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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

Algérie : Abdelaziz Bouteflika démissionne, comme les présidents Chadli et Zéroual avant lui

Abdelaziz Bouteflika à Alger, le 15 juin 2015, lors d'une rencontre avec son homologue français François Hollande. © AP / SIPA

La démission d'Abdelaziz Bouteflika de son poste de président, à moins d'un mois de la fin de son mandat, rappelle des épisodes historiques similaires en Algérie. En effet, le départ anticipé du pouvoir n'est pas inédit : avant lui, Chadli Bendjedid et Liamine Zéroual, deux de ses prédécesseurs, avaient suivi la même démarche.

Depuis l’indépendance, Abdelaziz Bouteflika est le troisième chef de l’État à annoncer sa démission. En effet, avant lui, les présidents Chadli Bendjedid (1979-1992) et Liamine Zéroual (1994-1998) ont tous deux mis fin prématurément à leur mandat. À chaque fois, leur départ a radicalement changé le paysage politique et marqué le début d’un nouveau cycle de pouvoir.


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Ces trois démissions ont pour point commun de porter en elle la marque des militaires. Si c’est le général Ahmed Gaïd Sallah, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), qui a appelé à l’application de l’article 102 et donc à l’empêchement d’Abdelaziz Bouteflika, les départs de Chadli et de Zéroual ont été le fait de l’influence accrue de la Grande muette dans un contexte de guerre civile.

Retour sur ces deux épisodes qui ont durablement marqué l’histoire algérienne.

Chadli, départ volontaire ou forcé ?

Après plus de douze années passées au pouvoir, c’est dans un contexte de crise politique que Chadli Bendjedid décide de remettre les clés du palais d’El Mouradia. Une décision née de la victoire des islamistes du Front islamique du salut (FIS) aux élections législatives du 26 décembre 1991. En effet, avec 3,2 millions de voix sur 13 millions d’électeurs, le mouvement islamiste rafle 188 des 430 sièges de l’Assemblée populaire nationale (APN). Le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed en obtient 25, alors que le Front de libération nationale (FLN), l’ex-parti unique, se contente de 16.

Le scrutin encourage l’ex-président à considérer l’éventualité d’une cohabitation avec le FIS, alors que ce dernier appelle à instaurer un califat islamique. Une éventualité impensable pour une grande majorité des militaires, qui partagent quasiment à l’unanimité la même position : ils refusent la tenue du second tour. Indécis et soumis à de nombreuses pressions, le président Chadli est alors perdu entre les sollicitations de l’armée et les recommandations de certains de ces proches appellant à la poursuite du processus électoral. Il reçoit même des requêtes du FIS qui cherche à négocier un accord avec la présidence.


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Chadli Bendjedid choisit finalement la démission, seul moyen légal pour interrompre le processus électoral. Le 6 janvier, c’est à son ministre de la Défense, Khaled Nezzar qu’il confie son envie de quitter son poste.

Un départ accepté par l’armée mais qui devra se faire à une condition : se débarrasser du Parlement. Et pour cause : l’article 84 de la Constitution dispose que le président de l’Assemblée en exercice – en l’occurrence Abdelaziz Belkhadem, sympathisant du projet islamiste – , assume l’intérim du chef de l’État démissionnaire pour une période de quarante-cinq jours avant la tenue de la présidentielle anticipée. Impossible pour les généraux d’envisager un tel remplacement. Ils obtiennent alors l’aval de la présidence pour la dissolution du Parlement, avant la démission du chef de l’État.

La lettre de démission est remise directement au Conseil constitutionnel, mais Chadli Bendjedid n’acceptera jamais d’en lire le contenu aux Algériens

Tout – jusqu’à la rédaction de la lettre de démission – laisse cependant penser que l’ancien président a été poussé vers la sortie. En effet, c’est Nezzar qui a chargé les généraux Mohamed Touati et Abdelmadjid Taghit, ainsi que les deux ministres Belkaid et Ali Haroun, de rédiger la missive. C’est encore Nezzar qui choisit le 11 janvier 1991 comme date de départ du chef d’État. La lettre est ensuite remise directement au Conseil constitutionnel, mais Chadli Bendjedid n’acceptera jamais d’en lire le contenu aux Algériens.

La démission inavouée de Liamine Zéroual

Face à la vacance provoquée par le départ de Chadli et la dissolution du Parlement est créé le Haut Comité d’État, une nouvelle autorité politique provisoire chargée de la gestion de l’État du 14 janvier 1992 au janvier 1994. Cet organe assoit grandement l’influence de l’armée sur les affaires publiques.

Prédécesseur d’Abdelaziz Bouteflika, Liamine Zéroual occupe la présidence du comité en 1994, après avoir été ministre de la Défense nationale, puis remporte l’élection présidentielle de novembre 1995, avec 61,3 % des voix. En 1997, deux ans seulement après sa prise de fonction, il évoque à plusieurs reprises sa possible démission, estimant que « sa mission à la tête de l’État est achevée ».


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Il affirme à l’époque avoir comblé le vide institutionnel après le départ de Chadli et assuré des élections libres, mais aussi une nouvelle Constitution consacrant l’alternance au pouvoir et adoptée par référendum en novembre 1996. Sa volonté de départ, dans un contexte toujours fragilisé par la guerre civile, est toutefois rejetée massivement par ses collaborateurs, l’état-major de l’armée et les services de renseignements.

Le président prend les devants et annonce lui-même à ses proches sa volonté de démissionner immédiatement

Zéroual découvre en 1997 un accord secret entre le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) et l’Armée islamique du salut (AIS), prévoyant une trêve contre une amnistie pour les combattants de l’AIS, l’intégration de certains d’entre eux dans les rangs de l’armée nationale pour combattre les résidus du Groupe islamique armé (GIA) et la levée des contraintes administratives frappant les dirigeants du FIS. Favorable à la négociation de leur reddition, il refuse catégoriquement l’amnistie. L’armée tente d’abord de le faire céder. Face à son intransigeance, elle cherche alors à lui trouver un successeur.

Le président prend les devants et annonce lui-même à ses proches sa volonté de démissionner immédiatement. Ses conseillers l’en dissuadent et le convainquent de préparer un scrutin présidentiel anticipé. Le 11 septembre 1998, il annonce la tenue, dans les quarante jours, d’une nouvelle élection à laquelle il ne participera pas. Au terme du vote, Abdelaziz Bouteflika est élu au premier tour avec 73,80 % des suffrages. Il restera au pouvoir au cours des vingt années suivantes, jusqu’à sa démission officielle le mardi 2 avril.

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