Sciences

For Women In Science : les scientifiques africaines primées qui puisent dans leur patrimoine

La Ghanéenne Priscilla Kolibea Mante (à g.) et la Tunisienne Zohra Dhouafli. © DR

Priscilla Kolibea Mante et Zohra Dhouafli font partie des quinze jeunes talents en sciences récompensés cette année par la Fondation L’Oréal et l'Unesco, lors de la cérémonie « For Women In Science ».

« Pour les femmes et la science ». Depuis plus de vingt ans, la Fondation L’Oréal organise, conjointement avec l’Unesco, une cérémonie de remise de prix destinée à promouvoir la place des femmes scientifiques. En 2019, l’Afrique figure en bonne place parmi les cinq chercheuses ainsi que les quinze jeunes talents internationaux dits prometteurs, récompensés le 14 mars par les deux entités à l’origine de « For Women In Science ». « Comme L’Oréal a toujours milité pour les femmes, que notre fondateur était un scientifique et qu’aujourd’hui nous avons d’importantes équipes de chercheurs au sein de l’entreprise, il nous a semblé naturel de participer à la visibilité des femmes qui évoluent dans le domaine des sciences », nous indique Alexandra Palt, directrice générale de la Fondation L’Oréal.

Difficile de la contredire quand l’un des quinze talents prometteurs, comme la spécialiste ghanéenne en neuropharmacologie et neurosciences Priscilla Kolibea Mante, nous explique mener des recherches autour d’un traitement de la neurocysticercose – maladie tropicale et cérébrale qui provoque l’épilepsie – à partir d’une plante médicinale ancestrale. « Cette maladie peut être transmise dans les cas où l’on consomme de la viande d’élevage au sein d’environnements insalubres », explique la jeune femme de 33 ans, affiliée à l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah – située dans la ville de Kumasi au Ghana, où elle a fait ses études.

Allier médecine traditionnelle

« En 2009, j’ai commencé à étudier les pratiques médicinales traditionnelles dans mon pays et je me suis mise à la recherche de plantes que les tradipraticiens considèrent comme ayant un effet antiépileptique. »

Elle confie, dans un sourire, avoir l’impression d’avoir vécu toute sa vie dans un laboratoire. Et ce, pour la bonne cause. « Mon directeur de thèse estimait que les neurosciences n’étaient pas vraiment enseignées au Ghana et, plus largement, en Afrique. Dans mon pays, les maladies qui affectent le cerveau, comme l’épilepsie ou la dépression, ne sont pas vraiment prises au sérieux. Pour lui, l’étude des neurosciences devait être développée. J’ai embrassé sa vision. Je fais partie de la nouvelle génération de chercheurs ghanéens qui considèrent les sciences comme un secteur majeur pour notre développement », ajoute-t-elle.

De la même manière, la scientifique tunisienne Zohra Dhouafli, 31 ans, travaille sur un antioxydant naturel extrait des feuilles de henné qui pourrait freiner les dégâts causés par les maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer. « Peu de personnes travaillent dans ce domaine en Tunisie et encore moins sur cette hypothèse scientifique destinée à contrer le phénomène d’agrégation cellulaire », raconte cette spécialiste en neurosciences et biochimie – qui a suivi un master de recherche au Canada, avant de retrouver son pays natal et s’établir au Centre de biotechnologie de Borj Cédria (CBBC).

« Cet antioxydant naturel pourrait devenir un médicament que je compte breveter. Je me suis tout simplement tournée vers nos bioressources naturelles. Dans les régions du Maghreb, les plantes sont capables de s’adapter au stress hydrique en synthétisant des antioxydants. J’ai travaillé sur une vingtaine de plantes, de la grenade au laurier, avant d’en arriver au henné. J’ai pris en compte le fait qu’en Tunisie, nos grand-mères utilisaient le henné pour soigner certaines maladies comme les accès de fièvre. J’ai constaté que le henné avait un effet très puissant sur nos cellules. »

Disparité hommes-femmes

Pour Zohra Dhouafli, son expérience dans le domaine des sciences est particulière. « Je me considère comme une chercheuse autonome et indépendante », lance-t-elle avant d’ajouter que la Tunisie compte beaucoup de femmes chercheuses peu reconnues. « Il y a une très forte inégalité hommes-femmes. Ils ont plus accès aux postes de responsabilité, comme chef de laboratoire ou chercheur universitaire. Quand une femme arrive à un stade bien avancée dans ses recherches, elle est souvent forcée de se reconvertir dans un autre domaine afin de pouvoir travailler. »

Les traditions sont, selon Priscilla Kolibea Mante, la raison pour laquelle les hommes scientifiques ghanéens sont plus nombreux que les femmes. « Il y a toutefois eu des avancées pour les femmes ghanéennes. Les Ghanéens sont plus ouverts d’esprit et ont compris qu’une femme doit étudier. Aussi, notre système d’éducation leur fait de plus en plus de place », tempère-t-elle.

Si les cinq scientifiques lauréates du prix « For Women In Science » reçoivent, entre autres, une dotation de 100 000 euros, les quinze scientifiques prometteuses dont font partie Priscilla Kolibea Mante et Zohra Dhouafli reçoivent le prix « International Rising Talents ». Une distinction complémentaire au programme de bourse – qui profite à près de 300 jeunes femmes à travers le monde, mis en place par la Fondation L’Oréal dans leur pays ou leur région. « Il reste encore du travail à faire dans la mesure où les femmes accèdent encore trop peu aux postes clés et qu’elles ne sont pas encore reconnues dans les domaines de la technologie, des mathématiques ou de l’intelligence artificielle », indique Alexandra Palt. « Mais quand nous avons lancé ce programme, on comptait 24% de femmes scientifiques dans le monde contre 29% aujourd’hui. Cela peut être considéré comme un faible pourcentage mais c’est, pour nous, une avancée. »

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