Politique

Centrafrique – Firmin Ngrebada : « Il faut éviter de faire une fixation sur la Russie »

Firmin Ngrebada, ici en 2016, est le directeur de cabinet de Faustin-Archange Touadéra, président centrafricain. © DR

Influence russe en Centrafrique, relations entre le gouvernement et les groupes armés, remaniement à venir, réalité de la mise en application des engagements des belligérants… Au lendemain de la signature d’un nouvel accord de sortie de crise, le Premier ministre centrafricain, Firmin Ngrebada, revient pour Jeune Afrique sur les dossiers sensibles.

Les groupes armés avaient réclamé sa tête, mais finalement, Firmin Ngrebada devrait conserver son poste de Premier ministre, et diriger le gouvernement suite au remaniement promis dans le cadre du nouvel accord signé le 20 mars entre le gouvernement et les représentants des groupes armés.

De retour à Bangui, et malgré un agenda forcément extrêmement chargé, Firmin Ngrebada a reçu Jeune Afrique dans son bureau de la Primature, entre deux rendez-vous pour peaufiner la composition du futur gouvernement, qui doit être annoncé avant lundi.

Jeune Afrique : Quelle garantie avez-vous donné aux rebelles pour obtenir leur signature à l’accord, jeudi à Addis Abeba ?

Firmin Ngrebada : Je ne parlerai pas de garantie. Addis Abeba a permis de lever les malentendus qui étaient nés après la formation du dernier gouvernement, le 6 mars dernier.

Lors des négociations à Khartoum, les groupes armés avaient réclamé de participer à la gestion des affaires de l’État. Nous leur avions alors indiqué que cela se ferait par étape. Mais la démarche n’a pas été bien comprise. Cette fois, je pense que les choses vont aller de l’avant.

En 2013, lorsque le président Faustin Archange Touadéra était Premier ministre, un accord similaire n’avait pas empêché le coup d’État qui a amené la Séléka au pouvoir. Ne craignez-vous pas que cela se reproduise ?

Non. C’est vrai qu’en 2013, il s’est passé des évènements dramatiques après l’accord de Libreville. Mais nous ne sommes pas là pour parler du passé, nous sommes là pour parler de l’avenir. Donc, nous espérons que les engagements qui sont pris de part et d’autre seront, cette fois-ci, tenus. Et que cela permettra au pays d’avoir la paix et la sécurité.


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En Centrafrique, aussi bien du côté du gouvernement que des groupes armés, des voix s’élèvent pour accuser la communauté internationale – ONU et UA, notamment -, de jouer un « double jeu » et de ne pas tout mettre en œuvre pour sortir de la crise. Certains affirment même que ces organisations la font perdurer. Partagez-vous cette analyse ?

Je ne suis pas du genre à fonctionner sur des préjugés. Je n’ai pas aucune preuve qui permette d’étayer ces accusations. Surtout, je pense qu’il faut soutenir et encourager les amis qui viennent au chevet de notre pays pour l’aider à sortir définitivement de la crise.

Vladimir Poutine et Faustin-Archange Touadéra, à Saint-Pétersbourg, le 23 mai 2018. © Mikhail Klimentyev/AP/SIPA

Je travaille avec tout le monde. J’ai de très bonnes relations de travail avec tous les partenaires du pays, la Russie y compris

Vous-même avez été présenté comme « l’homme des Russes ». La France et la Russie se livre à un bras de fer diplomatique en Centrafrique. Vous-même avez été présenté comme « l’homme des Russes. Comment réagissez-vous à ce qualificatif ?

Il faut éviter de faire une fixation sur la Russie. Je travaille avec tout le monde. J’ai de très bonnes relations de travail avec tous les partenaires du pays, la Russie y compris.


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Plusieurs observateurs estiment que votre installation à la Primature est synonyme de contrats miniers avec des entreprises russes ? Qu’y répondez-vous ?

C’est effectivement ce qui a été dit, à un moment. Mais que ceux qui inventent ces histoires-là en apportent la preuve ! À ma connaissance, nous n’avons pas signé de contrats miniers avec des sociétés russes. Et si cela devait se produire, cela se fera conformément aux lois en vigueur, au même titre que des sociétés d’autres pays qui s’installent ici.

Rien n’interdit que des gens viennent d’autres parties du monde pour mettre en valeur nos ressources minières. Le tout est de le faire conformément à la loi.

Sur le plan diplomatique, le pays est prêt à travailler avec tous les États qui le souhaitent. Pas seulement avec la Fédération de Russie. Et la Centrafrique n’a aucun problème avec ses partenaires traditionnels et historiques.

Des combattants de l'ex-Séléka, à Bambari en mai 2014. © Jerome Delay/AP/SIPA

Les frères qui ont pris les armes sont des Centrafricains. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de paix

Les accords militaires entre le gouvernement et la Russie n’a pas empêché les groupes rebelles de continuer de revendiquer le contrôle d’une partie du territoire national, et de mener des attaques…

Les agissements des groupes armés sur le terrain, c’est une question que nous prenons au sérieux, à laquelle le gouvernement répond sous l’autorité du président de la République. Nous essayons de résoudre cette question par la voix du dialogue. Nous sommes un pays qui sort d’une crise et qui a beaucoup de défis.

Aujourd’hui, le président m’a chargé de conduire le gouvernement avec l’objectif d’apporter des solutions aux problèmes qui sont au centre des préoccupations des Centrafricains.

L’accord prévoit que des représentants des groupes armés rejoignent le futur gouvernement. Comment allez-vous cohabiter ? Travailler ensemble ?

Les frères qui ont pris les armes sont des Centrafricains. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de paix et je suis convaincu de la disponibilité des uns et des autres à être, dorénavant, des acteurs de paix. Je n’ai pas de raison de m’inquiéter.


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Mais cette cohabitation ne revient-elle pas à accorder aux rebelles – qui maîtrisent une partie du territoire – ce qui leur manquait, à savoir une légitimité, un accès à l’administration ?

Il faut replacer les problèmes dans leur contexte. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de paix, matérialisée par le récent accord de paix et de réconciliation nationale. Dans ce cadre général, il faut changer de mentalité, changer la manière de voir les choses et ne plus fonctionner sur les préjugés.

Aujourd’hui, je suis optimiste, je suis convaincu que nous sommes dans la bonne direction. Avec un peu de paix et un peu de sécurité, ensemble, nous allons remettre ce pays debout avec l’appui de tout le monde.

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