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Éthiopie-Kenya : la guerre des roses

| Écrit par Guillaume Guguen

L’Europe, l’Inde et les Émirats arabes unis se l’arrachent. Depuis plusieurs mois, la fleur éthiopienne a le vent en poupe. Et n’en finit pas de s’exporter. À une vitesse extravagante. En un an, les revenus tirés des exportations de fleurs ont augmenté de 500 %, faisant de l’Éthiopie le deuxième pays exportateur de fleurs coupées du continent, juste derrière le Kenya voisin. Cette année, la filière de l’horticulture pourrait lui rapporter 120 millions de dollars. Au début des années 2000, les exportations éthiopiennes ne représentaient que 20 millions de dollars, contre 300 millions pour le Kenya.

En continuant à ce rythme, il est fort probable que le pays de la Corne de l’Afrique finisse par couper l’herbe – et la fleur – sous le pied à son voisin, qui bénéficie pourtant d’une longue tradition dans le domaine horticole. « L’Éthiopie a mis cinq ans à accomplir la moitié de ce que nous avons fait en trente ans », s’inquiète Erastus Mureithi, président du Kenya Flower Council (KFC), principale association ?des producteurs kényans.
De fait, Addis-Abeba ne fait que récolter ce qu’il a semé ces dernières années. Face à l’afflux massif de demandes d’autorisation d’exploitation en provenance des Pays-Bas, d’Allemagne, d’Inde ou même d’Israël, les autorités éthiopiennes ont pris conscience de tout le bénéfice qu’elles pouvaient tirer de leurs terres et de leur climat, propices à la culture de nombreuses variétés de fleurs, et ce toute l’année. Pendant deux ans, Addis-Abeba a multiplié les mesures visant à attirer les investisseurs étrangers : acquisition de terrain en concession pour 18 dollars l’hectare, prêts de la Banque de développement nationale à des taux avantageux et exemption des droits de douane pour l’importation des machines nécessaires à l’installation. L’Éthiopie offre, en outre, des coûts de production moins élevés que les autres pays producteurs, grâce, entre autres, à la main-d’uvre bon marché et à l’accès à l’eau quasi gratuit.

Aujourd’hui, le pays compte près de soixante-dix exploitations horticoles, dont plus de la moitié sont détenues par des entreprises étrangères. Quelque 1 700 hectares de terres sont consacrés à la culture de roses, d’illets et autres variétés particulièrement prisées par les Européens et les Asiatiques. Le marché japonais – que les producteurs kényans n’avaient, jusqu’alors, jamais réussi à conquérir – a vu débarquer, ces derniers mois, plusieurs variétés de fleurs cultivées en Éthiopie. Un véritable camouflet pour les membres du KFC, qui ont demandé davantage de soutien de la part de leur gouvernement. Sans grand succès. Plusieurs producteurs kényans ont menacé de délocaliser leurs activités si Nairobi ne faisait rien pour contrer l’offensive de leur voisin. Quatre d’entre eux se sont même d’ores et déjà résolus à lancer des exploitations en Éthiopie.

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