie voire de lucidité »… Plusieurs militants de l’opposition, rencontrés à Cotonou la semaine dernière, osent, à demi-mots, faire leur mea culpa dans l’impasse politique que subit actuellement le Bénin, l’une des démocraties les plus stables du continent.

Certains soutiennent que l’opposition a fait preuve de « légèreté et de négligence » dans l’obtention du fameux certificat exigés aux partis politiques, censé garantir leur conformité à la nouvelle Charte des partis politiques. Ce document, délivré par le ministère de l’Intérieur sur la base d’une liste établie conformément aux dispositions de la nouvelle charte des partis politiques adoptée le 7 septembre 2018.


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« Il est clair que nous n’avons pas intégré le fait que les choses devraient se faire de la sorte. Certains députés ont même voté les textes sans en savoir le contenu », glisse à Jeune Afrique un député de l’opposition élu dans le sud du pays et membre des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) de Thomas Boni Yayi. Il en veut notamment pour preuve que « c’est à la Céna que certains d’entre eux sont allé se renseigner sur l’interprétation de certaines dispositions ». Pour le député, « c’est plus que grave et ahurissant. »

Des erreurs évitables

La plupart des raisons invoquées par le ministère pour rejeter les dossiers des partis de l’opposition sont globalement « objectives ». L’USL (Union sociale libérale) n’a pas reçu son certificat en application de l’article 13 de la nouvelle Charte, qui interdit qu’un parti se donne un président d’honneur sous le coup d’une « peine infamante ». En l’occurrence, Sébastien Ajavon a été condamné à vingt ans de prison pour trafic de drogue le 18 octobre dernier.

« On aurait dû savoir qu’avec Ajavon comme président d’honneur, nous n’étions pas en règle avec les dispositions de la charte. Même dans le doute, on aurait dû s’abstenir», se désole un cadre de l’USL, sous le couvert d’anonymat.


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Au parti FCBE (Forces cauris pour un Bénin émergent), il était reproché la différence entre la liste des membres fondateurs du parti produite dans le dossier de conformité et celle déposée à la création du parti.

L’article 12 des statuts du parti étaient également en contradiction avec les dispositions de la nouvelle charte : pendant que celle-ci définissait les membres fondateurs comme les « personnes physiques qui ont créé le parti », les statuts des FCBE disposent qu’« il ne peut être qualifié membres fondateurs que ceux qui avaient été déclarés fondateurs à la création du parti. »

De même, « ni les statuts ni le règlement intérieur figurant au dossier […] ne sont signés ni des membres fondateurs ni de leurs mandataires », peut-on lire dans la notification adressée, le 20 février, au parti de l’ex-chef de l’État Thomas Boni Yayi.


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« Nous avons manqué de vigilance »

Des observations que le parti ne nie pas, et qu’il s’est d’ailleurs empressé de corriger lors d’un congrès extraordinaire convoqué en urgence le 22 février. Ce congrès, tenu à deux jours ouvrables de la fin du dépôt des candidatures aux législatives, a notamment modifié l’article 12 des statuts du parti et mandaté le secrétaire national adjoint et le secrétaire administratif pour signer les statuts et règlements du parti.

« Je n’accepte pas que ce soit les observations du ministère qui nous réveillent sur ces erreurs. Nous avons manqué de vigilance », regrette Hervé Alihonou, étudiant et membre de la jeunesse des FCBE.


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Pour Amadou Ali, militant USL, la « déconfiture politique » face à la majorité présidentielle est en partie de la responsabilité des leaders de l’opposition, qui ont selon lui « manqué de stratégie ». « Ils ont passé leur temps à mobiliser des foules, à organiser conférence de presse sur conférence de presse, oubliant les détails procéduraux qui donnent droit d’accès à l’élection ».

« L’enjeu, c’est de peser sur la confection des règles du jeu. À quoi sert d’avoir mobilisé tant de spectateurs si l’on n’est pas qualifié à participer au jeu ? Il ne fallait pas perdre la bataille de l’adoption de la loi électorale », s’insurge Boris Agbokou, militant du FCBE, qui pointe un doigt accusateur sur les députés de la minorité, qu’il accuse d’avoir « un peu trop pratiqué la politique de la chaise vide ».

Et si tous se retrouvent pour considérer que la crise préélectorale que traverse le Bénin est le résultat d’un bras de fer politique entre Patrice Talon et les forces de l’opposition, les militants de cette dernière ne peuvent que constater que celui-ci a tourné à l’avantage du président.

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