Politique

Algérie : le pouvoir durcit le ton, les manifestants déterminés

La police bloquant les manifestants à Alger, vendredi 12 avril 2019. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Les intimidations des forces de l’ordre et les déclarations du chef d'état-major de l'armée n’ont pas entamé la volonté populaire de faire tomber l’intégralité du « système ». Vendredi 12 avril, ils étaient encore très nombreux à défiler dans les rues de la capitale et des autres villes algériennes.

Pour le huitième vendredi de mobilisation nationale, Alger s’est réveillée sous un ciel dégagé et au bruit d’un hélicoptère de la police. La veille, les klaxons et les chants de manifestants résonnaient jusque tard dans la nuit, comme un message clair aux autorités : il n’y aura pas de recul populaire face aux intimidations.

Au cours de la semaine, les forces de police ont empêché plusieurs rassemblements et réprimé une manifestation d’étudiants, mardi 9 avril, à l’aide de canons à eau et à son – plusieurs jeunes protestataires ont été arrêtés, avant d’être relâchés en fin de journée. Depuis, les citoyens dénoncent les provocations et l’usage excessif de la force, ainsi que le discours véhément d’Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major et vice-ministre de la Défense nationale.


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Mercredi, ce dernier a adoubé la désignation d’Abdelkader Bensalah au poste de chef de l’État par intérim, et accusé des « parties étrangères » d’avoir infiltré les mouvements de protestation. Dès jeudi, la gendarmerie a bloqué plusieurs accès vers la capitale, filtrant notamment les entrées d’automobilistes depuis l’est du pays.

Des étudiants aspergés par les canons à eau de la police, mardi 9 avril 2019 à Alger. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Répression et barrages

Malgré la répression et les barrages, des citoyens ont réussi à rejoindre la capitale tard dans la nuit ou très tôt vendredi matin. « Je suis arrivé hier à 9 heures et j’ai dormi dans ma voiture. J’avais prévu le nécessaire », explique Hamid, venu de Boumerdès, à 45 kilomètres à l’est d’Alger. « Ils ont coupé les routes, mais nous sommes quand même là pour réclamer nos droits. Ils ne peuvent pas nous en empêcher. C’est eux ou nous », lance ce trentenaire.

Sur les marches de la Grande Poste, ce sont les policiers qui ont finalement été pacifiquement chassés des lieux par la foule

« Je manifeste où bon me semble », crie un homme de 70 ans, originaire de Sétif. « Pourquoi faites-vous cela ? », demande-t-il aux policiers anti-émeutes déployés très tôt sur les principales voies du centre d’Alger. Ceux-ci ont tenté de contenir la foule, en vain. Sur les marches de la Grande Poste, ce sont eux qui ont finalement été pacifiquement chassés des lieux par la foule.

Impuissante face à la détermination et au nombre croissant de protestataires, la police a fait profil bas en continuant à protéger le Palais du Gouvernement et l’Assemblée populaire nationale, lieux du pouvoir situés en plein centre-ville.

Heurts et blessés

En début d’après-midi, les forces de l’ordre ont une nouvelle fois fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes. Certains policiers ont violemment retiré les pancartes des manifestants. Malgré ce qui est considéré comme des « provocations », les protestataires n’ont pas voulu répondre par la violence et ont répété encore « silmiya, silmiya » (pacifique). Des heurts ont tout de même éclaté en début d’après-midi. Plusieurs personnes ont été blessées au cours de mouvements de foule.


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« Nous voulons une Assemblée constituante et une élection propre, même si elle doit avoir lieu dans plusieurs mois », affirme Hafida, une fonctionnaire de 35 ans, farouchement opposée à la présidentielle prévue le 4 juillet. « Après tout ce chemin parcouru en seulement quelques semaines, il est impossible pour nous de faire marche arrière et de les laisser placer une autre personne au pouvoir », ajoute-t-elle, déterminée.

Tout au long de la journée – et un peu partout dans le pays – , les manifestants ont scandé des slogans hostiles au Premier ministre Noureddine Bedoui, au chef de l’État par intérim Abdelkader Bensalah, ainsi qu’au chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah. Beaucoup demandent le départ de ces figures du « système Bouteflika », refusant que l’armée s’approprie le mouvement populaire.

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