Politique

Togo : minée par des querelles, la coalition de l’opposition s’effrite

Manifestation de l'opposition dans les rues de Lomé, le 26 janvier 2019. © MATTEO FRASCHINI KOFFI/AFP

Des divisions internes minent la principale coalition de l'opposition, C-14, qui regroupe 14 partis et avait organisé des manifestations très suivies contre le régime du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

« Nous avons marché durant des mois sous un soleil chaud et parfois sous la pluie, espérant venir à bout du régime en place. Mais nous nous sommes trompés, car les leaders de l’opposition ne font que se déchirer », déplore Afiwa Yogué, vendeuse de tissu à Lomé, au Togo. « Nous sommes fatigués d’eux », ajoute la commerçante de 34 ans, déçue des divisions au sein de l’opposition togolaise.

Entre septembre et octobre 2017, des manifestions avaient drainé une marée humaine dans les rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du Nord. Objectif : obtenir la démission du chef de l’État Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis la mort de son père qui avait dirigé le Togo d’une main de fer pendant trente-huit ans.

Mais depuis deux mois, ces mobilisations ont laissé place à la division au sein de la coalition C-14. La dernière manifestation remonte au 26 janvier, et elle n’avait réuni qu’un maigre cortège. Sept partis ont depuis claqué la porte de la coalition, dont le Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, l’homme fort du soulèvement populaire, en exil depuis plus d’un an.

« Le bilan n’est pas positif »

L’Alliance nationale pour le changement (ANC) de l’ex-chef de file de l’opposition Jean-Pierre Fabre et le Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, ancien Premier ministre et grande figure de l’opposition, ont eux aussi quitté C-14 pour marquer leur désaccord avec l’orientation du mouvement.

« Certains pensent qu’il faut restructurer la coalition et la doter d’une charte. Nous ne sommes pas d’accord, car ce n’est pas ce qui a manqué à la lutte : c’est plutôt la généralisation de la mobilisation », a expliqué le secrétaire général du PNP, Kossi Sama.


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Selon Fulbert Sassou Attisso, président du parti Le Togo autrement, « le bilan de la lutte menée par la coalition depuis 18 mois n’est pas positif ». « La responsabilité de ce nouveau revers est collective. Mais elle est due à une culture politique que l’opposition togolaise traîne depuis le début de la lutte en 1990 », a déclaré Fulbert Sassou Attisso, qui a lui aussi claqué la porte de la coalition.

« Déficit de cohésion »

Les autres membres de C-14 ont admis à demi-mot l’échec de la coalition, affirmant dans un bilan publié le 12 mars qu’elle « n’a atteint aucun des objectifs qu’elle s’est fixés ». « Le parcours de la coalition a été marqué par un déficit de cohésion et de confiance », ont-ils déploré.

L’opposition réclame notamment des réformes constitutionnelles pour limiter à deux le nombre de mandats présidentiels et instaurer un scrutin à deux tours pour la présidentielle. Elle exige aussi la libération de toutes les personnes arrêtées lors des manifestations. Une soixantaine sont toujours détenues.


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Boulevard laissé au régime

Outre ses dissensions internes, la coalition est secouée par une affaire de corruption portant sur 30 millions de francs CFA (45 734,85 euros), don d’un chef d’État de la région. L’un des responsables de C-14 a affirmé la semaine dernière sur une radio locale que la coalition avait bien reçu ce don mais souligné qu’il avait servi à organiser les manifestations.

Depuis 1990, l’opposition a souvent manqué d’une stratégie cohérente. Les tentatives de candidatures uniques ont toujours échoué la veille des élections présidentielles, laissant un boulevard au régime en place.

L’opposition a également boycotté des élections législatives, notamment en 2002, ce qui a permis au pouvoir de modifier à sa guise la Constitution. Elle a aussi boycotté celles du 20 décembre dernier. Cette décision « agit fortement sur la coalition. Les responsables de ce regroupement sont bien conscients qu’ils ont commis une grave erreur », estime Edouard Baglo, un politologue.

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