Économie

Sierra Leone : l’administration d’Ernest Bai Koroma accusée d’avoir détourné un milliard de dollars

Ernest Bai Koroma (au premier plan) en 2016

Ernest Bai Koroma (au premier plan) en 2016 © Sylvain Cherkaoui/AP/SIPA

L'administration de l'ex-président sierra-léonais Ernest Bai Koroma aurait détourné plus d’un milliard de dollars de fonds publics entre 2015 et 2018, selon un audit des comptes de l'État diffusé le 3 avril par le ministre des Finances.

Les accusations sont lourdes, et les sommes évoquées conséquentes. « Le rapport a mis au jour de graves violations dans l’attribution de marchés publics dans les secteurs de l’énergie, des routes, des pensions et des télécoms pour un montant de 1,036 milliard de dollars », a résumé le ministre des Finances, Jacob Jusu Saffa, en poste depuis l’élection du président Julius Maada Bio, en avril 2018. Des détournement tous réalisés sous l’administration de l’ex-président sierra-léonais Ernest Bai Koroma.

« L’argent a été volé de comptes en banque du gouvernement. Nous récupérons toutes les sommes détournées afin de procurer des services de base à la population », a assuré le ministre des Finances, sans préciser sa stratégie. Les contrevenants ont jusqu’à « fin juin 2019 » pour rembourser ces sommes, sous peine de poursuites judiciaires, a-t-il précisé.

En attendant, l’affaire a provoqué une vive polémique en Sierra Leone. « Ces sommes représentent trois fois le budget des soins de santé et cinq fois celui de l’éducation », a relevé le responsable de l’ONG locale Budget Advocacy Network, Abubakar Kamara.

Série de dysfonctionnements

Certains secteurs sont particulièrement pointés du doigt dans l’audit des comptes de l’État. Ainsi, plus de 500 millions de dollars n’apparaissent pas dans la comptabilité de contrats attribués par l’administration des Routes, relève l’étude portant sur la période 2015-2018 et réalisée par 50 experts (ingénieurs, auditeurs etc.) de Sierra Leone, Tanzanie, Kenya et du Ghana.

Dans un résumé assorti de recommandations, ces derniers dressent un long catalogue de contrats surévalués, de prêts ou de dons non justifiés, d’absence de stratégies pour recouvrir les loyers et de non-respect de la législation de comptabilité par les administrations et sociétés publiques auditées.

Chasse aux sorcières ?

Plusieurs personnalités sont citées dans le rapport. Si celles-ci ont nié toute malversation auprès de l’AFP, elles se sont gardées de commenter l’affaire.

Plusieurs ex-responsables ont déjà été arrêtés à la suite de la publication, le 4 juillet dernier, d’un rapport accablant sur la « corruption galopante » sous l’administration Koroma. Parmi eux : l’ancien ministre de la Défense, Alfred Paolo Conteh. Ce dernier a été détenu provisoirement quelques jours fin décembre pour corruption présumée, avant d’être libéré sous caution.

Créée en octobre, une commission d’enquête a commencé en février ses auditions, une initiative dénoncée par l’ex-parti au pouvoir, qui y voit pour sa part une chasse aux sorcières. L’ancienne administration pourrait être toujours dans le viseur de la commission : ses travaux doivent encore durer six mois.

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