Défense

Libye : « Sans une solution de compromis très rapide, une violente guerre civile pourrait éclater »

Des enfants en train de brandir le drapeau libyen, lors du deuxième anniversaire du soulèvement de 2011. © Mohammad Hannon/AP/SIPA

Des nombreuses questions concernant l'avenir du pays en proie au chaos restent pour le moment sans réponse. Tarek Megerisi, chercheur sur la Libye au Conseil européen pour les relations internationales, décrypte la situation de ces dernières heures.

Le maréchal Khalifa Haftar se rapproche d’heure en heure, de ville en ville, de la capitale Tripoli. Les forces fidèles au gouvernement d’entente nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj ont lancé dans la matinée du 5 avril la contre-offensive militaire, appelée opération « Wadi al Dum 2 ». Alors que le spectre d’une nouvelle guerre civile resurgit, les appels au calme de la part de la communauté internationale se multiplient. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies sur la Libye est prévue ce vendredi soir dans le but de trouver un compromis, ou au moins d’imposer un cessez-le-feu.


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Si la situation dans l’ouest du pays a dégénéré très rapidement, elle n’était pas imprévisible, selon Tarek Megerisi, chercheur au Conseil européen pour les relations internationales et spécialiste de la Libye.

Jeune Afrique : La situation en Libye s’envenime très rapidement et semble avoir pris par surprise la communauté internationale. Pourquoi Haftar a-t-il décidé d’agir maintenant ?

Tarek Megerisi : Khalifa Haftar était en train de planifier son avancée vers l’Ouest depuis longtemps, mais effectivement personne ne s’attendait à ce qu’il puisse marcher si rapidement vers la capitale, d’autant que le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, y était au même moment. Si l’on observe ce qui se passe en Libye depuis ces derniers mois, on peut quand même constater que cela est parti d’une stratégie plus large, notamment depuis le début de l’opération militaire vers le sud du pays.

Fayez al-Sarraj n’a pas accepté de traiter avec son rival, et Haftar a déplacé ses troupes vers le nord-ouest

En avançant dans le Fezzan (Sud-Ouest), le maréchal faisait pression sur le GNA et sur la communauté internationale depuis des mois, avec l’objectif d’obtenir un rôle politique central et ensuite de le consolider lors de la conférence nationale prévue pour mi-avril. Mais Fayez al-Sarraj n’a pas accepté de traiter avec son rival, et Haftar a déplacé ses troupes vers le nord-ouest (Al-Koufrah et Misrata), en continuant à faire pression sur le GNA et en laissant entendre qu’il aurait pu attaquer l’ouest libyen. Onze jours avant la tenue de la conférence nationale de Ghadamès, il est probable que Haftar ne pouvait pas risquer d’assister au début d’un nouveau processus politique dans lequel il aurait eu un rôle marginal. Il a eu besoin d’agir vite.

Si Haftar s’oppose tout d’abord au gouvernement de Tripoli, les nombreuses milices et brigades jouent un rôle clé dans ces affrontements…

Il faut toujours prendre en compte que la Libye n’a pas d’armée ni de police nationales. Même quand on parle des forces de Haftar ou de Fayez al-Sarraj, il faut considérer qu’il s’agit de plusieurs groupes, avec des intérêts locaux ou idéologiques, fidèles à l’un ou à l’autre. Maintenant que Haftar avance si vite, il est en train de leur promettre un rôle dans son Armée nationale libyenne (ANL), des financements, des armes. Et beaucoup de brigades ou de milices sont en train de se tourner vers lui.

Il y a toujours d’importantes forces militaires qui craignent que Haftar marchera sur la capitale pour imposer une dictature militaire

Mais, dans l’ouest libyen, il y en a aussi qui reconsidèrent leur position. Il y a toujours d’importantes forces militaires qui rejettent Haftar et craignent qu’il marchera sur la capitale pour imposer une dictature militaire. La question maintenant est de savoir si ces forces sont prêtes à s’unir pour résister à l’ANL, et c’est ce qui est en train de se passer à Misrata. La situation est donc encore plus chaotique et pourrait conduire à de violents affrontements dans l’ouest du pays. Les prochains jours seront cruciaux : sans une solution de compromis très rapide, une violente guerre civile pourrait éclater très rapidement.

Pourrait-on assister à des tentatives de médiation ?

Oui, c’est précisément ce qui se joue en ce moment. Le secrétaire général des Nations unies António Guterres est en train de parler aux deux parties pour les pousser à négocier et ne pas renoncer à la conférence nationale. Ce sera également le point principal du sommet d’urgence de l’ONU prévu pour ce vendredi. Ce qui compte n’est pas qui sera le médiateur, mais plutôt ce qu’il a à offrir.

Une médiation marchera seulement si une solution concrète est proposée

Dans l’ouest libyen, on ne croit plus dans l’impartialité de la communauté internationale. Ils sont nombreux à considérer que plusieurs pays ont toléré Haftar en lui « accordant » la possibilité d’avancer vers Tripoli. Une médiation marchera seulement si une solution concrète est proposée, qui permettra aux Libyens de restaurer leur confiance dans la communauté internationale. La communauté internationale et les Nations unies restent pourtant les seuls qui peuvent demander un cessez-le-feu dans ce contexte de tensions.

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