Diplomatie

Il y a quarante ans, Sadate et Begin signaient le premier traité de paix israélo-arabe

De gauche à droite, le président égyptien Anouar el-Sadate, le président américain Jimmy Carter (centre) et le Premier ministre israélien Menahem Begin. ©

La cérémonie de signature du pacte par l'égyptien Anouar al-Sadate et l'Israélien Menahem Begin avait duré dix minutes, en présence du président Jimmy Carter et de quelque 2 000 invités.

Il y a 40 ans, le 26 mars 1979, l’Israélien Menahem Begin et l’Égyptien Anouar al-Sadate concluaient à Washington sous l’égide des États-Unis le premier traité de paix israélo-arabe, bouleversant la situation diplomatique et militaire au Moyen-Orient.

Scellé dans le sillage des accords de Camp David de 1978 et de la visite historique à Jérusalem en 1977 du président Sadate, l’accord mit fin à trente ans de belligérance. À son arrivée au pouvoir, en 1970, le président Sadate s’attelle à ramener l’Égypte nassérienne proche de l’Union soviétique vers le camp occidental.


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La guerre israélo-arabe de 1973 se conclut par une issue honorable pour le Caire et son armée. Les États-Unis forcent la main à Israël pour parvenir avec l’Égypte à deux accords de désengagement partiel du Sinaï, qu’il occupait depuis la guerre de juin 1967.

En novembre 1977, Sadate se rend à Jérusalem pour entreprendre des négociations avec les Israéliens, premier dirigeant arabe à effectuer une visite officielle en Israël. Le 17 septembre 1978, Sadate et Begin signent sous l’égide du président américain Jimmy Carter les accords de Camp David.

« Premier pas vers la paix »

Le 17 décembre, le délai de trois mois fixé par Camp David s’achève sans que le traité de paix n’ait été signé. Menahem Begin décide que la période de « gel » de la construction dans les territoires palestiniens est terminée. Jimmy Carter doit se rendre dans les deux pays pour sauver le processus. Le 26 mars 1979, Anouar al-Sadate et Menahem Begin se retrouvent à la Maison Blanche, aux côtés du président américain. La cérémonie de signature du traité dure dix minutes, en présence de quelque 2 000 invités.

Nous ne devons pas minimiser les obstacles restant à surmonter sur la voie de la paix, déclare Carter

« Nous ne devons pas minimiser les obstacles restant à surmonter » sur la voie de la paix, déclare Carter, qui a signé le texte en qualité de témoin. « Nous avons gagné, au moins, le premier pas vers la paix », ajoute-t-il. « Nous savons que des temps difficiles nous attendent », affirme le chef de l’État égyptien, attribuant tous les mérites au président Carter, « l’homme qui a réalisé le miracle ».

Alternant l’anglais et des citations en hébreu du Livre des Psaumes, le Premier ministre israélien affirme que l’un des trois grands jours de sa vie, avec la création d’Israël en 1948 et ce traité de paix, est la « réunification » de Jérusalem, dont la partie orientale avait été conquise par Israël durant la guerre de juin 1967. Une référence qui provoquera un grand ressentiment dans le monde arabe.

Profonde rupture pour le monde arabe

Premier État arabe à signer la paix avec Israël, l’Égypte, aux termes du traité, récupère le Sinaï (ce qui sera effectif en 1982) et obtient le démantèlement des implantations israéliennes dans cette péninsule. En échange, Le Caire offre à Israël une paix totale et des relations diplomatiques et économiques normales. Le traité assure la libre circulation des navires israéliens dans le canal de Suez et la reconnaissance du détroit de Tiran et du golfe d’Aqaba comme voies de navigation internationales.

Indéniable succès pour Washington, le traité marque une profonde rupture pour le monde arabe. Il neutralise le plus grand État arabe et met en veilleuse le deuxième volet des accords de Camp David, en raison des divergences sur la question palestinienne. Car, en dépit de l’insistance du président Sadate, aucun lien n’est établi entre la signature du traité et l’autonomie palestinienne.


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Le traité est aussitôt dénoncé par les pays arabes comme une « paix séparée » et une forme de trahison, en particulier vis-à-vis des Palestiniens. Pour avoir bravé le consensus arabe, l’Égypte est suspendue fin mars de la Ligue arabe, dont le siège est transféré du Caire à Tunis. La plupart des pays arabes rompent leur relations diplomatiques avec l’Égypte.

En octobre 1981, Anouar al-Sadate, très critiqué dans son propre pays, est assassiné par des extrémistes. En 1994, la Jordanie devient le deuxième pays arabe à normaliser ses relations avec Israël. Quarante ans après, Israël et l’Égypte observent un état de « paix froide », le pouvoir égyptien devant composer avec une opinion très largement hostile à Israël.

Mais la paix de Camp David a résisté à deux guerres au Liban (1982 et 2006), deux Intifada (1987 et 2000) et aux échecs successifs du processus de paix israélo-palestinien. Et les deux pays passent pour avoir une étroite coopération sécuritaire. La « Pax Americana » de mars 1979 a permis aussi à l’Égypte de bénéficier d’une aide économique et militaire américaine considérable.

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