Histoire

Sénégal : un ouvrage colossal pour partir à la « reconquête de notre conscience historique »

À l'université de Cheikh Anta Diop, à Dakar, au Sénégal. © Pambazuka News/Flickr

25 volumes sur l’Histoire générale du Sénégal de la Préhistoire à nos jours. C’est le projet titanesque et inédit sur lequel planchent des équipes d’historiens, de professeurs et de chercheurs depuis 2013. Les cinq premiers volumes devraient paraître au cours du premier semestre de 2019.

« L’histoire n’est pas seulement l’affaire de l’historien », disait Cheikh Anta Diop. Un mantra que la quarantaine de professeurs, chercheurs, journalistes, scientifiques et historiens a fait sien pour l’élaboration de 25 volumes d’Histoire générale du Sénégal. Annoncé ce mercredi 3 avril par le chef de l’État lors de son discours à la nation, à la veille de la fête de l’indépendance, cet ouvrage ambitieux est le premier du genre au Sénégal.

L’entreprise est née en 2013 de l’initiative de l’universitaire et homme politique Iba Der Thiam, agrégé d’histoire et maître de conférence à la retraite. La réalisation de l’ouvrage « conditionne la reconquête de notre conscience historique, de notre identité nationale et de notre place dans l’évolution du monde », déclarait le professeur Thiam lors d’un appel lancé aux contributeurs.

Un avis partagé par son second adjoint : « Quand elle est bien écrite et que l’on tient compte de sa complexité, l’histoire permet de rendre les gens plus ouverts et moins dogmatiques. Avec les crises identitaires qui frappent partout dans le monde, il est essentiel que les gens connaissent leur histoire », résume Bouba Diop, professeur d’histoire ancienne à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Sauvegarder le patrimoine culturel et civilisationnel sénégalais

« N’oublions jamais que l’asservissement des peuples par l’esclavage et la colonisation a toujours reposé sur la négation absolue de leur histoire, de leur culture et de leur civilisation », a tenu rappelé le chef de l’État lors de son allocution télévisée, à la veille de la fête nationale. Pour le président de la République, qui en a fait une affaire personnelle, cet ouvrage devrait permettre de sauvegarder « l’histoire » et « le patrimoine culturel et civilisationnel » du Sénégal.

Dans cette perspective, les 25 volumes de l’ouvrage, qui seront divisés en plusieurs tomes, couvriront trois périodes : le Sénégal ancien, soit la Préhistoire et l’Antiquité, la “période intermédiaire”, qui s’étire du Xe jusqu’à la fin du XIXe siècle et enfin la période contemporaine.

Nous avons associé au projet des collègues étrangers qui ont des choses à dire sur le Sénégal. Pas de sectarisme !

Un projet colossal, chaque volume comportant de 500 à 800 pages, qui abordera des sujets aussi vastes que « la construction historique de l’espace du Sénégal » ou les mégalithes sénégalais ou encore l’origine géographique des ancêtres des Sénégalais, avec la contribution d’une quarantaine de chercheurs, historiens, universitaires, répartis entre Dakar et les différentes régions du Sénégal. « Mais aussi des détenteurs de la tradition orale », précise Bouba Diop.

Quant au professeur Thiam, il revendique la construction d’un « projet consensuel » regroupant des intellectuels de l’ensemble du pays et de formations différentes, qu’elles soient « française, arabe, anglophone ou lusophone ».

Si l’entreprise les a déjà menés à Tambacounda et à Thiès, notamment pour accéder à des documents conservés dans les régions, ses initiateurs espèrent l’étendre à travers tout le Sénégal, « du Fouta à la Casamance pour aller chercher l’histoire partout », plaide Bouba Diop.

« Il était important de réunir différentes sources, différentes écoles, des spécialistes de domaines très variés répartis dans tout le Sénégal et ailleurs. Nous avons associé au projet des collègues étrangers qui ont des choses à dire sur le Sénégal. Pas de sectarisme ! » assure-t-il, n’excluant pas d’étendre le travail des équipes à l’Afrique de l’Ouest, « car l’histoire du Sénégal est imbriquée avec celles de la Gambie ou de la Mauritanie, par exemple ».

Des dotations publiques et privées

Pour porter le projet, l’équipe s’est entourée de « structures crédibles », comme le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) ou le Forum civil, qui supervise notamment la question financière. La ville de Dakar ou la fondation Sonatel ont également contribué financièrement au projet, et une dotation budgétaire a été attribuée par la présidence pour une partie de la prise en charge de la coordination du projet et de la rédaction des ouvrages.

L’édition des différentes publications devrait être entièrement prise en charge par le ministère de la Culture. « Nous sommes en train de payer la facture » des cinq premiers volumes, assure à Jeune Afrique Abdou Latif Coulibaly, récemment remercié de sa position à la tête du ministère au profit d’Abdoulaye Diop. Selon le ministre sortant, la facture s’élève à près de 80 millions de francs CFA. La parution de la série d’ouvrages, prise en charge par l’imprimerie Polykrome, est attendue pour le premier semestre de 2019.

Le ministère de la Culture aura un rôle d’autant plus grand à jouer, une fois les premiers ouvrages publiés. « C’est notre rôle de nous assurer de la diffusion de l’ouvrage et de sa promotion populaire », assurait le ministre, qui évaluait alors ce projet historique comme une composante d’une « vision plus globale » du développement économique et social. Pour Abdou Latif Coulibaly, « c’était un vide qu’il fallait combler ». De son côté, le ministère de l’Éducation serait déjà en train de travailler à l’intégration des ouvrages aux cursus scolaires et supérieur.

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