Politique

Soudan : appels au respect des « aspirations démocratiques » après la destitution d’Omar el-Béchir

Des soldats soudanais devant devant le QG de l'armée à Khartoum le 11 avril 2019.

Des soldats soudanais devant devant le QG de l'armée à Khartoum le 11 avril 2019. © AFP

Le ministre de la Défense, Awad Ibn Awf, a été nommé jeudi à la tête du Conseil militaire de transition, remplaçant ainsi le président Omar el-Béchir, destitué le jour même par l'armée. Plusieurs pays et organisations internationales, dont l'ONU et l'Union africaine, réclament une transition respectant les « aspirations démocratiques » des Soudanais.

Deux hauts gradés ont prêté serment dans des images diffusées jeudi par la télévision d’État. Le ministre de la Défense, Awad Ibn Awaf, a été porté à la tête du Conseil militaire de transition pour deux ans. Il remplace ainsi le président Omar el-Béchir, destitué le jour même par l’armée. Le chef d’état-major de l’armée, le général Kamal Abdelmarouf, a lui été nommé adjoint de ce Conseil.

Malgré l’annonce de la mise en détention du président Omar el-Béchir jeudi dans la mi-journée, les manifestants ont continué à contester, appelant à une transition démocratique et à un pouvoir civil. Des milliers de personnes se sont rassemblées devant le QG de l’armée malgré le début d’un couvre-feu imposé pour un mois de 22H00 à 04H00 locales, soit de 20H00 GMT à 02H00 GMT.

« Le sang de nos frères ne doit pas avoir coulé pour rien », a confié un manifestant, décidé à braver le couvre-feu, alors que le mouvement de contestation au Soudan, débuté le 19 décembre après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, a été marqué par la mort de 49 personnes, selon un bilan officiel.

« Respect des aspirations démocratiques »

Dans un communiqué diffusé jeudi, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a exprimé « la conviction de l’Union africaine que la prise du pouvoir par l’armée n’est pas la réponse appropriée aux défis auxquels le Soudan est confronté et aux aspirations de sa population ». Il a exhorté toutes les parties concernées à faire preuve de « calme » et à « engager un dialogue inclusif afin de créer les conditions permettant de répondre aux aspirations du peuple soudanais à la démocratie, à la bonne gouvernance et au bien-être ».

Plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Union européenne (UE), ont également exhorté jeudi les militaires à intégrer les civils dans ce processus de transition.

Dans un communiqué qui s’abstient de condamner le coup d’État militaire ayant conduit à la destitution du président soudanais, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, « réitère son appel au calme et à la plus grande retenue de tous ». « Il rappelle ses encouragements et espoirs antérieurs selon lesquels les aspirations démocratiques du peuple soudanais se réaliseraient grâce à un processus de transition approprié et inclusif », précise son texte.

Réunion du Conseil de sécurité

Des diplomates ont indiqué que les États-Unis et cinq pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique et Pologne) avaient demandé une réunion d’urgence à huis clos du Conseil de sécurité sur le Soudan. Celle-ci devrait se tenir vendredi en milieu de journée.

« Nous sommes très préoccupés par les derniers développements, notamment le couvre-feu, la fermeture des ports et aéroports », a souligné devant des médias l’ambassadeur britannique adjoint à l’ONU, Jonathan Allen. « Nous avons besoin de voir une transition bien plus rapide » que les deux ans de transition militaire annoncés, a-t-il ajouté. « Le plus important est qu’il n’y ait plus de violence » à l’encontre des manifestants, a-t-il dit.

Interrogé lors de son point de presse quotidien sur une possible traduction d’Omar el-Béchir devant la Cour pénale internationale, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a rappelé qu’António Guterres avait souvent réclamé une « pleine coopération » avec la CPI. Il a toutefois ajouté que l’ONU n’était pas en mesure de s’exprimer sur des demandes spécifiques d’arrestations formulées par la CPI.

Deux mandats d’arrêt internationaux

Désormais détenu par les militaires soudanais qui ont pris le pouvoir au Soudan, Omar el-Béchir est visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par la CPI en 2009 et 2010 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre qui auraient été commis au Darfour entre 2003 et 2008 au moins.

Dans un communiqué, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a annoncé que 26,5 millions de dollars avaient été débloqués jeudi en urgence pour une aide humanitaire (nourriture, santé, eau…) destinée au cours des six prochains mois à plus de 800 000 Soudanais victimes de la crise économique.

L’ONU estime que l’insécurité alimentaire touche aujourd’hui quelque 5,8 millions de Soudanais, un chiffre en hausse par rapport à 2018. Si les actes de violence ont fortement diminué dans le pays, le Soudan compte toujours 1,9 million de déplacés et 1,2 million de réfugiés, venant notamment du Soudan du Sud.

Pays voisin, l’Égypte a exprimé jeudi sa « confiance » dans la capacité du peuple et de l’armée soudanaise à gérer l’après-Omar el-Béchir. « L’Égypte exprime sa totale confiance dans la capacité du peuple soudanais frère et de son armée nationale loyale à surmonter cette étape cruciale et ses défis » pour parvenir à « la stabilité, la prospérité et le développement », a ajouté le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

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