Sport

CAN 2019 – Bénin : selon Oswald Homeky, « les Écureuils bénéficient d’un cadre professionnel »

Oswald Homeky, ministre du Tourisme, de la culture et des sports. © DR

Dans cette interview exclusive, le ministre des Sports Oswald Homeky revient sur la qualification des Écureuils pour la CAN 2019, exprime sa volonté de sortir le football béninois de la crise et détaille la politique sportive souhaitée par le président Patrice Talon.

Au lendemain de la qualification de l’équipe nationale pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN), circulait sur les réseaux sociaux une vidéo du chef de l’État béninois recevant les Écureuils victorieux de son voisin togolais (2-1 à Cotonou) lors de la dernière journée de qualification. Une séquence qui témoignant de l’intérêt porté par les plus hautes autorités béninoises à la réussite sportive. Le jeune ministre béninois du Tourisme, de la Culture et des Sports, Oswald Homeky, explique à Jeune Afrique la stratégie mise en œuvre pour y parvenir.

Jeune Afrique : Le Bénin va retrouver la CAN, neuf ans après sa dernière participation à la phase finale qui s’était déroulée en Angola. On a vu que le retour avait été dignement fêté…

Oswald Homeky : Il y a eu une très belle communion autour de la sélection nationale. Les Béninois, y compris ceux de la diaspora, étaient vraiment mobilisés derrière l’équipe avant le match décisif face au Togo. C’est une très belle performance, qui met fin à neuf ans d’absence. Ce retour est considéré comme une surprise, mais ce que nous souhaitons, c’est qu’à l’avenir la présence du Bénin en phase finale de la CAN devienne quelque chose de normal.

Vous êtes à l’origine du retour de Michel Dussuyer – qui avait déjà occupé ce poste entre 2008 et 2010 – sur le banc de la sélection. Pourquoi avoir fait ce choix ?

L’ancien sélectionneur (Oumar Tchomogo) avait dirigé les Écureuils pour le premier match qualificatif face à la Gambie (1-0, en juin 2017). Il était ensuite arrivé en fin de contrat. Michel Dussuyer était à mes yeux un choix logique. Il connaît bien le pays, il a une très bonne connaissance de l’Afrique [il a notamment entraîné la Guinée et la Côte d’Ivoire, ndlr]. À compétences égales, nous aurions choisi un Béninois. Mais le profil et l’expérience de Dussuyer ont fait la différence, et le choix a été approuvé par la fédération.

Pendant plusieurs années, la sélection, outre ses absences en phase finale de CAN, s’est montrée discrète, jouant peu de matchs. N’était-elle plus attractive pour les joueurs ?

C’est exact. Et nous avons tourné cette page. Aujourd’hui, la sélection bénéficie d’un cadre professionnel. Les histoires de primes sont réglées à l’avance. Les questions liées aux déplacements, aux hébergements et aux équipements également. Les rapports avec les joueurs sont déformais fluides. Nous ne voulons plus des problèmes du passé.

Pour préparer la CAN, tout sera fait pour que le staff technique et les joueurs travaillent dans de bonnes conditions

Il y a une vraie synergie entre la Fédération béninoise de Football (FBF) et le ministère des Sports. Par exemple, pour la préparation de la CAN, tout sera fait pour que le staff technique et les joueurs travaillent dans de bonnes conditions. Il y aura un premier stage à Cotonou, puis un autre à l’étranger [probablement aux Émirats arabes unis]. Lors de sa campagne avant l’élection présidentielle, le slogan du candidat Patrice Talon était : « Un nouveau départ ». C’est également le cas pour le sport au Bénin. Je crois qu’en moins de trois ans, nous avons déjà bien avancé, mais il faut continuer à travailler, ne jamais se relâcher.

Le championnat national se déroule de nouveau normalement depuis 2017, après avoir été depuis le début des années 2000 régulièrement abandonné, non disputé ou déclaré invalide. Êtes-vous satisfait ?

Cette reprise vaut pour le football, qui est le sport le plus populaire du Bénin, mais aussi pour les autres disciplines. Le président de la République est un passionné, et il a compris que le sport avait beaucoup de vertus.


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C’est un secteur créateur d’emplois, qui a un rôle à la fois économique, éducatif et sociétal. Au Bénin, il y a des talents, des sportifs qui obtiennent des résultats. En décembre 2016, lors de la présentation du programme gouvernemental pour le sport béninois, j’avais déclaré que les résultats sont le fruit d’un projet. Nous avons donc décidé de verser des subventions pour que les championnats se déroulent normalement.

Rien que pour le football béninois, on évoque un budget de 400 millions de francs CFA (610 000 euros) accordé au club de L1, L2 et D3 pour la saison 2018-2019. Cela correspond-il à la réalité ?

C’est cela. Chaque club de Ligue 1 reçoit dix millions de francs CFA, ceux de Ligue 2 six millions, et pour ceux de Division 3, c’est 4 millions. Ce budget est en augmentation par rapport à l’année précédente (353 millions de francs CFA). En contrepartie de ces subventions, nous demandons que les clubs rémunèrent les entraîneurs et les joueurs, contrats à l’appui, et qu’on nous fournisse la preuve de ces contrats.

L’État a également souhaité que les entreprises investissent dans trois autres disciplines (handball, athlétisme, basket). Y aura-t-il des compensations fiscales à la clé ?

Oui. Cette taxe est de 1/1000 du chiffre d’affaires, hors TVA (loi de finances de 2019). Et cette taxe sera déductible d’impôts. Cela concerne les entreprises publiques, celles qui exercent avec un agrément de l’État, et les entreprises privées.

Au total, cela représente environ 600 sociétés. Le monde de l’entreprise a bien accueilli ce projet. Il y a un réel engouement. Cette taxe va permettre d’améliorer les structures, de promouvoir nos sportifs. Le secteur privé a besoin du sérieux d’un projet porté par l’État en guise de caution.

Comment va s’articuler cette réforme de la pratique sportive au Bénin ?

Nous avons décidé qu’au niveau scolaire, la pratique du sport doit être assurée par des éducateurs dédiés à chaque discipline. Il est également nécessaire qu’au niveau communal, les structures soient adaptées, avec des éducateurs pour les classes sportives de chacune des 89 zones [77 communes, Cotonou comptant 13 arrondissements, ndlr]. Des stades sont en construction, et d’autres chantiers vont être ouverts. Enfin, nous allons ouvrir des académies départementales, dont les pensionnaires bénéficieront d’un encadrement soutenu et de qualité.

Dans le cadre de ce projet de création d’académies dans plusieurs régions, nous avons contacté Jean-Marc Adjovi Boco, l’ancien capitaine des Écureuils, qui s’est montré très intéressé. Il a contribué à la création de l’académie Diambars, au Sénégal, qui est une référence en Afrique. Il est déjà venu au Bénin, et nous sommes en train de formaliser le contrat avec lui.

Comment allez-vous financer cette relance du sport béninois ?

Sur le budget de l’État, tout simplement. On me pose souvent cette question du coût. Je réponds toujours que cela coûte moins cher que de laisser des jeunes errer dans les rues, qui peuvent être parfois tentés par des dérives extrémistes. Il faut toujours avoir à l’esprit que même si un jeune ne parvient pas à percer grâce au sport, il deviendra utile à la société, car il aura bénéficié d’un bon encadrement, d’une bonne éducation. C’est cela qui est important.

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