Sécurité

Moncef Kartas, l’expert de l’ONU arrêté à Tunis, allait-il pointer le rôle de la troïka dans la livraison d’armes en Libye ?

Moncef Kartas, membre du panel d'experts de l'ONU pour la Libye.

Moncef Kartas, membre du panel d'experts de l'ONU pour la Libye. © YouTube/War and Peace Talk

Selon nos sources, Moncef Kartas, membre du panel d'experts des Nations unies pour la Libye arrêté le 26 mars à Tunis, devait présenter, en marge du sommet de la Ligue arabe, les conclusions de son enquête sur les livraisons d'armes à des milices libyennes entre 2012 et 2013.

Tuniso-Allemand, Moncef Kartas, expert qui menait, pour le compte de l’Organisation des Nations unies (ONU), une enquête sur les violations de l’embargo sur les armes en Libye, a été arrêté à son arrivée à Tunis le 26 mars. L’affaire serait restée secrète, s’il n’y avait eu une correspondance de l’ONU signalant aux autorités tunisiennes la disparition de l’intéressé. Ce dernier, qui venait d’arriver de Rome, a été interpellé à sa sortie de l’aéroport par 12 policiers en civil. Il n’a plus donné de nouvelles depuis.


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Aussitôt, les rumeurs les plus folles, dignes d’un roman de John Le Carré, ont agité Tunis. Elles tiennent au fait que Moncef Kartas, membre du groupe d’experts du Comité du Conseil de sécurité des Nations unies créé par la résolution 1973, avait établi un rapport sur un trafic d’armes transfrontalier. Financés par le Qatar et la Turquie, les envois, destinés à des milices libyennes, auraient transité par la Tunisie en 2012-2013. Une période au cours de laquelle les islamistes menaient la troïka gouvernementale.

Selon nos sources, il devait présenter les résultats de son travail le 30 mars, à l’occasion d’une réunion sur la Libye en marge du sommet de la Ligue arabe. Il y mettait en cause la troïka, comme s’apprêtait à le faire Saber Laajili, l’ex-patron de la brigade antiterroriste, incarcéré depuis 2017. Mais l’arrestation de Moncef Kartas, d’après le parquet tunisien, n’est pas en lien avec cette enquête, puisqu’il est accusé d’espionnage au profit d’un État européen. Selon certains informateurs judiciaires, le pays en question serait l’Italie.

Six mandats d’arrêt émis par le procureur

Une perquisition a permis de saisir des documents sensibles et un matériel d’écoute sophistiqué. Des éléments qui, joints à l’enquête menée depuis un an par les services tunisiens de sécurité nationale, ont conduit le procureur de la République, Béchir Akremi, à émettre un mandat d’arrêt à son encontre ainsi qu’à celle de cinq autres personnes, dont un fonctionnaire local de l’ambassade des États-Unis à Tunis.

Les autorités n’ont pas réagi à l’accusation d’enlèvement d’un fonctionnaire onusien lancée par l’organisation Human Rights Watch

L’affaire étant en cours d’instruction, il est difficile d’avoir des informations précises. L’épisode n’en a pas moins mis la Tunisie en fâcheuse posture. Les autorités n’ont pas réagi à l’accusation d’ « enlèvement d’un fonctionnaire onusien » lancée par l’organisation Human Rights Watch, qui rappelle que le docteur en relations internationales et chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève bénéficie de l’immunité, comme tout expert onusien. Ce que confirme Farhan Haq, porte-parole adjoint de l’ONU, qui rappelle que les experts exerçant pour le compte des Nations unies sont concernés par la Convention sur les privilèges et immunités de l’ONU.

Les « intérêts personnels » de Moncef Kartas

Des arguments que réfute le porte-parole du pôle judiciaire de la lutte antiterroriste, Sofiène Sliti, qui soutient que l’affaire « concerne des intérêts personnels de Moncef Kartas », et non sa mission auprès de l’ONU. À la faveur du 30e sommet de la Ligue arabe, auquel participait le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, la Tunisie est devenue présidente de l’organisation et devrait siéger au Conseil de sécurité onusien. Une position qui s’accommode difficilement de couacs diplomatiques comme celui-là.

Il en faut aussi plus pour convaincre les Tunisiens d’une mise en danger de la sécurité nationale et pour éviter des accusations « d’arrestation arbitraire », comme celle lancée par le chercheur Vincent Geisser. Une communication maladroite voire inexistante des autorités tunisiennes éveille cependant les suspicions de manipulations, d’autant que le procureur Béchir Akremi, proche des milieux islamistes, est lui-même objet de poursuites et désigné comme responsable de l’enlisement des affaires d’assassinats politiques et de leur corollaire, l’officine secrète d’Ennahdha au sein du ministère de l’Intérieur.

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