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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Démission de Bouteflika : « Acquis immense » ou « coup d’État militaire », la classe politique algérienne partagée

Des milliers d'Algériens dans les rues d'Alger, mardi 2 avril, pour célébrer la démission du président Abdelaziz Bouteflika.

Des milliers d'Algériens dans les rues d'Alger, mardi 2 avril, pour célébrer la démission du président Abdelaziz Bouteflika. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre en Algérie, après l’annonce dans la soirée du mardi 2 avril de la démission du président Abdelaziz Bouteflika. Si la plupart des responsables partisans se sont réjouis de la nouvelle, d'autres ont dénoncé la pression des militaires et appelé à rester vigilant.

« Un acquis immense ». C’est ainsi qu’Ali Benflis, président du parti Talaie El Hourriyet, a qualifié la démission d’Abdelaziz Bouteflika. Exprimant sa joie en direct mardi soir sur le plateau de la chaîne de télévision privée El Bilad, l’ex-candidat aux élections présidentielles de 2004 et 2014 a souligné que le désormais ex-président a « freiné la construction du pays et l’avenir de ses citoyens pendant vingt ans » et jusqu’aux derniers jours de sa présidence, « en ne répondant pas aux revendications du peuple ».

Il a cependant loué le rôle de l’Armée populaire nationale (ANP), assurant que c’est « l’ANP qui a veillé à la sauvegarde de l’État » contre « une bande de corrompus » et en « protégeant les manifestations pacifiques ».


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Mohcine Belabbas, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), a lui aussi réagi rapidement, en lâchant sur les réseaux sociaux : « Ça suffit les faux départs ! » Pour lui, « toute personne impliquée dans l’opération de viol de la Constitution en 2008 et dans le quatrième mandat devait partir avec Bouteflika ».

« Le régime est toujours debout »

Dans les rangs de l’opposition également, Soufiane Djilali, président du parti Jil Jadid, a estimé impératif de maintenir la pression, dans la perspective des événements importants qui vont se tenir dans les prochains jours : « Nous attendions tous cette étape et on se doit d’être heureux, mais nous devons nous préparer pour la suite. Les citoyens ont demandé le départ du président et du régime. Le président est parti mais le régime est toujours debout », a -t-il déclaré.

Sofiane Djilali a rappelé la continuité du régime symbolisé par l’intérim d’Abdelkader Bensalah et le nouveau gouvernement nommé dimanche

L’ancien membre du mouvement citoyen Mouwatana a cité nommément Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation chargé d’assumer la présidence intérimaire, le gouvernement nommé dimanche ainsi que les lois qui permettront au système de se « régénérer ». Selon lui, le général Gaïd Salah a simplement livré au peuple une première victoire pour mettre fin aux revendications des Algériens qui ont manifesté.

« Coup d’État militaire déguisé juridiquement »

Samir Bouakouir, ancien cadre du Front des forces socialistes (FFS), a dénoncé pour sa part « un coup d’État militaire déguisé juridiquement ». « Alors que le mandat de l’actuel chef de l’État expirait dans quelques jours, le chef d’état-major, prenant prétexte de soi-disant complots et autres conspirations, précipite les événements et s’empare du pouvoir pour imposer sa feuille de route », estime le socialiste.


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Selon lui, Gaïd Salah « espère échapper au jugement populaire et transformer les manifestations à venir en un plébiscite en faveur de sa personne et de son clan », « offrant à la vindicte populaire les figures-symboles du régime corrompu de Bouteflika ».

Son ancien parti avait par ailleurs rejeté les appels de l’armée à appliquer les articles 7, 8 et 102 de la Constitution, prévoyant la destitution du chef de l’État. « L’institution militaire ne s’est pas retirée du politique. Elle s’ingère encore une fois dans le processus constitutionnel », avait déclaré la veille le premier secrétaire du FFS.

Le FLN remercie Bouteflika d’avoir « écouté le peuple »

« Nous estimons que la crise a commencé avec la désignation du président Bouteflika comme candidat à l’élection présidentielle. Nous le remercions d’avoir écouté la volonté du peuple. Nous saluons aussi vivement le message du chef d’état-major, Gaïd Salah, qui s’est rallié aux revendications du mouvement populaire», a indiqué Hocine Khaldoun, porte-parole du Front de libération nationale (FLN), dans une déclaration au média en ligne Actu’fil.

Le FLN est prêt à partager sa vision de la situation et à accompagner toutes les mesures constitutionnelles et politiques qui seront mises en place

Le représentant du parti – toujours présidé par Abdelaziz Bouteflika – ajoute que le FLN est prêt à partager sa « vision de la situation » et « à accompagner toutes les mesures constitutionnelles et politiques qui seront mises en place dans les semaines à venir ». Pas sûr, cependant, que la population réagisse favorablement à ces propositions, après avoir exprimé massivement son rejet du parti historique.

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