Politique

[Tribune] RDC : pourquoi faut-il croire en la réussite du président Tshisekedi

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Député national réélu de Kinshasa et membre de la Majorité présidentielle, Patrick Muyaya Katembwe est le président du Réseau de jeunes parlementaires congolais, et l'ancien rapporteur adjoint de la Commission Relations extérieures de l’Assemblée nationale.

Félix Tshisekedi lors de sa prestation de serment, le 24 janvier à Kinshasa. © Jerome Delay/AP/SIPA

Depuis l'élection de Félix Tshisekedi, la RDC prend résolument le virage d’une démocratie consolidée. Pour le député Patrick Muyaya Katembwe, trois raisons laissent croire en la réussite du nouveau président de la République.

Après plusieurs mois d’incertitude consécutive à la non tenue des élections depuis 2016, il était difficile de prédire avec confiance le dénouement de la crise politique en RDC. Des élections se sont tenues et Félix Tshisekedi a été élu et investi président de la République. Cette première passation civilisée du pouvoir en RDC revêt un caractère hautement symbolique : Joseph Kabila, fils d’un illustre combattant anti-dictature et maquisard lui-même, a cédé pacifiquement le bâton de commandement à Félix Tshisekedi, lui aussi fils d’une autre figure de proue de la lutte radicale contre la dictature. Si l’histoire a fait bifurquer les trajectoires des deux pères, elle se rattrape merveilleusement en télescopant les orbites des deux fils.


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Une vague d’espoir règne sur l’opinion publique congolaise. La RDC prend résolument le virage d’une démocratie consolidée. Dans ce contexte particulier, trois raisons nous font croire en la réussite du nouveau président de la République :

1. Un nouveau contexte

Félix Tshisekedi prend le pouvoir au sortir d’une crise, dont les épreuves ont rendu le Congo plus résilient dans sa quête de démocratie et de progrès. Le chemin parcouru jusqu’à l’aboutissement du processus aura au moins la vertu pédagogique et citoyenne de dissuader les velléités de glissement à l’avenir. Ayant été en avant-plan de la lutte pour le respect de la Constitution et de l’émergence d’un État de droit, il a lui-même contribué à rendre plus difficile toute entreprise de conquête du pouvoir politique ou de son prolongement en dehors des termes constitutionnels.

Prisonnier de son combat, le président et ses alliés sont astreints à une obligation de résultat au terme de ce mandat. Jusqu’ici, des signes de rupture dans son action témoignent qu’il en a pris la pleine mesure. Le contexte change.


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2. Des signes de rupture

Les attentes sociales des congolais sont immenses et connues. Pour y répondre, le chef de l’État affiche de grandes ambitions dans son programme : « vaincre la pauvreté. » Dans sa mise en œuvre, des réformes courageuses s’imposent. D’abord, mettre en place un dispositif efficace pour lutter contre la corruption et le coulage des recettes. Ensuite, faire des choix stratégiques des secteurs à financer pour « formater » l’homme congolais et impacter durablement son quotidien.

Enfin, instaurer la bonne gouvernance comme mode de gestion à tous les niveaux. La vigilance du peuple permettra d’assurer un suivi étroit de ces mesures. Réussir le pari du développement sera le seul ticket pouvant lui permettre de conserver l’indispensable appui de la population. Il y a donc une autre raison d’être optimiste.


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3. Une pression morale

Héritier du combat politique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), c’est à la lumière de la philosophie-programme « le peuple d’abord » que les actions de l’actuel président seront jugées. Car, c’est ce qui lui est rappelé par le peuple à chacune de ses sorties publiques. Loin d’être anodine, cette pression morale pourra servir de rempart à toute tentation d’abus du pouvoir. Ici encore, il y a des raisons d’espérer.

In fine, il sied de souligner que le leadership dont fait preuve le président Tshisekedi est susceptible de contribuer à sa réussite. Il s’est montré ouvert et capable de dépasser certains clivages en étant à l’écoute de son prédécesseur notamment. Il bénéficie d’un appui de taille de son expérimenté allié, Vital Kamerhe. Le choix rigoureux des hommes qui vont composer son équipe sera déterminant et fondera l’espérance de la rupture effective attendue par les Congolais.


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Nous n’avons jamais été si nombreux et si pauvres. Et le président Tshisekedi devra être le capitaine de ce combat collectif contre la pauvreté.

C’est par la réussite de l’action de l’actuel chef de l’État que l’on évaluera le succès de Joseph Kabila. Il n’y a pas de succès sans successeur, dit-on. Les deux semblent l’avoir bien compris en penchant pour une large coalition plutôt qu’une cohabitation. Qui prend le pari ?

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