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Cet article est issu du dossier «Présidentielle aux Comores : Azali Assoumani face à douze candidats de l'opposition»

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Elections

Présidentielle aux Comores : Azali Assoumani sur la voie royale

Dans un bureau de vote lors de l'élection présidentielle aux Comores de 2006 (archives/illustration). © REUTERS/Tim Cocks

Candidat à sa succession, le président sortant Azali Assoumani est donné grand favori de la présidentielle dont le premier tour se tient dimanche 24 mars. Décryptage des enjeux d'une élection qui semble jouée d'avance.

Au soir de l’élection présidentielle, dont le premier tour est organisé le 24 mars, Azali Assoumani pourrait bien se succéder à lui-même. Et ce ne serait une surprise pour personne. À commencer par le chef de l’État comorien qui, sûr de sa force et de son bon droit, n’hésite pas à annoncer tout haut sa propre victoire.

Il faut dire que le président de l’Union Comores semble disposer de tous les atouts nécessaires pour se faire réélire, si possible sans avoir à passer par un second tour, prévu pour le 21 avril si besoin.

Comment Azali Assoumani s’est dégagé la route

Azali Assoumani, président de l'Union des Comores. © Vincent Fournier/JA

Élu en 2016, après un deuxième tour entaché de violence sur l’île d’Anjouan, Azali Assoumani semble avoir eu depuis pour préoccupation essentielle de se dégager la route pour se maintenir au pouvoir plus longtemps que les cinq années prévues initialement par la constitution de 2001.


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En réformant les textes par référendum en juillet 2018, le président a bien prit le risque, comme il l’affirme lui-même, « de remettre en jeu son mandat » plus tôt que prévu, mais avec la possibilité de pouvoir conserver son fauteuil jusqu’en 2029 et non plus 2021.

Car, si le principe d’une présidence tournante entre les trois îles de l’archipel – tel que négocié à l’époque lors des Accords de Fomboni -, a bien été conservé, la nouvelle Constitution autorise dorénavant un mandat de cinq ans renouvelable une fois, contre un seul quinquennat autorisé auparavant.

« Au nom de l’unité de l’union », a régulièrement expliqué ces derniers mois Assoumani Azali, qui entend ainsi lutter « contre une insularisation » de la vie politique comorienne. Sans réussir à convaincre grand monde. À commencer par une opposition qui ne cesse de dénoncer un durcissement du régime depuis bientôt un an.

Les figures de l’opposition absentes du scrutin

Mohamed Soilihi, candidat indépendant à la présidentielle du 24 mars aux Comores. © YouTube/Capture écran/Mediapac Comores

Le pays redécouvre ces derniers temps des expressions disparues depuis longtemps, tel que “prisonnier politique”

« Le pays redécouvre ces derniers temps des expressions disparues depuis longtemps, tel que “prisonnier politique”, par exemple », affirme le colonel Mohamed Soilihi, dit « campagnard », et dont la candidature pourrait bien causer la surprise lors de ces élections, selon les quelques études d’opinion qui circulent à Moroni.

Il faut dire qu’en dehors du chef de l’État lui-même, et à un moindre degré l’ancien gouverneur de la Grande Comores, Mouigni Baraka Saïd Soilihi, les principales personnalités politiques du pays sont aux abonnés absents. « Tous pour des raisons pénales », comme aime à le rappeler le camp présidentiel, pour mieux dédouaner son chef.


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Mahamoud Ahamada, un novice adoubé par Juwa

Mahamoud Ahamada, le candidat du parti Juwa à la présidentielle du 24 mars aux Comores. © YouTube/Capture écran/France 24

La tâche s’annonce difficile pour Mahamoud Ahamada, adoubé à la hâte pour palier l’absence de l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi

Si l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi ne pouvait se présenter à un scrutin réservé cette année aux ressortissants de la Grande Comore, sa mise en détention provisoire dans le cadre de l’enquête sur la citoyenneté économique, a fortement perturbé le bon fonctionnement du parti Juwa. Ibrahim Mohamed Soulé, son dauphin, a vu sa candidature recalée par la cour suprême pour des raisons de procédure interne au premier parti d’opposition comorien.

Résultat, Juwa a dû adouber à la hâte, Mahamoud Ahamada, l’avocat de Sambi. La tâche s’annonce difficile pour ce novice en politique qui doit en plus compter avec les candidatures de deux dissidents issus du parti Juwa.


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Autre grand absent de ce scrutin, l’ancien vice-président, Mohamed Ali Soilihi, dit « Mamadou », a également dû renoncer suite à sa mise en examen dans l’affaire de la citoyenneté économique. Lors des élections de 2016, ce dernier n’avait été battu que de 4 000 voix par Azali Assoumani, qui a également vu un autre de ses principaux concurrents, son propre vice-président Djaffar Saïd Ahmed Hassane, obligé de se réfugier en Tanzanie pour échapper à un mandat d’arrêt lancé par la Cour de sûreté de l’État suite à la tentative d’attentat dont aurait fait l’objet le chef de l’État en début d’année.

Défaite impossible ?

Difficile, avec de tels absents, d’imaginer une possible défaite du président sortant. Surtout qu’il a face à lui douze opposants qui risquent davantage de s’affaiblir les uns les autres que de vraiment mordre sur son électorat.

Ils se sont bien regroupés depuis février au sein d’une plateforme commune, mais uniquement pour soutenir une candidature unique au second tour… Si celui-ci devait avoir lieu. « Celui qui l’emportera à Anjouan a de fortes chances d’être élu », estime un diplomate international présent pour suivre le scrutin. En 2016, Azali Assoumani n’avait dû sa victoire qu’à une alliance de dernière minute avec Juwa, remportant ainsi l’île et donc la présidentielle. La conquête d’Anjouan pourrait s’avérer cette fois plus difficile pour celui qui a fait incarcérer le leader politique de l’île, Ahmed Sambi, après s’être débarrassé de ses encombrants alliés dès son arrivée au pouvoir. Azali Assoumani a d’ailleurs passé beaucoup de temps auprès des Anjouanais durant sa campagne, comme la plupart de ses principaux concurrents. Pour tenter de les convaincre, le président sortant a beau jeu de s’appuyer sur son bilan, notamment économique, qui, bien que très largement insuffisant, a le mérite d’exister.

Bien sûr, la croissance est repartie à la hausse pour atteindre les 4 % dès la fin de cette année et certaines infrastructures – routes, hôpitaux… – ont déjà pu être réalisées ces 18 derniers mois, mais beaucoup reste à faire, notamment dans le domaine de l’énergie. C’est justement pour poursuivre son œuvre, qu’Azali Assoumani cherche à obtenir une nouvelle fois l’onction du peuple comorien. Avec de forte chance de l’obtenir.

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