Sécurité

Redéploiement de l’armée au Mali : les ex-rebelles de la CMA font pression sur Bamako

Une patrouille commune entre ancien rebelles et forces armées maliennes, en février 2017 à Gao. © Baba Ahmed/AP/SIPA

En suspendant leur participation au cadre de concertation avec le gouvernement malien, les ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad veulent faire pression sur Bamako pour accélérer l’intégration de combattants au sein des forces armées.

La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) s’est retirée du cadre de concertation le 15 mars. Les ex-rebelles avancent deux motifs à cette prise de distance avec le gouvernement malien. Le premier est la création « unilatérale » des bataillons d’unités spéciales. Le second, le lancement de l’opération militaire « Dambé », qu’elle considère comme « un redéploiement » des Forces armées maliennes (FAMA) dans plusieurs régions du nord.

Pour la CMA, ce redéploiement doit en effet avoir pour préalable l’intégration de combattants issus de groupes signataires dans les rangs des FAMA, dans une armée « reconstituée ».

Un cadre de concertation inter-malien

« Nous avons constaté qu’au moment même où nous discutions avec le ministre, des décisions ont été prises unilatéralement, sans avoir fait l’objet de négociation », argumente Mohamed Ould Mahmoud, porte-parole de la CMA. « Nous avons donc décidé de quitter ce cadre de concertation avec le gouvernement, mais nous participons aux autres activités du processus d’application de l’accord de paix », tient-il à souligner.

La CMA prend le risque que des décisions qui ne lui conviennent pas soient prises

Lassine Bouaré a créé ce cadre de concertation dès son arrivée au ministère de la Cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation, en septembre dernier. Il l’a voulu comme une instance de concertation n’impliquant que « les parties maliennes », à savoir le gouvernement et les groupes armés signataires de l’accord de paix, et donc sans la communauté internationale. L’objectif affiché étant de discuter en amont de la tenue des réunions du comité de suivi de l’accord, qui se tiennent chaque mois, en présence des partenaires internationaux.


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Contacté par Jeune Afrique, le ministre Lassine Bouaré n’a pas donné suite à nos sollicitations. Mais, parmi les signataires considérés comme des alliés du gouvernement, les langues se délient. Un cadre de la Plateforme – coalition de groupes armés se revendiquant « pro-Bamako » -, dit ainsi regretter cette défection. « En quittant ce cadre de concertation avec le gouvernement, la CMA prend le risque que des décisions qui ne lui conviennent pas soient prises. Quitter ainsi le cadre de concertation, de cette façon, ce n’est bon pour personne », glisse ce cadre, qui a tenu à conserver l’anonymat.

Crainte d’un nouveau ralentissement du processus

Mais si la CMA a été la seule à claquer la porte du cadre de concertation, la défiance vis-à-vis des récentes décisions du gouvernement malien est partagée par d’autres groupes. « La CMA n’est pas la seule à remettre en cause ces décisions prises par le gouvernement, mais c’est elle qui a manifesté publiquement son opposition », précise une source à la Minusma.


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Au cœur du processus de l’application de l’accord de paix, ce cadre onusien basé à Bamako considère que, sur le court terme, le retrait de la CMA ne devrait pas avoir de conséquence immédiate. Pour preuve : des représentants des ex-rebelles ont effectivement participé au dernier comité de suivi de l’accord, lundi 18 mars.

Sur le long terme, en revanche, la posture de la CMA lui fait craindre une cristallisation des négociations autour de la question de l’armée « reconstituée » et de son « redéploiement » dans le nord du pays.

« La réalité, c’est qu’aujourd’hui la CMA contrôle des parties entières du territoire malien où l’État n’est pas. Le gouvernement aura donc des difficultés à faire des patrouilles dans ces zones », s’inquiète notre source, qui dit espérer une ouverture de dialogue « rapide » entre les parties.

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