Politique

RDC : Zoé Kabila, Gentiny Ngobila, Christophe Nangaa… Ces nouveaux gouverneurs qui font polémique

Joseph Kabila, lors de l’investiture de son successeur, le 24 janvier,à Kinshasa. © Olivia Acland/REUTERS

Sur les 26 provinces que compte la RDC, 22 ont désormais un nouveau gouverneur à leur tête. Mais, si le renouvellement est bel et bien effectif sur le papier, les partisans de l'ancien président Joseph Kabila, rassemblés au sein du Front commun pour le Congo, gardent la haute main sur la quasi-totalité des postes. Et le profil de certains de ces nouveaux gouverneurs fait polémique.

Un renouvellement de façade ? C’est le sentiment qui se dégage au lendemain de l’élection des gouverneurs, qui a débouché sur un nouveau raz-de-marée en faveur du Front commun pour le Congo, la coalition qui s’est donnée l’ancien président pour « autorité morale ». Les partisans de Joseph Kabila ont raflé 16 des 22 sièges lors de ce scrutin au suffrage indirect, après avoir remporté la majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat et au sein des Assemblées provinciales. Le propre frère de l’ancien président, Zoé Mwanza Kabila, accède au poste de gouverneur dans la province du Tanganyika. Et il n’est pas la seule personnalité, parmi les nouveaux gouverneurs, à retenir l’attention, voire à faire polémique.

Colère de l’UDPS

Des résultats qui accentuent encore les tensions au sein de la coalition que forment le FCC de Joseph Kabila et le Cap pour le changement (Cach) de Félix Tshisekedi. Tandis que les premiers revendiquent haut et fort cette victoire, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, le parti de Félix Thsisekedi, qui forme la principale formation au sein du Cach), ne cache pas sa colère. D’autant que les deux formations ont échoué à s’entendre au cours de négociations menées ces derniers jours.


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« Je donne raison à la base, les amis du FCC ne sont pas sincères », accuse ainsi Peter Kazadi, qui fut le directeur de cabinet adjoint de Félix Tshisekedi  en charge de la politique lorsque ce dernier était à la tête de l’UDPS. « La majorité parlementaire que détient le FCC est en déphasage complet avec l’opinion. Le FCC veut le pouvoir pour le pouvoir », accuse-t-il.

« C’est une démonstration du fait que Kabila n’a pas quitté le pouvoir. Il a quitté la présidence, mais pas le pouvoir », estime pour sa part Prince Épenge, de la coalition Lamuyka, qui a soutenu la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle. « Kabila, quand il fait les choses, il a un, deux ou trois coups d’avance. Tout était préparé, c’est une stratégie conçue par Joseph Kabila pour garder le pouvoir : il s’est arrangé pour avoir la majorité parlementaire et pour imposer une collaboration au président Tshisekedi », abonde Sam Bokolombe, professeur d’université et député national de la plateforme ensemble de Moise Katumbi.

Des gouverneurs controversés

Et si le nombre de provinces ravies par le FCC inquiète, tant au sein de l’opposition que chez les partisans du président Félix Tshisekedi, c’est aussi la personnalité de certains d’entre-eux qui est critiquée.

• Zoé Kabila, frère de Joseph Kabila, élu au Tanganyika

Député de Manono, dans l’ex-Katanga – province natale du Mzee – depuis 2011, Zoé Kabila a terminé son mandat sans avoir une seule fois pris la parole dans l’hémicycle, ni avoir initier la moindre démarche parlementaire. Très discret, évitant l’exposition médiatique, le frère cadet de l’ancien président président de la République a été gouverneur de la province de Tanganyika, devançant l’opposant Christian Mwando.

Lors d’un rare échange accordé à Jeune Afrique en 2016 – il avait alors justifié sa discrétion dans les médias par le fait que les journalistes « ne rapportent que des mensonges sur lui » – il avait reconnu participer « quelquefois » à des réunions informelles au sommet de l’État. Il avait aussi insisté sur le fait que Joseph Kabila n’avait nullement l’intention de s’éterniser à son poste, mais aussi que les Kabila n’étaient « pas prêts à abandonner le pouvoir à n’importe qui ». Et d’ajouter : « Notre père a versé son sang pour ce pays. Lorsque nous étions enfants, il nous répétait que c’était nous qui allions reconstruire la RDC. »


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• Gentiny Ngobila, témoin-clé des tueries de Yumbi, élu à Kinshasa

Gentiny Ngobila Mbaka a été élu gouverneur de la ville de Kinshasa sous les couleurs du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila. Il remplace à ce poste André Kimbuta Yango.

Précédemment gouverneur de la province du Maï-Ndombe, son nom a été cité par plusieurs ONG, qui l’accusent d’avoir eu une responsabilité dans les tueries de Yumbi. Les 15 et 16 décembre dernier, 537 personnes, hommes, femmes et enfants, ont été massacrés dans trois villages de la province du Maï-Ndombe, à 300 km au nord de Kinshasa. « Un conflit inter-communautaire, lié essentiellement à la terre, a été instrumentalisé par certains acteurs politico-administratifs locaux et a abouti malheureusement à ce cauchemar », écrit l’ONU dans un rapport transmis au Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme fin mars.

« Il est évident que le gouverneur qui était en fonction devait prendre des mesures pour arrêter les massacres et, quoi qu’il en soit, ça sera un témoin-clef pour le moment du procès. Il devra expliquer pourquoi on n’a pas pu arrêter les massacres », a cependant considéré Marie-Ange Mushobekwa, ministre des Droits humains.


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• Christophe Nangaa, frère du président de la Ceni, élu dans le Haut-Uélé

Christophe Nangaa a pour sa part été élu gouverneur dans la province du Haut-Uélé. Le frère de Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), était auparavant sénateur. Cette élection à la tête du Haut-Uélé intervient dans la foulée de l’élection de l’épouse de Corneille Naaga, Yvette Nangaa, comme députée provinciale de Kinshasa. Son père,

Le président de la Ceni, qui affirmait récemment à Jeune Afrique souhaiter prendre de la distance avec le monde politique, est actuellement sous le coup de sanctions américaines en raison de présomptions des malversations lors de l’organisation des élections du 30 décembre dernier.

« Sous la direction de [Corneille] Nangaa, les responsables de la Ceni ont gonflé de 100 millions de dollars les coûts du contrat de la machine à voter dans le but d’utiliser les fonds excédentaires pour l’enrichissement personnel, les pots-de-vin et les coûts de campagne pour financer la campagne électorale du candidat de Kabila », écrit notamment le Trésor américain pour justifier le blocage de ses avoirs aux États-Unis et l’interdiction à toute personne présente sur le territoire américain de procéder à toute transaction financière.


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