Politique

Football et ingérence politique, une particularité africaine ?

Le Sénégalais Moussa Sow (g.) à la lutte avec le Zimbabwéen Elisha Muroiwa, pendant la CAN au Gabon, le 2 janvier 2017 (photo d'illustration). © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le ministre des Sports du Gabon a annoncé le 27 mars dernier le limogeage du sélectionneur Daniel Cousin et la dissolution de la sélection nationale. En Afrique, les ingérences du politique dans le milieu sportif sont une habitude assez répandue. Retour sur les exemples les plus significatifs.

• Au Gabon, le ministre des Sports sur le qui-vive

Alain-Claude Bilie-By-Nzé a pris la sélection nationale en main. Quatre jours après l’élimination des Panthères, privées de la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à cause d’un match nul au Burundi (1-1), le ministre des Sports du Gabon a convoqué le staff technique et des membres de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) pour mettre les choses au point. Après une longue réunion particulièrement tendue, Bilie-By-Nzé a annoncé le limogeage de Daniel Cousin, le sélectionneur nommé sept mois plus tôt, ainsi que la dissolution de la sélection nationale. « Une annonce risquée, qui peut être considérée par la FIFA comme une ingérence du politique dans le domaine sportif. Des membres de la Fegafoot l’ont rappelé au ministre, mais ont-ils été entendus ? », s’interroge un ancien international, sous couvert d’anonymat. Pour l’instant, la FIFA n’a pas encore réagi.

• Le Mali s’enfonce dans la crise

Plongé dans une profonde crise depuis plusieurs années, le football malien est placé sous la direction d’un comité de normalisation imposé par la FIFA, et actuellement piloté par l’ancienne ministre Fatoumata Guindo, au moins jusqu’au 31 août. En mars 2017, la FIFA avait suspendu la Fédération malienne de football (Femafoot) de toutes les compétitions. Le ministère des Sports avait en effet décidé de dissoudre le comité exécutif de l’instance. Outre l’interdiction de prendre part à des compétitions, le Mali avait perdu tous ses droits de membre, le privant notamment des subventions de la FIFA et des différents programmes de développement. Droit dans ses bottes, le gouvernement avait maintenu sa position, malgré les protestations venues de Zurich, siège de l’instance. Si la suspension avait finalement été levée quelques semaines plus tard, la crise perdure.

L'équipe de foot malienne à Kolkata, en Inde, le 28 octobre 2017. © Bikas Das/AP/SIPA

• La Sierra Leone face à la FIFA

Alors que la sélection nationale était encore concernée par une qualification pour la CAN 2019, la FIFA a mis fin aux rêves des joueurs sierra-léonais, en octobre dernier, à quelques jours d’une double confrontation avec le Ghana. Le ministère des Sports, sur un ordre venu d’en haut, venait de limoger la présidente de la Fédération sierra-léonaise de football (SLFA) Isha Johansen et son secrétaire général, Christopher Kamara, suspectés de corruption, de mauvaise gestion et de matches truqués.

La SLFA avait tenté, en vain, de faire revenir la FIFA sur sa décision. La situation reste depuis figée : la Sierra Leone a été contrainte de déclarer forfait pour la suite des qualifications, et la suspension n’a pas été levée. La FIFA considère que le gouvernement sierra-léonais est directement intervenu dans ses affaires, ce que ne tolère pas l’instance suprême.

• Djibouti, la sélection fantôme

Depuis presque deux ans, la sélection djiboutienne n’a plus fait la moindre apparition sur la scène internationale. En juillet 2017, une défaite à domicile face à l’Éthiopie (1-5), en match qualificatif pour le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) avait provoqué l’ire de la Fédération djiboutienne de football (FDF), laquelle avait prononcé la dissolution de la sélection nationale, qui n’avait ainsi pas effectué le déplacement à Addis-Abeba pour le match retour. Une dissolution encouragée par le ministère des Sports.

La fédération avait à l’époque déploré le manque de résultats d’une équipe qui se traîne historiquement dans les profondeurs du classement de la FIFA, et expliqué vouloir axer sa politique sur les jeunes. Depuis, Djibouti n’a plus joué un seul match, malgré la nomination d’un sélectionneur, le Français Julien Mette, qui attend toujours de pouvoir diriger son premier match.

• Le Nigeria menacé de suspension

L’ancien chef de l’État nigérian Goodluck Jonathan avait réagi vivement après l’élimination des Super Eagles au premier tour de la Coupe du monde 2010, en décidant que la sélection ne participerait à aucune compétition internationale pendant deux ans. Informé des risques encourus par une telle décision, et notamment une lourde suspension décidée par la FIFA, Goodluck Jonathan avait finalement retrouvé son calme. Mais en 2014, suite à une action en justice du tribunal de grande instance de la République contre la Fédération nigériane, la FIFA avait suspendu le pays à titre conservatoire.


>>> À LIRE – Le Nigeria suspendu par la Fifa pour ingérence politique


Même chose en 2018. Solomon Dalung, le ministre des Sports, avait validé une décision de la Cour suprême mettant fin aux fonctions d’Amaju Melvin Pinnick, le président de la fédération. La FIFA avait menacé le Nigeria d’une suspension, jusqu’à ce que Pinnick retrouve son siège.

Le Nigérian Ahmed Musa à la lutte avec le Français Laurent Koscielny pendant le Mondial 2014 au Brésil. © Ricardo Mazalan/AP/SIPA

• En Côte d’Ivoire, l’ombre de Gbagbo

La Côte d’Ivoire a été éliminée de la CAN 2010 par l’Algérie (2-3 aux t.a.b), le 24 janvier à Cabinda. Près d’un mois plus tard, le 27 février, Vahid Halilhodzic, le sélectionneur bosnien des Éléphants, reçoit un fax à son domicile lillois, en début d’après-midi. Sous la signature de Jacques Anouma, alors président de la fédération, il y apprend que sa mission est terminée. Anouma, un proche de Laurent Gbagbo, a toujours été considéré par Halilhodzic comme celui n’ayant fait qu’obéir aux ordres venus du palais présidentiel. « C’est le chef de l’État qui avait décidé du sort de Vahid Halilhodzic. Si Anouma voulait être tranquille, il devait passer pour l’homme à l’origine de cette décision. Halilhodzic a toujours été convaincu que Gbagbo avait tout réglé », explique une source.

La Côte d’Ivoire, qualifiée pour la Coupe du monde 2010, engagera le Suédois Sven-Göran Eriksson, payé près de 200 000 euros par mois, pour la campagne en Afrique du Sud. Celle-ci s’achèvera par une élimination au premier tour…

• Quand Macky Sall règle le sort de Guy Stéphan

Avant d’être président de la République sénégalaise, Macky Sall a occupé les fonctions de Premier ministre (2004-2007). Parmi ses gestes les plus significatifs figure en bonne place l’éviction en 2005 du Français Guy Stéphan, nommé sélectionneur deux ans et demi plus tôt.

Le Sénégal, qui vient alors d’être tenu en échec par le Togo (2-2) aux qualifications pour la Coupe du monde 2006, est mal engagé. Les supporters des Lions de la Teranga, qui considèrent Guy Stéphan comme l’un des pires sélectionneurs, réclament son départ. Et Macky Sall va le leur offrir sur un plateau. Convoqué par le Premier ministre, Guy Stéphan apprend qu’il est démis de ses fonctions à quelques mois de la fin de son contrat. C’est finalement Saïd Fakhri, alors président de la Fédération sénégalaise de football (FSF) et lui-même sur la sellette, qui annoncera la nouvelle aux supporters.

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