Économie

Plan national du sport : la Côte d’Ivoire se lance dans la construction de 90 centres sportifs de proximité

Maquette des centres sportifs (vue frontale) ©

Selon le Plan national du sport adopté en 2017, aucun Ivoirien ne doit se trouver à plus de 3 km d’une infrastructure sportive. Une ambition qui a entraîné un vaste programme de construction de stades, dont le centre-pilote doit être inauguré début juin.

Dans le quartier populaire de Koumassi, en plein cœur d’Abidjan, le premier complexe socio-sportif de proximité du programme Agora sera inauguré début juin.

Vitrine de ce projet évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros, le site qui appartient à l’Office national des sports, fait plus de trois hectares. Il servira de modèle à l’implantation de 90 autres centres sur l’ensemble du territoire ivoirien. « Nos échanges avec les fédérations sportives nous ont fait apparaître l’importance des besoins en infrastructures, souligne Yao François Alla, le directeur de cabinet du ministère des Sports. La demande est très forte. Partout dans les quartiers, les jeunes jouent dans la rue. »

Le programme Agora s’inscrit dans le cadre du Plan national du sport (PNS) 2016/2020 de Côte d’Ivoire, adopté en juin 2017, qui vise à encourager la pratique des activités physiques et sportives par 60 % de la population. Huit sports sont prioritaires : le football, l’athlétisme, le basket-ball, le taekwondo, le judo, le handball, la boxe et le rugby. L’objectif visé par le ministère des Sports est que chaque habitant ne soit pas éloigné à plus de trois kilomètres d’une infrastructure sportive – une ambition à laquelle le ministère ivoirien des Sports est conscient que les 91 centres programmés ne suffiront pas à répondre.

Des programmes 100 % privés

Ce projet innovant a été proposé par l’entreprise française WinWin Afrique (WWA), dont la vocation est de mettre le sport au service du développement pour les jeunes et les moins favorisés. Suite à une délégation officielle du Medef International à laquelle il participait, WinWin Afrique a signé un contrat-cadre avec le ministère des Sports en juin 2017 pour l’accompagner dans la mise en œuvre de son plan national. L’un des dix-sept mandats reçu depuis sa création en 2016, pour mettre en place des programmes de développement public/privé autour du sport en Afrique.


>>> À LIRE : Business : le Medef ne veut pas rater le train ivoirien


Son concept d’Agora est né d’un double constat : la difficulté de réunir les budgets nécessaires à l’implantation des infrastructures sportives uniquement auprès de l’État et celle de construire des programmes 100 % privés à destination des populations défavorisées. « Notre objectif était de créer un modèle de développement pérenne et de financer l’implantation de ces infrastructures par les bailleurs de fonds », explique Régis Charpentier, président de WinWin Afrique.

Ce dernier, qui précise son objectif d’apporter une solution technique et financière au ministère des Sports, revient sur le choix de l’architecture, « peu coûteuse, robuste, modulaire et rapidement constructible, en seulement trois mois pour chaque unité ». Dans la structure métallique sont imbriqués des conteneurs maritimes aménagés, construits à Abidjan puis assemblés sur site. Plusieurs agencements sont possibles, permettant de s’adapter aux besoins spécifiques de chaque centre, qu’il soit situé en zone urbaine, périphérique ou rurale.

Financement franco-ivorien

Le bâtiment, équipé d’une centrale solaire – à Koumassi, des panneaux photovoltaïques ont été installés sur le toit – est autonome en énergie. Maître d’ouvrage délégué, WinWin Afrique a associé plusieurs entreprises françaises et ivoiriennes (SagemCom, Ivoire Ingénierie, Bolloré Logistics, Marty Sport…) pour la construction du centre-pilote.

Ce démonstrateur a été financé par le Trésor français, à travers le fonds Fasep (Fonds d’étude et d’aide au secteur privé) – Innovation verte du ministère de l’Économie, à hauteur de 794 000 euros. Le ministère ivoirien des Sports, chargé de la réalisation des travaux de génie civil, livrés fin février, a engagé environ 662 000 euros. Il restera propriétaire de l’Agora, qui doit être opérationnelle pour la rentrée scolaire du mois de septembre. Son exploitation sera confiée à un opérateur privé, en cours de désignation.

Il sera possible d’y pratiquer tout type de sport (sports collectifs, de combat, fitness) et d’y organiser des compétitions. En plus de l’Agora, deux terrains de basket, un terrain de foot et un terrain de handball, seront être aménagés en extérieur. Des locaux commerciaux seront loués pour devenir boutiques (articles de sports, équipements électroniques, bien-être…) ainsi que des restaurants et des web-cafés. Un espace socio-éducatif, dédié à la santé, au développement durable et à l’emploi des jeunes, sera animé par des ONG locales et internationales.

Première privatisation à l’occasion de la CAN 2019

Selon son business model, 25 % du temps et de l’espace de l’Agora seront alloués à des activités commerciales pour financer l’entretien et l’animation du centre, mais aussi permettre aux scolaires et aux 75 associations sportives de Koumassi d’y accéder gratuitement. Le terrain central, entouré de gradins, peut aisément se transformer en scène musicale ou en salle de spectacle. Il sera possible d’y organiser tout type événements, des galas, des conférences, des séminaires d’entreprises… Les grandes marques seront aussi associées, via le sponsoring, le naming et la publicité.

L’Agora de Koumassi sera privatisée pour la première fois, à l’occasion de la CAN 2019, qui débutera en Égypte le 21 juin prochain.Le site, qui présente l’avantage d’être clos, a été choisi pour constituer la « fan zone » d’Abidjan, avec une retransmission des matches à destination de plusieurs milliers de supporters. Un coup de projecteur sur le projet voulu par le ministère des Sports alors que WinWin Afrique est à la recherche de financements extérieurs pour l’implantation des 90 autres centres de proximité.

L’entreprise a déjà entrepris des démarches auprès de plusieurs bailleurs de fonds (AFD, Banque mondiale, BID, Banque arabe pour le développement économique en Afrique), et va également solliciter la BAD et l’Union européenne. Elle va élargir ses prospections au mouvement sportif international, auprès d’organisations telles que la FIFA ou la FIBA, ainsi qu’au secteur privé. « Les échos qui nous parviennent sont très favorables mais tous attendent le démarrage effectif de l’exploitation du modèle pour se prononcer », affirme Yao François Alla. Pour son deuxième tour de table, WinWin Afrique s’est fixé comme échéance le second semestre 2019.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte