Politique

Tunisie : Béji Caïd Essebsi sème la confusion au congrès de Nidaa Tounes

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi, le 10 mai 2017. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Attendu et réclamé par les militants depuis 2014, Nidaa Tounes a démarré son congrès électif le 6 avril à Monastir. Si les travaux doivent se clôturer mardi, le président Béji Caïd Essebsi a toutefois créé la confusion sur sa possible candidature à la prochaine présidentielle et en demandant à Youssef Chahed de réintégrer le parti.

Traversé par des courants proposant chacun un leadership différent, le congrès de Nidaa Tounes, dit de la « réforme », est parvenu à un premier compromis concernant l’élection des 217 membres de son comité central et des 32 membres du bureau politique. Le nouveau règlement intérieur amendé par le parti du président tunisien contient désormais une clause interdisant les alliances avec des partis portant des référents religieux et une autre prévoyant le renvoi des membres démissionnaires du parti lorsque ceux-ci sont députés ou élus municipaux. Des décisions qui indiquent que la rupture entre Nidaa et la formation islamiste d’Ennahdha est consommée et que le parti a également évalué les conséquences du nomadisme parlementaire dont il a pâti.

Le ton du congrès, qui promettait « Des actes pas des paroles » et devrait se clôturer le 9 avril, selon sa présidente Samira Ben Kaddour Belkadhi, a néanmoins été donné par le chef de l’État Béji Caïd Essebsi, fondateur et président d’honneur de Nidaa Tounes, dans son discours d’ouverture le 6 avril. Sans s’appuyer sur des notes, le président a donné en 40 minutes toute la mesure de ses talents d’orateur, semant notamment la confusion autour de sa possible candidature à l’élection présidentielle du 17 novembre. Alors que la salle chauffée à blanc scandait « le peuple veut Béji de nouveau », le président a annoncé qu’il ne comptait pas postuler à sa propre succession.

Confusion

Si beaucoup en ont immédiatement conclu que Béji Caïd Essebsi ne serait pas candidat à la prochaine présidentielle, le doute persiste. Usant de précautions oratoires, le président a ainsi affirmé que « les décisions étaient entre les mains de Dieu », ajoutant qu’il prenait « chaque chose en son temps », que « la Constitution (lui) permettait de briguer un second mandat », tout en laissant entendre que la raison d’État et l’appel du peuple pouvaient transcender son désir personnel.

« Il n’a pas annoncé formellement qu’il ne serait pas candidat et n’a rien dit de plus que ce qu’il a explicité dans différentes interviews. Il a pourtant réussi à focaliser l’attention en créant le doute », a souligné Nidhal Chelbi, un congressiste.

Vers un retour de Chahed ?

Entre piques aux islamistes, aux partis se revendiquant du mouvement destourien et à ses détracteurs, Béji Caïd Essebsi a également émis des recommandations et des suggestions pour Nidaa Tounes. Il a ainsi préconisé d’ouvrir les instances du parti aux jeunes et surtout de lever le gel de l’adhésion de Youssef Chahed. Dans son discours du 20 mars, à l’occasion de la célébration de l’Indépendance, le président de la République avait abordé les profondes dissensions avec le chef du gouvernement, qu’il avait invité à « revenir à la maison » et « à la raison ». À Monastir, le président Essebsi a demandé que Youssef Chahed réintègre Nidaa Tounes. Il sait pourtant que le patron de l’exécutif est soutenu par la nouvelle formation émergente Tahya Tounes, dans laquelle il devrait y tenir un rôle majeur.

Si lui proposer de revenir dans Nidaa sans toutefois lui donner une position clé – les listes pour le congrès étant closes -, pourrait paraître incongru, Béji Caïd Essebsi a mis les formes. Il s’agit ainsi du deuxième geste de réconciliation engagé par le président que Youssef Chahed n’a pas commenté. « Ce sont des propos paternalistes, a estimé Latifa Ben Ammar, adhérente au nouveau parti. Avec l’avenir assuré de Tahya Tounes, Chahed aurait tort de revenir à la case départ. »

Une alliance avec Tahya Tounes ?

À moins que les propositions de Béji Caïd Essebsi ne mettent Tahya Tounes face à un choix. La formation, qui a l’aval d’Ennahdha, pourrait s’émanciper des islamistes en s’alliant avec Nidaa Tounes. Un rapprochement plus naturel et bénéfique pour les deux partis, qui auraient ainsi les coudées franches avec une majorité au Parlement. À moins que la main tendue ne soit qu’une tactique visant à compromettre Youssef Chahed – qui n’a pas démissionné de Nidaa – vis-à-vis d’Ennahdha et de Tahya Tounes. À la question « Qui verriez-vous en chef de Nidaa ? », un congressiste a ainsi répondu « Youssef Chahed », signe que la confusion est bien installée.

« Les brouilles politiques se dépassent », a souligné à plusieurs reprises Essebsi, appelant au rassemblement des forces démocratiques. Le président pourra-t-il passer outre les attaques de Youssef Chahed dirigées contre son fils Hafedh, directeur exécutif de Nidaa Tounes, et contre la direction du parti ? Les résultats définitifs du congrès et le rôle attribué par les instances à Hafedh Caïd Essebsi, auquel certains imputent la déliquescence du parti, apporteront un éclairage sur la réalité de la réforme de Nidaa Tounes.

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