Vie des partis

Tunisie : le congrès électif de Nidaa Tounes joue les prolongations

Des partisans de Nidaa Tounes lors d'un meeting pour la campagne électorale de Béji Caïd Essebsi, le 15 novembre 2014 (image d'illustration).

Des partisans de Nidaa Tounes lors d'un meeting pour la campagne électorale de Béji Caïd Essebsi, le 15 novembre 2014 (image d'illustration). © Aimen Zine/AP/SIPA

Le congrès électif de Nidaa Tounes, qui s'est tenu ce week-end, aurait dû annoncer ses résultats mardi 9 avril, mais le parti joue les prolongations pour désigner son bureau exécutif. Alors que les organisateurs rappellent que le règlement leur laisse quinze jours pour ce faire, Jeune Afrique décrypte les différentes tendances qui s'affrontent.

Pour la direction sortante, rien que de bien normal. « Il a fallu organiser le vote de plus de 1 800 militants pour élire un comité central de 217 membres, puis les 32 composant le bureau politique », précise Ons Hattab, députée et l’une des huit femmes siégeant au bureau politique. Selon les organisateurs du congrès, le règlement laisse à Nidaa quinze jours pour désigner son nouveau cercle de dirigeants et son président.


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Mais dans les faits, le parti est objet de tiraillements. Ines Ben Nasr, membre du comité juridique du parti, apporte un autre éclairage en annonçant qu’une plainte demandant l’annulation des résultats du congrès pour infractions au règlement a été déposée auprès des tribunaux. Irrégularités qu’avait aussi relevées et dénoncées la députée Fatma Mseddi, candidate malheureuse dans la circonscription de Sfax. Tandis que Néji Jelloul, ancien ministre de l’Éducation, évoquant les suspicions d’irrégularités, s’est retiré du bureau politique à peine élu.

Nidaa historique vs garde rapprochée de HCE

Attendu depuis la création du parti en 2012 et reporté à maintes reprises, ce congrès électif devait permettre au parti fondé par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, de se remettre en selle et de surmonter les divergences qui le traversent. Mais la confusion a prédominé lors de cette rencontre, qui a débuté à Monastir le 6 avril pour se poursuivre à Tunis trois jours plus tard. « Les 32 membres du bureau politique n’ont pas pu être élus à Monastir parce que Hafedh Caïd Essebsi a pris l’ordinateur, l’imprimante et l’urne et il est rentré avec à Tunis !» s’est indigné sur l’antenne de Nessma TV le député Mondher Belhaj Ali, ancien de Nidaa Tounes. Les critères d’éligibilité au bureau politique, dont au moins six ans au parti, n’ont pas non plus été respectés.

Certains congressistes ont soutenu l’organisation d’élections, tandis que d’autres voulaient trouver un consensus pour désigner les membres du bureau exécutif. « On privilégie le marchandage à un processus électoral démocratique », dénonce un ancien dirigeant du parti. Résultat : Nidaa peine à aboutir son congrès et affiche l’image d’une formation non soudée qui avance dans le désordre.

On prend les mêmes, ou presque, et on recommence, persifle un militant décidé à quitter la formation

La composition du bureau politique en dit long, puisqu’il semble divisé en deux courants, entre le cercle des fidèles du fondateur, représentant le Nidaa historique, et la garde rapprochée de Hafedh Caïd Essebsi, son fils et actuel directeur exécutif sortant.

Après la déconfiture du parti qui a perdu 46 de ses 86 élus – bien qu’il a remporté les législatives de 2014 – Nidaa Tounes est en quête d’un second souffle. Ce congrès aurait dû impulser une nouvelle dynamique, mais le parti semble n’avoir pas su renouveler ses cadres et agir dans la transparence. « On prend les mêmes, ou presque, et on recommence ! » persifle un militant décidé à quitter la formation.

Pas de parité et peu de place pour les jeunes

Des confidences distillées par des cercles bien informés assurent que Selma Elloumi Rekik, ex-ministre du Tourisme et actuelle cheffe du cabinet présidentiel, prendrait les commandes de la formation. Elle est, avec son frère Faouzi, patron du groupe Coficab, l’un des soutiens indéfectibles du président depuis la création de Nidaa Tounes.


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Cela n’empêche pas les observateurs de remarquer que le parti, qui soutient l’égalité entre les femmes et les hommes, n’a pas intégré la parité dans la composition de son bureau politique, et ne laisse pas une réelle place aux jeunes. D’autres soulignent la présence de ministres toujours actifs : Radhouane Ayara, en charge de l’Immigration et des Tunisiens de l’étranger, Adel Jarboui, secrétaire d’État au Transport, ou encore Hatem Ferjani, secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargé de la diplomatie économique, alors que Nidaa a pris ses distances vis-à-vis du gouvernement.

Dans tous les cas, une victoire de Selma Elloumi Rekik sauverait la face du congrès et pourrait éloigner Hafedh Caïd Essebsi du commandement, comme le souhaitaient de nombreux militants. Cela sera-t-il suffisant pour que Nidaa rebondisse ? Une configuration centrée sur les proches de Béji caïd Essebsi, dont Faouzi Elloumi, Néji Jalloul ou Mohamed Raouf Rekik, permettrait-elle d’ouvrir vers un rapprochement avec Tahya Tounes ? Rien n’est sûr, puisque le clan Hafedh Caïd Essebsi avec Ons Hattab, Abdelaziz Kotti, Sofiane Toubel et Abderraouf Khamassi, demeure puissant au sein du bureau politique.

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