Archives

Peau noire… peau blanche

Rappelez-vous la légende éthiopienne. Dieu prit de la terre pour faire le premier homme. Il la fit trop cuire : ce fut le Noir. Il recommença et ne la fit pas assez cuire : ce fut le Blanc. Au troisième essai, l’homme fut cuit à point : ce fut l’Éthiopien. Et depuis lors, beaucoup qui se trouvent trop blancs essaient de noircir. Et beaucoup qui se trouvent trop noirs essaient de blanchir. Avec des méthodes dangereuses et parfois ridicules !

Que font les Blancs ? Ils se couvrent de crèmes et s’exposent au soleil pendant des heures pour « bronzer ». Sans cet objectif, peu de gens iraient se griller et transpirer au soleil, recto verso… alors qu’on est si bien à l’ombre. Et les jours sans soleil (le monde est mal fait !), ils vont s’exposer aux rayons ultraviolets (UV) sur des lits de bronzage artificiel.
Outre leur aspect cocasse, ces expositions aux UV, qu’ils soient naturels ou artificiels, augmentent grandement le risque de cancer de la peau, notamment du mélanome malin, l’un des cancers les plus graves. Les yeux peuvent aussi souffrir de lésions aiguës et très douloureuses de la cornée et de la conjonctive, mais aussi de lésions chroniques comme la cataracte.
L’action organique, donc potentiellement dangereuse, des UV est utilisée sous contrôle médical strict pour le traitement de certaines lésions de la peau comme dermatites ou psoriasis. Cette action organique est la cause du vieillissement précoce de la peau trop fréquemment exposée aux UV : elle devient cartonnée, fragile et sillonnée de rides indélébiles. Je n’ai pas rappelé, car chacun le sait, que l’exposition aux UV peut entraîner des brûlures plus ou moins profondes, en particulier chez les personnes à peau très claire. On peut penser qu’il faut être masochiste pour s’exposer ainsi. Et cependant 70 % à 90 % des hommes et surtout des femmes blanches se soumettent au soleil et autres UV.

Les Noirs qui veulent blanchir leur peau ne sont ni plus raisonnables ni plus malins. Ils passent sur leur peau, pendant des semaines, des mois ou plus, des pommades et des lotions coûteuses (il en existe une cinquantaine). Cela pour un résultat aléatoire, car le blanchiment est inconstant, souvent irrégulier, « en confettis », laissant subsister des zones hyperpigmentées, notamment autour des yeux. Et pourtant, à Dakar, 52 % des femmes ont recours à ces produits. Le plus utilisé est à base d’hydroquinone, qui peut irriter très dangereusement la peau. Les crèmes à base de cortisone sont aussi très employées. Leur usage prolongé peut entraîner hypertension, diabète ou autres troubles. Autre produit plus rarement utilisé : les sels de mercure sont de vrais toxiques pouvant entraîner des lésions rénales définitives. On trouve aussi dans le commerce des agents caustiques (comme des préparations salicyliques)… et 13 % de produits inconnus parfois décapants. Fait important : tous ces produits peuvent entraîner des lésions de la peau parfois sévères (infections, inflammation, eczéma, acné, etc.) et toujours difficiles à traiter. On abîme ainsi, parfois de façon définitive, la peau noire naturelle dont la qualité tissulaire est reconnue et se maintient jusqu’à un âge avancé. Pourquoi la compromettre ?
Chacun de nous a hérité d’un certain degré de cuisson. Chacun a son charme. À nous de ne pas le détériorer.

* Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte