Politique

Côte d’Ivoire : le 11 avril 2011 commémoré sur fond de division au FPI de Laurent Gbagbo

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à son arrivée dans la salle d'audience de la Cour pénale internationale à La Haye, aux Pays-Bas, le mardi 15 janvier 2019. © Peter Dejong/AP/SIPA

Huit ans après la chute de Laurent Gbagbo, la traditionnelle commémoration du 11 avril 2011, date de l'arrestation de l'ex-président ivoirien, se déroule sans faste à Abidjan. Son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), est marqué par de profondes divisions.

Au siège du Front populaire ivoirien (FPI) à Cocody (Abidjan), le calme du quotidien plane en cette matinée du jeudi 11 avril. Aucune activité officielle n’a été prévue pour ce jour qui commémore les huit ans de la chute, à Abidjan, de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et de son pouvoir. Pascal Affi N’Guessan, le président légal de la formation politique de Laurent Gbagbo, a simplement convoqué dans l’après-midi un secrétariat général à huis clos.

Dans la même commune et au domicile de l’ex-couple présidentiel transformé en quartier général des dissidents du parti, c’est la même ambiance d’une journée ordinaire. Assoa Adou, le nouvel homme fort des « Gbagbo ou rien » après le décès début novembre 2018 d’Aboudramane Sangaré, a convoqué, toujours dans l’après-midi, une réunion de son secrétariat général. À huis clos, elle aussi.


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Crise entre les deux camps

Le manque de commémoration officielle des deux camps rivaux du FPI est le résultat d’une profonde division du parti de Laurent Gbagbo, accentuée par la rencontre avortée à Bruxelles, le 21 mars dernier, entre l’ex-président ivoirien et Pascal Affi N’Guessan. Les années passées et en dépit de la crise entre les deux camps, Agnès Monnet, alors secrétaire générale et porte-parole du FPI, dressait un réquisitoire musclé contre le pouvoir d’Alassane Ouattara, grand tombeur de Laurent Gbagbo.

Pour le politologue ivoirien Sylvain N’Guessan, le manque de célébration officielle dans les deux camps a une explication politique simple. « Affi N’Guessan a le logo du FPI mais il est en conflit ouvert avec Gbagbo, démontre-t-il. Ce dernier incarne le 11 avril, ce qui rend difficile de commémorer ce jour sans parler de Gbagbo. Assoa Adou, lui, bénéficie de l’onction de Gbagbo, mais sans doute refuse-t-on dans le camp des rivaux d’Affi N’Guessan de faire face à des questions internes, comme l’ordre protocolaire ou la teneur du discours. Cette tendance du FPI ne s’est pas encore clairement arrêtée sur la position à adopter vis-à-vis de la communauté internationale, responsable selon elle de la chute de Gbagbo ».

De fait, les deux camps rivaux au FPI sont secoués par des dissensions internes. Dans le camp d’Affi N’Guessan, après la démission d’Agnès Monnet, qui a rejoint depuis deux semaines le camp des frondeurs, d’autres démissions sont annoncées ou soupçonnées. Pour certains, une rupture avec Gbagbo serait préjudiciable à leur propre carrière politique. Dans le camp d’Adou, l’ambition présidentielle de Simone Gbagbo, au détriment de celle de Laurent Gbagbo, présenté comme le « candidat naturel », fait couver une crise qui pourrait être de plus en plus visible à l’approche de la présidentielle de 2020. Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) reste menacé par plusieurs procédures judiciaires en Côte d’Ivoire.

En attendant, la société civile, elle, n’a pas complètement rejeté la journée de commémoration. Plusieurs organisations non gouvernementales ivoiriennes se sont notamment réunies dans un hôtel d’Abidjan. À l’initiative de la Coalition ivoirienne pour la CPI, elles ont débattu autour du « sort des victimes », en se basant sur l’acquittement du Congolais Jean-Pierre Bemba et celui des Ivoiriens Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.


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Après la libération de Gbagbo

Le 11 avril 2011, à l’issue de cinq mois de crise post-électorale ayant occasionné la mort d’au moins 3 000 personnes, Laurent Gbagbo avait été arrêté à la résidence présidentielle par les ex-Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, armée loyale à Alassane Ouattara et majoritairement composée de combattants de l’ex-rébellion des Forces nouvelles de Guillaume Soro). Auparavant, l’ex-force française Licorne, agissant sous mandat onusien, avait bombardé la résidence où s’étaient réfugiés Gbagbo et des proches, dans un bunker souterrain, assurant ainsi aux troupes de Ouattara une victoire militaire.

La crise était née du refus de Gbagbo de concéder sa défaite électorale face à Ouattara, à l’issue du second tour de la présidentielle de novembre 2010. Après plus d’un an de détention dans le septentrion ivoirien, Gbagbo avait été transféré à la CPI où il a été jugé, avec son bras droit Charles Blé Goudé, pour quatre chefs de crimes contre l’humanité. Libérés sous conditions en février 2019, ils attendent de connaître leur sort définitif.

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