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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Algérie : l’ex-président Liamine Zéroual lève le voile sur sa rencontre avec le général Toufik

L'ex-président algérien Liamine Zéroual (1994-1999).

L'ex-président algérien Liamine Zéroual (1994-1999). © YouTube/FRANCE 24

L'ancien président Liamine Zéroual sort du silence. Dans un texte rendu public mardi, il confirme avoir bel et bien été invité à une rencontre avec l'ex-patron du renseignement, Mohamed Mediène, qui lui a demandé de présider une instance de transition. Une proposition qu'il affirme avoir refusé.

Dans un communiqué rendu public mardi 2 avril, l’ancien président Liamine Zéroual révèle que le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène, alias « Toufik », ex-patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), lui a proposé de présider « une instance chargée de la conduite de la transition », avec l’accord de Saïd Bouteflika, frère cadet et conseiller de l’actuel président. Une offre que Zéroual dit avoir déclinée.


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« J’ai fait part à mon interlocuteur de toute ma confiance dans la maturité des millions de manifestants et de la nécessité de ne pas entraver la marche du peuple, redevenu maître de son destin », écrit l’ex-président dans le communiqué.

« Les anciens veulent te voir ! »

D’après un proche de Liamine Zéroual, vendredi 29 mars, jour de mobilisation en Algérie, un groupe de manifestants est venu scander son nom devant sa résidence de Batna (435 kilomètres au sud-est d’Alger). L’ancien président sort saluer la foule. Juste après, il reçoit un appel téléphonique de Mohamed Mediène.

Toufik soumet à Zéroual une proposition validée, dit-il, par Saïd Bouteflika : prendre la tête de l’instance de transition

« Les anciens veulent te voir ! », lui lance ce dernier. Zéroual prend alors sa voiture et se rend à Alger. Ce n’est que le lendemain qu’il rencontre le général Toufik, dans sa résidence de Moretti, au Club des pins. Ce dernier lui soumet une proposition validée, dit-il, par Saïd Bouteflika : prendre la tête de l’instance de transition. Zéroual se braque et quitte la réunion.

D’après les informations de Jeune Afrique, les réseaux de Toufik s’activent depuis une quinzaine de jours pour amener Zéroual à accepter cette proposition. Des contacts indirects ont été engagés avec l’ancien dirigeant, qui à de nombreuses reprises a fait part de ses réticences.

Pour Toufik, une « manipulation » de l’armée

Dans un communiqué diffusé samedi 30 mars, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, accuse des « parties malintentionnées » de préparer « un plan visant à porter atteinte à la crédibilité » de la grande muette. Pour lui, il s’agit d’une « ligne rouge ».

Le communiqué évoque une réunion organisée samedi par « des individus connus dont l’identité sera dévoilée en temps opportun », sans plus de précision. Rencontre dont l’objectif, d’après l’état-major, était de préparer une « campagne médiatique virulente » contre l’armée, visant à faire croire « que le peuple algérien rejette l’application de l’article 102 de la Constitution ».


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Le général Mediène, accusé par la chaîne arabophone Echorouk d’avoir participé à ladite réunion, en compagnie de chefs de services de renseignement étrangers, répond par un texte transmis lundi aux médias algériens. Il y dénonce « une manipulation grossière en donnant une information invraisemblable qui ne correspond ni à mon éthique ni à mes principes ». Aucune allusion n’est faite à l’entrevue avec l’ex-président Zéroual.

Dans la foulée, certains sites algériens publient deux clichés : sur le premier, on aperçoit l’ancien patron du DRS s’apprêtant à entrer à l’intérieur de la résidence d’État Moretti. Sur la deuxième, Liamine Zéroual apparaît devant le véhicule du général Toufik.

© Capture d’écran alg24.net

Soutien au mouvement populaire

« La marque de fabrique du Général Toufik est la manipulation, l’instrumentalisation et les coups tordus. Il n’a jamais servi les intérêts de ce pays et n’a jamais participé à la guerre de libération nationale, à la différence de personnalités comme le général Gaïd Salah, Mouloud Hamrouche ou Liamine Zéroual », a réagi Ali Mebroukine, ancien conseiller de Zéroual.

Dans le texte publié mardi, l’ancien chef de l’État affirme également son soutien au mouvement de contestation populaire. « Comme tous les Algériens, j’ai ressenti une immense fierté en voyant des millions d’Algériennes et d’Algériens réclamer une Algérie démocratique, dans une ferveur et une discipline qui font honneur à la Nation et donnent de l’Algérie et de son peuple une image digne de nos aspirations historiques », écrit-il.

Je suis triste, très triste pour l’Algérie, que vous me proposiez de revenir au pouvoir après que je l’ai quitté en 1999

Depuis qu’il a quitté le pouvoir, Zéroual s’est tenu à l’écart des affaires politiques, mais cela l’a pas empêché en 2004 et en 2014 de prendre position contre la réélection du président Bouteflika. Il n’en a pas moins été sollicité pour revenir au pouvoir en 2013, après l’AVC du chef de l’État et les doutes sur la candidature de ce dernier à un quatrième mandat.

« En me proposant de faire un nouveau mandat, vous me faites honneur. Je devrais en principe sauter de joie. Mais je suis triste, très triste pour l’Algérie, que vous me proposiez de revenir au pouvoir après que je l’ai quitté en 1999. Mes enfants, j’ai 72 ans. Même avec toutes les bonnes volontés du monde, un président âgé et malade ne peut accomplir convenablement ses missions. L’Algérie a des jeunes, il faut qu’on leur donne l’occasion de prendre le pouvoir, comme l’a fait Barack Obama », avait alors décliné Liamine Zéroual.

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