Politique

Algérie : Abdelaziz Bouteflika annonce qu’il va démissionner avant le 28 avril

Abdelaziz Bouteflika en mai 2017. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Le chef de l’État algérien a annoncé lundi qu'il démissionnera avant la fin de son mandat le 28 avril. Il est emporté par le soulèvement populaire qui dure depuis le 13 février, mais aussi par les divisions apparues au grand jour au sein de son camp.

L’intervention de l’armée a été décisive. Le 26 mars, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, a signé la fin du mandat d’Abdelaziz Bouteflika, en réclamant l’application de l’article 102 de la Constitution, qui prévoit notamment la démission du président de la République. Elle est désormais effective : Abdelaziz Bouteflika a annoncé ce lundi quitter la présidence avant le terme de son quatrième mandat, programmé le 28 avril.


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Abdelaziz Bouteflika, dont la candidature à un cinquième mandat a été annoncée le 10 février dernier, a dû renoncer à son projet face à la pression populaire. Jeune Afrique revient sur les principaux épisodes de ses vingt ans à la tête de l’Algérie.

Réconciliation

Le 15 avril 1999, âgé de 62 ans, il est élu à la présidence pour la première fois, avec 73,79 % des voix. La veille du scrutin, ses six adversaires s’étaient retirés la veille du scrutin en affirmant que les « jeux étaient faits ». Car sa candidature, qui intervient en pleine décennie noire, est adoubée par l’armée. Laquelle lui confie la charge de réconcilier la société algérienne, après un conflit qui a fait plus de 200 000 morts, selon les chiffres officiels. La vague d’attentats avait commencé début 1992, suite à l’annulation des législatives de 1991 que le Front islamique du salut (FIS) s’apprêtait à largement remporter.

Après sa réélection en 2004, un nouveau référendum permet l’adoption d’une charte offrant le ‘pardon’ aux islamistes encore dans le maquis, en échange de leur reddition

Le 16 septembre 1999, Abdelaziz Bouteflika obtient un « oui » massif au référendum sur l’amnistie des islamistes n’ayant pas commis de crimes de sang ni de viols et se soumettant à l’autorité de l’État. Après sa réélection en 2004, un nouveau référendum, en septembre 2005, permet l’adoption d’une « Charte pour la paix et la réconciliation », offrant le « pardon » aux islamistes encore dans le maquis, en échange de leur reddition. Près de 15 000 islamistes ont déposé les armes depuis 1999. Le FIS, lui, a été dissous.

Attaques islamistes

Si la « réconciliation » a contribué à ramener la sécurité, elle n’a pas pour autant permis d’empêcher des attentats d’ampleur, comme celui de janvier 2013 sur le site gazier d’In Amenas, à 1 300 km au sud-est d’Alger. Ce jour-là, une prise d’otages spectaculaire est menée par un commando islamiste. Les forces spéciales donnent l’assaut, après trois jours de préparation. 29 assaillants sont tués, mais aussi 40 salariés du site exploité par British Petroleum, Statoil et Sonatrach.


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L’année suivante, le 23 septembre 2014, un alpiniste français est exécuté en Kabylie, sur les sommets de Tikjda. Hervé Gourdel, 55 ans, et ses accompagnateurs algériens, sont enlevés en pleine randonnée dans le massif du Djurdjura. Eux sont relâchés, mais lui reste entre les mains des « Jund al-Khalifa », groupe affilié à Daesh. Il est tué au terme de l’ultimatum lancé au président français François Hollande de cesser sous 24 heures l’opération militaire Chammal en Irak. Les assassins d’Hervé Gourdel sont éliminés par l’armée algérienne en décembre.

Les quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika sont aussi marqués par des attaques au sein même de la capitale. Le 11 avril 2007, le Palais du gouvernement est pris pour cible par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien. La même année, le 6 septembre, le cortège de Bouteflika est la cible d’un attentat suicide, et le 11 décembre deux attaques visent le siège du Conseil constitutionnel et des agences de l’ONU. Tous ces actes sont également revendiqués par Aqmi.

Printemps arabes et AVC

Le 9 avril 2009, Abdelaziz Bouteflika est élu pour un troisième mandat, avec 90,24 % des suffrages. L’année précédente, le Parlement avait adopté une révision de la Constitution, supprimant la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. Une partie de l’opinion publique s’interroge déjà sur son état de santé réel, car en 2005, le chef de l’État algérien avait déjà séjourné près d’un mois à Paris, au Val-de-Grâce, officiellement pour un « ulcère hémorragique au niveau de l’estomac ».

Après 80 jours d’hospitalisation en 2013, il marque son autorité avec un important remaniement ministériel et une réforme des services secrets

En janvier 2011, dans le sillage de la révolte populaire en Tunisie voisine, des émeutes contre le coût de la vie font cinq morts et plus de 800 blessés. Pour contenir la fronde, Abdelaziz Bouteflika annonce des réformes, jugées insuffisantes par l’opposition, mais qui assurent à l’alliance présidentielle – Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) et Rassemblement national démocratique (RND) – de conserver la majorité absolue au Parlement en mai 2012.

L’année suivante est marquée par une santé qui se dégrade à grande vitesse pour le président algérien. D’avril à juillet 2013, il est soigné en France après un Accident vasculaire cérébral (AVC) qui le laisse affaibli, souffrant d’importantes séquelles. Le chef de l’État est désormais condamné à ne se déplacer qu’en fauteuil roulant. À son retour, au terme de quatre-vingts jours d’hospitalisation, il marque pourtant son autorité avec un important remaniement ministériel en septembre, et une réforme des services secrets qui réduit considérablement l’influence de ces derniers.

Abdelaziz Bouteflika à Alger, le 9 avril 2018. © DR / Capture d’écran Youtube.

Limogeages

En février 2014, Abdelaziz Bouteflika est candidat à sa succession. Il ne tient aucun meeting durant cette campagne, mais est néanmoins réélu le 17 avril 2014, avec 81,49 % des voix. Dix jours plus tard, sa cérémonie de prestation de serment est réduite à la portion congrue : Abdelaziz Bouteflika ne peut aller au bout de son discours. Son quatrième mandat est marqué par de nombreuses hospitalisations, la dernière en date étant celle du 24 février au 10 mars 2019 aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), officiellement pour des « examens médicaux périodiques ».

Ce quinquennat signe aussi la reprise en main des centres de pouvoir par l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika. Le 13 septembre 2015, le puissant général « Toufik » – Mohamed Mediène à l’état civil – est limogé. L’homme dirigeait depuis vingt-cinq ans le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), considéré comme un « État dans l’État ». Le DRS est dissous en janvier 2016, et ses prérogatives redistribuées au niveau de la présidence.


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Les autres services de sécurité ne sont pas épargnés par la purge. Dans la foulée de la saisie de 701 kilogrammes de cocaïne, en mai 2018 dans le port d’Oran, nombre de généraux sont remerciés, dont Abdelghani Hamel, Directeur général de la sûreté nationale (DGSN), limogé le 26 juin. D’autres responsables sont mis à la retraite ou placés en détention préventive, mi-octobre, dans le cadre d’une enquête sur de présumées malversations. Début novembre 2018, cinq sont relâchés.

Les alliés politiques d’Abdelaziz Bouteflika n’échappent pas à la reconfiguration du régime. Le 15 août 2017, le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune est limogé, quatre-vingts-huit jours après sa nomination, sur fond de sourdes luttes de clans à la tête de l’État. Il est remplacé par Ahmed Ouyahia, jusqu’ici chef de cabinet du président et déjà chef du gouvernement à trois reprises. Lui est remercié le 11 mars dernier, en plein soulèvement populaire. Quinze jours plus tard, il réclame la démission d’Abdelaziz Bouteflika. Secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia faisait partie de la coalition au pouvoir qui, le 2 février, apportait pourtant son soutien officiel à une cinquième candidature du président sortant.

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