Politique

Crise au Soudan : des manifestants pour la première fois devant le QG de l’armée

Des manifestants antigouvernementaux à Khartoum, le 13 janvier 2019. © AP/SIPA

Des milliers de Soudanais ont défilé samedi à Khartoum, un grand nombre de manifestants parvenant à atteindre le QG de l'armée pour la première fois depuis le début de la contestation antigouvernementale il y a près de quatre mois, selon des témoins.

Répondant à un appel de l’Alliance pour la liberté et le changement, fer de lance de la contestation, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue à Khartoum en chantant « une armée, un peuple » et réclamant le départ du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans.

Lors des précédents rassemblements, les manifestants ont tenté à plusieurs reprises de marcher vers des lieux symboliques du pouvoir, comme le palais présidentiel, mais en ont souvent été empêchés par les forces de sécurité tirant de gaz lacrymogènes.

Pour la première fois samedi, les manifestants ont atteint le quartier général de l’armée, ont précisé les témoins.

Dans la capitale, les manifestants ont scandé « Paix, justice et liberté », le principal slogan de la contestation.

État d’urgence

Peu avant le début des manifestations, les forces de sécurité se sont déployées en force sur les places de Khartoum et d’Omdourman.

« Un important dispositif de sécurité a été mis en place autour du lieu prévu pour le rassemblement, mais les manifestants sont sortis dans différentes rues en scandant des slogans antigouvernementaux », a affirmé un témoin sous couvert de l’anonymat.

Des témoins ont affirmé avoir vu des agents en civil se fondre dans la foule pour empêcher les passants d’atteindre le centre-ville.

Les magasins et marchés de Khartoum ont reçu l’ordre de fermer avant les manifestations, ont précisé d’autres témoins.

Dans la ville de Madani, au sud-est de Khartoum, les manifestants ont atteint le bâtiment de l’armée, a indiqué un témoin par téléphone.

Depuis l’instauration de l’état d’urgence par Omar el-Béchir le 22 février, les manifestations sont restées principalement cantonnées dans la capitale et la ville voisine, Omdourman, mais samedi, les organisateurs du mouvement de contestation ont appelé à des rassemblements dans l’ensemble du pays.

La date choisie est symbolique puisqu’elle marque l’anniversaire de la révolte du 6 avril 1985, qui avait permis de renverser le régime du président de l’époque, Jaafar al-Nimeiri.

Ces derniers jours, des militants avaient fait circuler des tracts pour appeler à manifester, selon des habitants.

Lourd bilan, humain

Déclenchées le 19 décembre 2018 par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont rapidement transformées en mouvement de contestation contre Omar el-Béchir.

Depuis l’instauration de l’état d’urgence le 22 février, plusieurs manifestants ont été arrêtés pour avoir participé à des rassemblements non autorisés et jugés par des tribunaux d’exception tandis que l’ampleur et l’intensité des manifestations ont fortement baissé.

Depuis décembre, le NISS a arrêté des centaines de manifestants, leaders de l’opposition, militants et journalistes, selon des ONG.

Selon un bilan officiel, 31 personnes sont mortes depuis le début des manifestations. L’ONG Human Rights Watch (HRW) évoque le chiffre de 51 morts.

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