Diplomatie

Rwanda : la visite de Félix Tshisekedi au mémorial de Gisozi est diversement appréciée en RDC

Félix Tshisekedi au mémorial de Gisozi, le 25 mars 2019.

Félix Tshisekedi au mémorial de Gisozi, le 25 mars 2019. © Twitter/Kigali Genocide Memorial

En marge de son séjour au Rwanda, dans le cadre du Africa CEO Forum, le président congolais Félix Tshisekedi s’est incliné devant le mémorial dédié aux victimes tutsi du génocide, à Kigali. Une première dans les relations entre les deux pays, qui n’a pas manqué de faire réagir en RDC.

« Ce génocide est un drame et une horreur inacceptables. Nous devons le condamner et prendre l’engagement de ne plus accepter cela, où que ça se passe dans le monde. » C’est par ces mots que Félix Tshisekedi a signé le livre d’or du mémorial de Gisozi, au nord de la capitale rwandaise, à l’occasion de sa visite dans le cadre du Africa CEO Forum, le 25 mars.

Sans directement mentionner les Tutsi exterminés au Rwanda, le président congolais a déploré ce génocide qui a causé 800 000 à 1 million de morts en 1994. « Les effets collatéraux de ces horreurs n’ont pas épargné mon pays, qui a aussi subi des millions de pertes en vies humaines », a-t-il écrit.

Réactions diverses

Cette visite, la première d’un président congolais au mémorial de Gisozi, semble avoir eu un écho positif au Rwanda. « La visite et le message ont été appréciés », précise à Jeune Afrique un officiel rwandais. « Le président Tshisekedi était attentif et posait beaucoup de questions. La visite l’a manifestement ému », poursuit-il. Le soir même, le dôme du Kigali Convention Center a été éclairé aux couleurs du drapeau congolais.

Du côté de Kinshasa, le discours est moins enthousiaste. Dans les cercles politiques comme au sein de la société civile congolaise, le geste symbolique de Félix Tshisekedi n’a pas manqué d’alimenté la controverse, compte tenu des relations historiquement conflictuelles entre les deux pays, notamment lors des deux guerres du Congo.

« À quand des mémoriaux et une commémoration officielle [pour les] millions de morts congolais ? » La question a immédiatement été posée par plusieurs acteurs de l’opposition et de la société civile qui estiment que l’armée rwandaise est responsable de l’instabilité à l’est du pays. « Six à huit millions de personnes ont été tuées en RDC, en partie par l’armée de Kagame, et il n’existe même pas une journée officielle pour les commémorer », a ainsi réagi sur Twitter le mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le changement).

« Au regard des tensions entre Kigali et Kinshasa, il est inconcevable qu’un haut responsable congolais parte s’incliner et honorer le génocide rwandais », indique quant à lui Serge Welo, un cadre de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecide), le parti de Martin Fayulu. En colère, Prince Epenge, de la coalition Lamuka, a souligné que « l’acte du président Félix Tshisekedi s’écarte de la ligne de conduite. En 18 ans, Kabila n’avait jamais fait ça. »

« Mise en commun des efforts »

Parmi les médias, nombreux à commenter cette visite symbolique, l’Agence congolaise de presse (ACP) a évoqué le « passé douloureux du peuple rwandais ». Le site d’information ScoopRDC est revenu sur les critiques formulées à Kinshasa, dénonçant un mauvais raisonnement venant de ceux qui condamnent le président Tshisekedi. « Avec ce mauvais raisonnement, ces pseudo-experts en relations internationales et en diplomatie ignorent complètement que le comportement des hommes d’État n’est pas à confondre avec celui des citoyens ordinaires, émotionnés et parfois ignorants », a commenté le site.

La diplomatie pour consolider la paix entre Kinshasa et Kigali

La situation sécuritaire demeure fragile dans l’est de la RDC. À Béni, comme à Goma, dans la province du Nord-Kivu, des morts sont signalés presque chaque semaine. Félix Tshisekedi, qui avait promis pendant la campagne de privilégier le dialogue avec les voisins de la RDC pour ramener la paix au Congo, « doit parfois accepter de faire contre mauvaise fortune bon cœur », explique l’un de ses conseillers à Jeune Afrique.

Une autre source à la présidence rappelle que « tout est fait pour rapprocher davantage Kigali et Kinshasa, et ainsi mettre fin à l’instabilité dans l’est du pays ». Vendredi 22 mars, deux jours avant son déplacement au Rwanda, Félix Tshisekedi s’était d’ailleurs rendu chez un autre voisin, à Kampala, pour s’entretenir avec Yoweri Museveni sur le « commerce, la sécurité régionale et d’autres domaines d’intérêt bilatéral », a précisé la présidence ougandaise, alors que l’Ouganda et le Rwanda sont eux-mêmes à couteaux tirés depuis plusieurs semaines.

 

Avec Yoweri Museveni, Félix Tshisekedi espère aussi mettre un terme à la menace des Allied Democratic Forces (ADF), un groupe rebelle ougandais actif dans l’est du pays depuis plus de vingt ans. « Il faut passer par les contacts avec les pays voisins puisqu’on a dit que les ADF-Nalu sont des Ougandais. Et il faut que les Ougandais nous aident à régler ce problème. […]  Je suis en contact permanent avec le haut-commandement de notre armée. Nous sommes en train de mettre en place les dispositifs nécessaires pour éradiquer les groupes armés dans notre quotidien », a assuré le président congolais à Kigali, devant quelques journalistes.

C’est dans cette même dynamique de rapprochement entre le Rwanda et la RDC qu’un accord de transport aérien a été conclu le 20 mars, à l’issue d’une visite de la directrice générale de Rwandair, Yvonne Makolo, qui s’est entretenu avec le président Tshisekedi. Cet accord vise la réciprocité de l’exploitation des espaces aériens par les compagnies nationales Congo Airways et Rwandair. Les vols devraient débuter en avril.

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