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Engouement Géant à Tunis !

L'ouverture, fin septembre, d'un centre commercial de 55 000 m2 a suscité une « émeute » dans la capitale tunisienne. Ambiance.

La rumeur s’est répandue dans tout Tunis : des centaines de personnes auraient passé la nuit du 29 septembre à attendre l’ouverture de Géant, le second hypermarché, après Carrefour en 2001, à s’installer en Tunisie. Ils répondaient à une offre alléchante : le premier client qui mettrait le pied dans le centre commercial gagnerait une voiture ! Renseignement pris, personne n’a passé la nuit à la belle étoile dans les environs.
Il n’empêche : l’effervescence, le matin de l’ouverture, était ahurissante. « On aurait dit les émeutes du pain », ironise un enseignant osant une comparaison avec les événements de 1984. Les artères amenant de L’Ariana, de Khaznadar, d’El-Menzah et d’El-Omrane vers la route de Bizerte, où Géant est établi, ont été vite encombrées. L’événement a même attiré les habitants de la banlieue nord, de La Marsa à Sidi Daoud, curieux de voir ce nouveau venu qui va concurrencer leur Carrefour de La Soukra. Les automobilistes ont parfois patienté des heures pour déboucher sur les parkings. Certains se sont garés sur l’autoroute, choisissant de continuer à pied.
À l’intérieur, des grappes humaines ont pris d’assaut les halls et les allées. On a vu des clients enjamber les barrières de sécurité et monter sur les caisses. Un étranger n’en revient toujours pas : « Je n’ai jamais vu autant de monde dans un supermarché. » Combien ? On parle de quelque 50 000 visiteurs. La recette du premier jour se monte en tout cas à 1,4 million de dinars (870 000 euros) – à titre de comparaison, elle était de 740 000 dinars le jour d’ouverture de Carrefour. Les rayons ont été vite dégarnis, et le personnel, ne pouvant plus contenir l’afflux, a dû refermer les grilles, invoquant des raisons de sécurité et demandant aux clients de cesser tout achat…
Il faut dire que, pendant des semaines, les radios et la télévision nationale avaient arrosé les auditeurs de publicités et d’offres promotionnelles. Personne ne voulait rater l’événement.
Si la fièvre est retombée au bout de deux jours, le centre enregistre quotidiennement quelque 15 000 passages en caisse. Les routes sont désengorgées, et une vingtaine de minutes suffisent pour faire le trajet depuis La Manouba ou Gammarth. Il est également possible de voir le complexe commercial avec plus de recul. Géant s’adosse à l’autoroute et sa structure carrée ressemble au bâtiment d’une foire d’exposition, sans recherche d’esthétique particulière. Le parking est immense, mais inachevé. Le sol est par endroits en terre battue. Pas d’arbres ni de signalisations claires, ce sont des vigiles qui guident les conducteurs vers les places de stationnement.
Une fois à l’intérieur du centre, l’impression première est celle d’un grand hall de gare avec, au milieu, un immense café aux chaises haut perchées. Des agents de sécurité – en chemise blanche et cravate noire – sont postés partout. Une vingtaine de boutiques seulement sur quatre-vingts sont ouvertes. Les autres restent fermées, les travaux d’aménagement ayant pris du retard.
Dans l’hypermarché, on trouve de tout, bien sûr. Mais les avis sont partagés sur le rapport qualité-prix. « C’est vrai que certains articles ont été bradés, mais, enfin, le kilo de pommes est à 1,2 dinar alors que je l’achète chez mon marchand de légumes à 1,08 dinar. » « Les appareils ménagers sont très abordables, dit une mère de famille, je peux vous garantir que c’est ici qu’ils sont les moins chers. » « Personnellement, je préfère Carrefour. C’est plus beau, et les dimensions sont plus humaines », dit une dame du centre-ville. « Vous verrez, corrige, optimiste, un monsieur, quand tout sera terminé, ce sera mieux ici. »
Il n’en demeure pas moins que beaucoup regrettent l’empressement avec lequel on a ouvert au public un lieu encore en chantier. L’échéance du ramadan – un mois où les fidèles consomment plus que d’habitude – ne leur paraît pas une excuse valable : « Cette ouverture prématurée, commente un journaliste, risque de compromettre les chances d’un vrai succès qui, malgré ce qu’en pensent les commerciaux, n’est pas seulement lié aux produits disponibles mais à l’esthétique et au confort du lieu lui-même. Les Tunisiens ne sont pas que des bêtes de consommation. »

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