Elections

RDC : Lambert Mende dans le Sankuru, une candidature unique qui tourne à l’imbroglio politico-judiciaire

Lambert Mende, en 2016, lors d'une conférence de presse qu'il animait en tant que porte-parole du gouvernement. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Félix Tshisekedi a demandé à la Ceni le report de l’élection du gouverneur de la province du Sankuru. En cause : Lambert Mende, porte-parole des gouvernements de Joseph Kabila, est le seul candidat en lice après l’exclusion de son principal adversaire.

C’est un imbroglio politico-judiciaire en passe de devenir une affaire d’État en RDC. Dimanche, alors qu’il se trouvait à Goma pour la seconde étape de sa tournée dans l’Est du pays, le président Félix Tshisekedi a demandé à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de reporter une nouvelle fois l’organisation de l’élection du gouverneur de la province de Sankuru.

Le scrutin y avait déjà été reporté trois fois. D’abord fixé le 10 avril, il a été reporté au 13, puis au 15, avant ce nouveau report. Aucune nouvelle date n’a pour le moment été fixée.

Des reports multiples, dans cette province créée après la partition de l’ancien Kasaï-Oriental, pour des élections dont la particularité est de n’avoir qu’un seul candidat en lice. En l’occurrence, celui qui fut le porte-parole des gouvernements de Joseph Kabila, l’incontournable Lambert Mende.

Lambert Mende dénonce une « fabrication »

Le principal intéressé, pour sa part, s’étonne de ces multiples reports, qui reposent sur ce qu’il qualifie de « fabrication ». « Il y a certains proches de mon adversaire, qui a été déclaré inéligible du fait de sa nationalité étrangère, qui s’amusent à faire croire aux autorités à Kinshasa qu’il y a une insécurité à Lusambo. C’est complètement faux », vitupère Lambert Mende, qui assure par ailleurs qu’une candidature unique n’est, en droit, pas illégale.


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Fin février, saisie par la Convention des Congolais unis (CCU), le parti de Lambert Mende, la Cour d’appel de la province de Sankuru a invalidé la candidature de son opposant, Stéphane Mukumadi – qui était jusque-là un inconnu sur la scène politique -, au motif qu’il détenait une nationalité étrangère.

Suspendue sur décision du Conseil d’État, le scrutin du lundi 10 avril avait été reporté au samedi 13 par le président de la Ceni, Corneille Naanga, celui-ci jugeant que la mesure était « illégale ».

Bataille juridique

Une décision qui a donné lieu à une nouvelle bataille d’arguties juridiques. Le bureau du Conseil supérieur de la magistrature, réuni le 11 avril à Kinshasa, a ainsi considéré que les arrêts du Conseil d’État étaient « inexistants », et, partant, « ne peuvent être exécutés ».

Ces arrêts restent valables et doivent être exécutés promptement au nom du président de la République

Le conseil supérieur de la magistrature avait même menacé d’ouvrir une action disciplinaire contre les magistrats du conseil d’État ayant réhabilité Stéphane Mukumadi.

Ledit Conseil d’État a pour sa part immédiatement rétorqué que ses arrêts étaient rendus « au nom du peuple congolais », menaçant en retour le Conseil de la magistrature de poursuites éventuelles.

« Ces arrêts restent valables et doivent être exécutés promptement au nom du président de la République, conformément aux dispositions pertinentes de la loi », martèle ainsi Félix Vunduawe Te Pemako, président du Conseil d’État.

Et Félix Vunduawe Te Pemako de mettre en garde : « Toute personne ou institution qui se soustrairait à son obligation d’exécution desdits arrêts sera comptable de tout manquement préjudiciable en la matière. »

Mais le jour du scrutin, l’élection n’a finalement pas pu se tenir, le quorum n’ayant pas été atteint au sein de l’Assemblée provinciale : sur les 25 députés, seulement huit étaient présents.

Le lendemain, dimanche 15, Basile Olongo, vice-Premier ministre intérimaire en charge de l’Intérieur et de la sécurité, a demandé au président de la Ceni, au nom de Félix Tshisekedi, de reporter le scrutin que celui-ci avait reprogrammé au lundi 15 avril.

Craintes de violences

« L’enjeu est d’éviter les violences. Nous ne voulons pas voir renaître un phénomène comme celui des Kamuina Nsapu dans le Kasaï, en 2016, qui risque de survenir si l’élection était organisée dans ce contexte, avec la seule candidature de Lambert Mende », explique Basile Olongo à Jeune Afrique. En février, des affrontements ont déjà éclaté à Lusambo entre la police et des manifestants protestant contre la candidature unique de Lambert Mende au poste de gouverneur.


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À l’époque, Henri Mova Sakanyi, alors vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et sécurité, avait été dépêché sur place par Félix Tshisekedi.  Dans son rapport de mission remis à son successeur à ce poste, que Jeune Afrique a pu consulter, Henri Mova concluait que la candidature de Lambert Mende présentée par le Front commun pour le Congo (FCC) « posait problème ».

Basile Olongo assure que, dans les jours à venir, Félix Tshisekedi « va échanger d’ici la fin de la semaine avec toutes les couches sociales de la province du Sankuru » pour trouver une issue.

 

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