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Algérie : après la démission d’Ali Haddad, le patronat cherche sa voie

Nacera Haddad, vice-présidente du FCE et membre de la "fronde" contre Ali Haddad (avec lequel elle n'a aucun lien de parenté). © Louiza Ammi pour Jeune Afrique

Le Forum des chefs d’entreprise (FCE) vit des heures difficiles alors que le pays connaît un mouvement de protestation populaire sans précédent. Après la démission de son président, Ali Haddad, jeudi 29 mars, Hocine Metidji a refusé d’assurer l’intérim, comme prévu dans les statuts de l’organisation.

Selon les statuts du Forum des chefs d’entreprise (FCE), après la démission de son président Ali Haddad, l’intérim durant les trois mois nécessaires à la convocation de l’assemblée générale appelée à élire le nouveau patron des patrons aurait dû revenir au « doyen d’âge des vice-présidents », Hocine Metidji.

Mais dès le 29 mars, ce dernier a refusé la mission, laissant le fauteuil vide jusqu’à la prochaine réunion du conseil exécutif, programmée au 7 avril. À l’ordre du jour, la nomination d’un remplaçant temporaire, chargé de convoquer une assemblée générale extraordinaire pour élire un nouveau président.

Image écornée

Tiraillé par le soutien ou non au cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, le syndicat patronal a été ébranlé fin février par la diffusion d’un enregistrement sonore où l’on entendrait Ali Haddad, alors président du FCE, et Abdelmalek Sellal, ex-directeur de la campagne électorale de Bouteflika, échanger autour de la réponse sécuritaire à apporter aux manifestations. Jamais authentifié, l’audio n’en a pas moins jeté l’opprobre sur l’organisation patronale. Mal à l’aise, plusieurs chefs d’entreprise ont préféré claquer la porte de l’organisation.


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Vendredi 2 mars, Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances, annonce le gel de sa cotisation après avoir marché le jour même aux côtés des protestataires opposés au 5e mandat. Pour celui qui avait déjà quitté l’exécutif du FCE en 2014, la démission d’Ali Haddad est « en quelque sorte un aboutissement » : « Nous demandions son départ et celui de son équipe depuis quelque temps. Il va pouvoir y avoir une assemblée générale dans la sérénité qui décidera de la suite des événements », explique-t-il, avant de concéder que « les responsables qui seront à la tête du FCE auront beaucoup de difficultés à restaurer l’image de l’organisation ».

Figure du « système » Bouteflika

Incarnation du soutien inconditionnel du président Bouteflika, Ali Haddad, patron de l’ETRHB, l’un des plus grands groupes algériens de BTP, et élu à la tête du FCE en novembre 2014, incarne pour les manifestants l’une des figures du « système ». Aujourd’hui, les chefs d’entreprise veulent s’éloigner de cette image nocive et redorer le blason du patronat.

Nous sommes une organisation de chefs d’entreprise, pas une organisation d’affairistes

« Nous avons un rôle à jouer, mais uniquement sur le plan économique. On ne se désengagera pas par rapport à cela. Nous avons un travail à faire pour mettre de la distance avec tout ce qui a été dit sur les hommes d’affaires. Nous sommes une organisation de chefs d’entreprise, pas une organisation d’affairistes », clarifie Nacera Haddad, vice-présidente de l’organisation en charge de l’entrepreneuriat et de la formation [qui n’a aucun lien de parenté avec l’ex-président].

Signataire d’un communiqué de soutien au mouvement populaire au nom du « FCE originel » rendu public le 6 mars dernier, cette dernière prend acte de la démission de l’ancien président. « Je respecte la personne. Ses engagements et ses affaires ne le concernent que lui en tant que patron de l’ETRHB. Mais, dans le cadre du FCE, nous avons pris nos distances », insiste-t-elle.

Des décisions économiques et sociales à prendre

« Mon souhait aujourd’hui, c’est que nous restions une organisation proche des problématiques des entreprises afin de produire des idées et des propositions, en particulier dans cette phase historique que traverse notre pays », assure Salaheddine Abdessemed, vice-président du FCE et président de la commission TIC et économie numérique.

« Il y aura des décisions économiques et sociales qui vont être prises dans les prochains mois. Le FCE avec son expertise et sa composante peut fournir des propositions à la classe politique et à la société sur les choix économiques », poursuit ce deuxième signataire du communiqué du groupe « originel ».

Comme d’autres patrons algériens, Hassan Khelifati est dans l’expectative. « Nous ne sommes pas sûrs de la suite des événements au sein du FCE, parce que les choses ne sont pas claires. Si cela évolue favorablement, je pourrais reconsidérer ma démission. Mais si la vieille garde et l’équipe qui étaient responsables de la situation actuelle n’abdiquent pas ou essaient de manœuvrer pour rester à la tête de l’organisation, ce n’est pas sûr… »

D’association à syndicat patronal : un nouveau statut qui ne fait pas l’unanimité

Selon le chef d’entreprise, le FCE peut survivre en changeant de nom et en reprenant son ancien statut d’association. Depuis le 4 février, il est en effet officiellement devenu un syndicat patronal. Un changement qui a déplu à certains membres. Selon Nacera Haddad, ce changement de statut n’était pourtant « pas une option d’Ali Haddad, mais une évolution faisant suite à la demande des membres du FCE et du conseil exécutif, pour nous permettre d’avoir un rôle déterminant dans les commissions paritaires au niveau des instances de la République et de pouvoir mieux porter les revendications des chefs d’entreprises ».

Selon la vice-présidente de l’organisation, la question du statut sera posée lors d’une « assemblée générale des membres du FCE » qui aura lieu après le conseil exécutif programmé pour le 7 avril.

La représentativité en question

Depuis plusieurs mois, le FCE était aussi l’objet de plaintes de plusieurs de ses membres qui lui reprochaient son manque de représentativité. « L’assemblée générale n’était plus réservée qu’à une minorité désignée par le président », avance ainsi le patron d’Alliance Assurances, qui demande la tenue d’une assemblé générale inclusive.

« Nous avons opté pour ce système d’assemblée générale par représentation car notre objectif était de très vite dépasser les 10 000 adhérents. Or, il est pratiquement impossible de faire une assemblée avec 5 000 membres – qui représentent tout juste les 50 % de présents nécessaires pour obtenir le quorum », nuance Salaheddine Abdessemed, avant de rappeler que les représentants du FCE sont majoritairement des élus.

« Je pense que ce qui est le plus important pour nous aujourd’hui, ce sont les 7 000 entreprises qui sont membres du FCE », estime Salaheddine Abdessemed. Mais d’autres patrons réfléchissent à créer une nouvelle structure, assurant que des contacts ont déjà été établis.

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