Politique

« Place aux jeunes » : au Sénégal, les fondateurs du mouvement Y en a Marre passent la main

Les leaders "histotriques" de Y en a Marre ont passé la main, à l'issue de leur rencontre le 24 mars 2019.

Les leaders "histotriques" de Y en a Marre ont passé la main, à l'issue de leur rencontre le 24 mars 2019. © DR / Y en a Marre

Une page se tourne au Sénégal. Les « historiques » de Y en a Marre cèdent la direction du mouvement à des militants plus jeunes. Fadel Barro, Thiat et Malal Talla alias Fou Malade, ainsi que dix autres membres du bureau, quittent le bureau au nom du « nécessaire renouvellement » des leaders politiques comme de la société civile.

« Souvent, au sein des mouvements de la société civile comme de la classe politique, les vieux leaders ne bougent pas. On ne pouvait pas reproduire ces schémas que l’on critique. Quand on prône le nécessaire renouvellement au sein des partis politiques, il  est important de montrer l’exemple », explique à Jeune Afrique Fadel Barro, 41 ans, coordonateur du mouvement citoyen depuis sa création en 2011, qui a cédé sa place à Alioune Sané, 35 ans, ex-secrétaire exécutif.

« Permettre à d’autres énergies de s’exprimer »

Après huit ans d’existence, le bureau dirigeant du mouvement citoyen sénégalais Y en a Marre a procédé à une vague de remplacements de ses leaders à l’issue de son « Leul » (« assises », en wolof), samedi 23 et dimanche 24 mars. « Nous voulions permettre à d’autres énergies de s’exprimer et de laisser la place aux jeunes. C’était le bon moment », souligne Fadel Barro.

Ce n’est pas rien de succéder à Fadel Barro

Sur les 18 fonctions qui composent le bureau, 13 ont été renouvelées, sans qu’aucun membre ne quitte pour autant l’association. Aux côtés de Fadel Barro, co-fondateur et l’un des principaux visages de Y en a Marre, les rappeurs Thiat, jusqu’ici porte parole, et Malal Talla – alias Fou Malade – ont également décidé de passer le relais « afin de répondre à des exigences de démocratie interne d’un mouvement comme le nôtre ».


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Les membres historiques du mouvement comptent cependant bien rester « membres actifs de Y en a Marre », notamment dans le cadre de la formation et de l’encadrement des militants plus jeunes. « Fadel Barro et Thiat ont beaucoup porté cette idée d’alternance, même si beaucoup avaient envie qu’ils restent », soutient Alioune Sané, le nouveau coordonateur.

Du sang neuf dans l’administratif

L’équipe administrative du mouvement s’étoffe également, avec du sang neuf : cinq étudiants ou jeunes diplômés viennent d’y faire leur entrée. « Notre Leul a été l’occasion d’une réflexion et d’une autocritique sur le fonctionnement de Y en a Marre, confie Alioune Sané. On ne change pas fondamentalement de cap par rapport à nos orientations, mais nous réfléchissons aux formats et à la manière de mener nos actions, aux nouveaux outils à expérimenter. Pour tout cela, il était important de donner un nouveau souffle au mouvement. »

« Ce n’est pas rien de succéder à Fadel Barro, dont l’exemplarité et la crédibilité sont appréciées partout en Afrique », glisse Alioune Sané, qui est depuis plusieurs années l’une des chevilles ouvrières du mouvement, dans lequel il a pris peu à peu des plus amples responsabilités. Membre de Y en a Marre dès sa création, il fut successivement responsable de la communication, coordonnateur de projets puis secrétaire exécutif. Il est loin d’arriver en terrain inconnu, et mets en avant ce qu’il considère comme la force de Y en a Marre : sa gestion collégiale.


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Vers un changement de stratégie ?

Très influent dans les années qui ont suivi sa création, entre 2011 et 2012, Y en a Marre avait en particulier activement contribué à la défaite d’Abdoulaye Wade à la présidentielle. Aujourd’hui en rupture totale avec Macky Sall, l’association citoyenne entend « poursuivre son rôle de sentinelle de la démocratie », hors de tout parti politique.

« Mais Y en a Marre, ce n’est pas que de la contestation politique », insiste Alioune Sané, qui souhaite renforcer les chantiers liés à la citoyenneté. « Il faudra travailler à la sensibilisation, aux changement de comportements, que ce soit sur la propreté des rues ou la lutte contre la corruption. Nous voulons faire en sorte que les Sénégalais comprennent que le pays ne se développera que si nous, citoyens, nous remettons en question et faisons changer les choses ».

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