Politique

Algérie : « Ahmed Ouyahia ne peut pas être le candidat du RND, il est mort politiquement »

Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre algérien.

Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre algérien. © Magharebia/CC/Flickr

Le Rassemblement national démocratique (RND), deuxième parti du pays au Parlement et membre de l'alliance présidentielle, est en plein déchirement. Belkacem Mellah, l'un des opposants de longue date au secrétaire général et ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, propose d'organiser un congrès extraordinaire pour désigner le successeur de ce dernier. Entretien.

Entre Ahmed Ouyahia et Seddik Chibab, le divorce est consommé. Lundi 8 avril, le porte-parole du parti a été démis de ses fonctions par le bureau national. Par voie de communiqué, il s’est également vu retirer son poste de secrétaire général du bureau de la wilaya d’Alger, et sa participation au secrétariat général a été suspendue.

Une sanction qui fait suite, selon le texte, aux « agissements insurrectionnels » de l’intéressé au niveau des structures du parti de la wilaya d’Alger, et à ses « déclarations contraires aux positions du parti ». En effet, la veille, à l’issue d’une réunion qu’il présidait, des militants de la section RND d’Alger ont exigé le départ « immédiat » d’Ahmed Ouyahia, secrétaire général de la formation depuis dix-sept ans – à l’exception d’une période de disgrâce entre 2012 et 2015.


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Ne reconnaissant plus l’autorité de l’ex-chef de gouvernement, le même groupe annonçait l’exclusion de ce dernier de la section algéroise, et lançait un appel à tous les adhérents pour s’inscrire dans « le processus de redressement » du RND et que la formation s’adapte aux « aspirations et aux espoirs de ses cadres et militants ».

En parallèle de ce duel, un autre mouvement de contestation est mené par Belkacem Mellah. Membre fondateur et candidat contre Ouyahia en 2016 pour la présidence du parti, il veut lui aussi renouveler les structures du RND afin de préparer au mieux les prochaines élections présidentielle et législatives. Il explique à Jeune Afrique les raisons de la contestation.

Jeune Afrique : Vous êtes à la tête d’un mouvement de dissidence au sein du RND. Quelles sont vos revendications ?

Belkacem Mellah : Nous ne sommes ni avec Seddik Chihab, ni avec Ahmed Ouyahia. Pour nous, le départ du secrétaire général doit se faire avec toute son équipe.

Je ne suis pas le seul à vouloir ce changement : il est appuyé par plus de 600 militants et 156 membres du conseil national, originaires de 36 wilayas sur les 48 que compte le pays

Nous demandons la tenue d’un congrès extraordinaire pour assurer la régénérescence du parti. Je ne suis pas le seul à vouloir ce changement : il est appuyé par plus de 600 militants et 156 membres du conseil national, originaires de 36 wilayas sur les 48 que compte le pays. Lors de ce congrès, nous allons élire un nouveau secrétaire général et un nouveau bureau politique.

Que reprochez-vous à Ahmed Ouyahia ?

Selon moi, Ouyahia n’a jamais été un militant politique, mais seulement un fonctionnaire. Il a occupé la fonction de Premier ministre quatre fois sous le régime de Bouteflika. Pendant son mandat au gouvernement, il a confié le parti à d’autres que lui : c’est Abdeslam Bouchouareb qui, par procuration, a géré les affaires courantes. Mais un responsable de parti politique doit être proche du terrain. Or, Ouyahia n’a fait que du travail administratif.


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Depuis son arrivée, il a exclu les anciens ministres et les fondateurs du parti. Aucun d’entre eux n’est resté. Ils ont été remplacés par des fonctionnaires, des personnes qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Il a vendu le parti au plus offrant.

Désapprouvez-vous également son soutien à un cinquième mandat ?

Oui. Nous, membres du RND, n’avons jamais pu rencontrer Abdelaziz Bouteflika depuis le début de sa maladie. Ouyahia a été directeur de cabinet du président pendant des années, mais aussi chef du gouvernement. Il a donc assisté à l’ensemble des Conseils des ministres. C’est l’un des proches de Bouteflika.

S’il était réellement courageux, il n’aurait pas attendu son départ du gouvernement pour demander aux membres du RND de répondre rapidement aux revendications du peuple

Lui seul pouvait réellement alerter sur son état de santé. Au lieu de cela, il a poussé les militants et le conseil national du RND à soutenir un cinquième mandat. S’il était réellement courageux, il n’aurait pas attendu son départ du gouvernement pour demander à Bouteflika de répondre rapidement « aux revendications du peuple ».

Vous avez pourtant, vous aussi, fait partie de l’équipe de campagne de Bouteflika pour l’élection présidentielle annulée

Oui, j’en ai été membre. Je suis un militant discipliné, et lorsque le parti reçoit l’ordre de soutenir le cinquième mandat, je m’y tiens. Mais je n’ai fait partie d’aucun gouvernement depuis 2013. Je n’ai été ministre d’Abdelaziz Bouteflika que lorsque le président était encore en bonne santé.

Où en êtes-vous dans la préparation du congrès exceptionnel que vous appelez de vos vœux ? Avez-vous fixé une date ?

Nous allons rencontrer d’ici la fin de la semaine les représentants des 40 wilayas. Nous allons ensuite décider d’une méthode pour ramener les congressistes à Alger, avant d’organiser des élections internes. Je ne peux pas vous donner une date fixe, mais Ouyahia partira. S’il ne démissionne pas de son plein gré, nous saurons le faire partir.

Si le parti se présente aux élections dans un tel état, nous n’obtiendrons aucun siège. La période est difficile pour toutes les formations politiques, mais pour nous encore plus

Le RND a besoin d’un renouveau, car aujourd’hui nous sommes au point mort. Si le parti se présente aux élections dans un tel état, nous n’obtiendrons aucun siège. En ce moment, c’est difficile pour toutes les formations politiques, mais pour nous encore plus. L’image d’Ouyahia nous a beaucoup nui. Nous devons apprendre à être un parti et non un comité de soutien.

Mais je ne m’inquiète pas. Ahmed Ouyahia, je lui donne deux semaines pour quitter le parti. Les demandes de démission s’empilent et viennent même de son propre camp. Il ne pourra pas les ignorer très longtemps.

Soutenez-vous donc l’application stricte de l’article 102 ?

C’est la solution que propose notre Constitution. Le mouvement est en train de multiplier ses revendications. Les manifestants demandent un changement radical. Nous devons donc œuvrer pour aller au plus vite vers une élection présidentielle.

Est-il exclu qu’Ahmed Ouyahia soit votre candidat à la présidentielle ?

Absolument ! Il est mort politiquement. C’est lui qui a été à la tête de l’Algérie depuis son indépendance. Il a été aux côtes de Bouteflika, de Zéroual, de Chadli, et même de Boumédiène. Il ne peut pas nier le rôle qu’il a joué au service de l’État, mais il n’a pas réussi à redresser le pays. Sa contribution s’est soldée par un échec.

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