Bourse

Gabon-Cameroun : Libreville s’oppose au régulateur boursier de l’Afrique centrale

La BVMAC, bourse de Libreville, au Gabon.

La BVMAC, bourse de Libreville, au Gabon. © © Tiphaine St-Criq/J.A.

Le ministre gabonais de l’Économie récuse la décision de la Cosumaf de mettre la BVMAC sous administration provisoire, à la demande de la banque centrale, pour accélérer la fusion des bourses de Douala et de Libreville.

Coup de théâtre sous le ciel de Libreville. Le 18 mars, Jean-Marie Ogandaga, le ministre gabonais de l’Économie, écrit à Nagoum Yamassoum, le président de la  Commission de surveillance du marché financier d’Afrique centrale (Cosumaf), pour récuser sa décision de mettre la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) de Libreville sous administration provisoire.


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Quelques jours avant, le 13 mars, le dirigeant du régulateur boursier régional, répondant à une demande d’Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la Banque des états de l’Afrique centrale (BEAC) chargé de superviser la fusion des marchés financiers du Cameroun et de la Cemac, avait en effet décidé de placer la bourse de Libreville sous ce régime provisoire.

Nagoum Yamassoum a donc nommé Patrick Romuald Alili, un cadre de la banque centrale, administrateur provisoire avec pour mandat de conclure les négociations avec le Douala Stock Exchange (DSX). Ce dernier devait en principe être installé le 19 mars. La veille, le régulateur en a informé Pascal Houangni Ambourouet, directeur général de la BVMAC, par ailleurs ministre gabonais du Pétrole et des Hydrocarbures. Et a reçu dans la foulée la missive de Jean-Marie Ogandaga.<

Troisième report en six mois

En décidant d’une administration provisoire, la BEAC et la Cosumaf entendaient accélérer les pourparlers entre les dirigeants des deux bourses et boucler le dossier avant la fin du mois. La fusion physique et institutionnelle devait en principe arriver à son terme le 20 mars, après les échéances avortées de septembre et de novembre 2018. Surtout, les deux institutions entendent mettre hors-jeu l’équipe dirigeante de la BVMAC, responsable à leurs yeux du blocage actuel des négociations.

Alors que les dirigeants de la DSX ont vu leurs réserves levées au cours d’une réunion le 4 mars à Douala, ceux de la BVMAC continuent de contester deux points qui, selon eux, constituent des obstacles au projet de traité de fusion élaboré par PwC Cameroun, mandaté pour auditer les deux bourses.

Répartition « inéquitable » des parts

Ils mettent notamment en cause la structure du capital de la nouvelle bourse – qui sera installée à Douala – proposée par PwC. Celle-ci octroie 59 % des parts aux actionnaires de la DSX et 41 % à ceux de la BVMAC. « Le Cameroun représente environ 30 % du poids économique de la communauté. Nous estimons que les actionnaires actuels de la BVMAC devraient au moins avoir une majorité symbolique de 51 % au capital de la nouvelle bourse », précise une note confidentielle adressée à Jean-Marie Ogandaga, dont Jeune Afrique a pris connaissance.

Selon les responsables de BVMAC, PwC dans son évaluation n’a en outre pas tenu compte de l’immeuble-siège de la bourse de Libreville – propriété de l’État gabonais, contrairement au siège de Douala qui appartient à la DSX. Il en est de même pour la plateforme de cotation, pourtant retenue pour servir provisoirement dans la bourse fusionnée. Ils estiment sa valeur à 500 millions de F CFA, tandis PwC table sur 73 millions de F CFA et l’a jugée « trop obsolète » pour la prendre en compte.

Des indemnisations contestées

L’autre point d’achoppement porte sur l’indemnisation des dirigeants et du personnel à licencier dans les deux bourses. Les deux parties ont auparavant été conviées à effectuer leur estimation. Libreville a arrêté la somme de près de 1,2 milliard de F CFA, alors que Douala n’a pas communiqué son montant. De son côté, PwC propose 228 millions de F CFA pour la DSX et 155 millions de F CFA pour la BVMAC – des montants finalement retenus par la Banque centrale.

« Or, il apparaît dans une correspondance du gouverneur [de la Beac, ndlr] que la somme sollicitée pour le paiement des droits des salariés de la DSX s’élève à 508 millions de F CFA, alors que le montant sollicité pour la BVMAC reste inchangé, remarque la note confidentielle. Il semblerait que les indemnisations à hauteur de 508 millions de F CFA à la DSX prennent en compte une prime de fusion, dont la BVMAC n’a pas eu le détail et les modalités de calcul. »

Dénouement le 23 mars à Ndjamena ?

Pour lever cet obstacle, Aboubakar Salao, le responsable à la Banque centrale du projet de fusion des marchés financiers de la Cemac, leur a suggéré de saisir le président de la Commission de la Cemac pour bénéficier d’un complément à leurs indemnités. Une démarche entreprise il y a quelques semaines par la Commission des marchés financiers (CMF), le régulateur boursier camerounais et qui fut couronnée de succès.

Ce bras de fer connaîtra probablement son épilogue ce 23 mars, à Ndjamena, où se tient un sommet des chefs d’État de la Cemac. Libreville compte bien y soumettre la question.

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