Vie des partis

Côte d’Ivoire : les raisons de l’échec de la rencontre entre Affi et Gbagbo

Pascal Affi N'Guessan et Laurent Gbagbo.

Pascal Affi N'Guessan et Laurent Gbagbo. © Photomontage / photos : JA et SIPA / AP

Prévue jeudi, la rencontre entre l’ancien président Laurent Gbagbo et son ancien premier ministre Pascal Affi N’Guessan, destinée à résoudre la crise au sein de leur parti commun, le Front populaire ivoirien (FPI), n’a finalement pas eu lieu. En cause : un préalable de dernière minute, soulevé par le camp Gbagbo.

C’est un communiqué sans papier en-tête, signé d’Assoa Adou, secrétaire général de la dissidence du FPI, qui lève le voile sur le préalable qui rend la rencontre entre Affi et Gbagbo désormais hypothétique.

« Le président Laurent Gbagbo a indiqué à Monsieur Pascal Affi N’Guessan qu’il entendait mettre fin à l’ingérence de l’État dans le fonctionnement du FPI et lui a, en conséquence, demandé de reconnaître le congrès de Mama [En avril 2015, dans le village natal de Laurent Gbagbo, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, NDLR] et de Moossou [en août 2018, dans le village de Simone Gbagbo, dans le sud du pays] et d’en respecter les décisions qui en ont découlé », écrit Adou.


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De fait, ces deux congrès organisés par la dissidence du FPI amené alors par Aboudramane Sangaré, décédé début novembre 2018, font de Laurent Gbagbo le président du FPI, au détriment d’Affi N’Guessan, qui préside le parti depuis 2001.

Affi dénonce une déclaration « méprisante »

Depuis l’aéroport Charles de Gaulle de Paris, d’où il a pris un avion pour Abidjan en début d’après-midi, vendredi, Affi a aussitôt réagi. « J’ai trouvé l’esprit de cette déclaration, son contexte et son contenu méprisant, insultant et contraire à l’esprit de réconciliation et d’unité du parti qui m’anime. En conséquence, j’ai refusé, j’ai dit « non » », indique-t-il.

Il ajoute cependant qu’il « reste toujours disponible et résolument engagé à œuvrer pour l’unité du parti », enjeu majeur de cette rencontre qui n’a finalement pas eu lieu. De quoi accentuer les tensions entre les deux camps, alors que la présidentielle de 2020 approche.


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Lundi,  Pascal Affi N’Guessan avait été contacté par Emmanuel Acka, ancien ambassadeur de Côte d’Ivoire au Ghana et visiteur assidu de Laurent Gbagbo à la prison de Scheveningen de la Cour pénale internationale (CPI). Proche de Nady Bamba, seconde épouse de l’ex-chef d’État, il a souvent joué le rôle de messager entre Gbagbo et Affi.

Acka apprend à Affi que Gbagbo est « disposé à le recevoir » jeudi. En dépit d’un programme politique chargé, et parce qu’il a attendu longtemps ce coup de fil depuis que lui-même est sorti de prison en 2013, Affi accepte alors de prendre son avion dès le mardi soir pour Paris, d’où il devrait se rendre en Belgique.

Dialogue de sourds

Mercredi soir, à Paris, Emmanuel Acka, en compagnie d’Assoa Adou, secrétaire général de la dissidence du FPI, rencontre Affi à son hôtel et lui suggère de démissionner de la présidence du FPI, pour « mettre Gbagbo à l’aise » lors de leur rencontre prévue le lendemain. Une déclaration de presse est déjà préparée et un journaliste invité par Assoa attend dans le hall de l’hôtel.

Affi rétorque à ses interlocuteurs qu’il n’est pas opposé à l’idée sur le principe, ayant lui-même déclaré qu’il s’effacerait en faveur de Gbagbo si celui-ci le lui demandait… « Sans intermédiaire ».

Un dialogue de sourds s’instaure. Alors que le camp Assoa pose la démission d’Affi comme préalable à une rencontre avec Laurent Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan exige au contraire que Laurent Gbagbo lui en fasse la demande de manière personnelle et directe avant d’agir. La discussion tourne court.

Les positions ne bougent pas jusqu’au vendredi matin. Pascal Affi N’Guessan décide alors de prendre son vol pour Abidjan, tandis qu’Adou rappelle que Gbagbo « reste disponible pour toute rencontre avec Monsieur Affi N’Guessan quand ce dernier sera prêt ».

Pour Jean Bonin, proche d’Affi, « Laurent Gbagbo est le seul qui manœuvre dans l’ombre et tire toutes les ficelles. Il aurait été plus simple pour lui de recevoir Affi et lui demander de démissionner, que de passer par des intermédiaires en qui Affi n’a pas confiance. »

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