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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

[Chronique] Algérie : qui vivra vendredi verra

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

Pour éviter les écueils des printemps arabes de 2011, l’inédite voix algérienne doit inventer une… voie algérienne.

Si Abdelaziz Bouteflika était la clé de voûte du régime algérien, gare à ce que la voûte ne s’effondre pas sur ceux qui entendent accrocher le trophée de chasse présidentiel dans leur salon. Gageons que la jeunesse révélée par les récentes manifestations saura tirer leçons de la décennie noire des années 1990 – qu’elle n’a souvent pas connue – et des printemps arabes de 2011.


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Au milieu du gué printanier, elle devra éviter tout à la fois le trompe-l’œil kaki à l’égyptienne, le dérapage incontrôlé à la libyenne, le chemin de croix à la syrienne ou le tunnel à la yéménite. Et puisqu’en 2013, le ministre tunisien de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou s’était déclaré « soulagé » que son pays n’ait pas « exporté sa révolution » vers son voisin de l’ouest, concédons-lui que l’insurrection algérienne ne sera la copie d’aucune révolte contiguë.

« Le combat continue ! »

Pour faire échec et mat au régime contesté sans passer par la case « échec maté », les habitants de l’Algérie semblent avoir judicieusement reporté l’ouverture d’un champagne qui – même halal – aurait pu leur procurer une gueule de bois post-démission bouteflikienne. « Le combat continue, ce n’est pas encore la victoire finale ! », scandaient ce mardi des Algériens, conscients que l’excès d’euphorie disperse les énergies.

Après deux ou trois cabrioles joyeuses sur les lampadaires, le pays doit inventer sa transition

La population est lucide car consciente des opportunités de l’heure – le regard international braqué sur le pays – , des menaces – le manque d’incarnation de la contestation, les appétits religieux et les démangeaisons militaires – , des faiblesses – les habitudes politiciennes d’un régime seulement décapité, l’engoncement de l’économie dans la rente – et des atouts – la jeunesse de la mobilisation, la liberté d’expression astucieuse et la confiance inspirée par les premiers acquis de la grogne.

Après deux ou trois cabrioles joyeuses sur les lampadaires, le pays doit inventer sa transition, dans une ambiance de nouvelle indépendance nationale et avec l’humour salvateur de slogans imaginatifs. La satisfaction teintée de méfiance sera le gage d’une vigilance citoyenne à transformer en avenir politique inédit. Algeria is back ! Quelles que soient les manœuvres politico-militaires à venir, elles n’échapperont plus au peuple, qui devrait sans doute poursuivre dès ce vendredi sa plus massive mobilisation hebdomadaire.

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