Politique

Tunisie : BCE règle ses comptes pour la dernière fête de l’Indépendance de son quinquennat

Béji Caïd Essebsi lors du dernier discours de commémoration de l'Indépendance de son quinquennat, mercredi 20 mars 2019 à Tunis (image d'illustration).

Béji Caïd Essebsi lors du dernier discours de commémoration de l'Indépendance de son quinquennat, mercredi 20 mars 2019 à Tunis (image d'illustration). © Facebook/Présidence Tunisie

Pour la dernière commémoration de l’indépendance tunisienne de son quinquennat, Béji Caïd Essebsi (BCE) s’est gardé de faire un bilan ou des annonces importantes, profitant plutôt de ses 52 minutes de prise de parole pour régler quelques comptes, notamment avec le chef du gouvernement Youssef Chahed.

Prenant pour exemple la lutte nationale qui avait fédéré les Tunisiens pour en finir avec l’occupation française, le président Essebsi a rebondi en dénonçant l’actuelle absence de rassemblement des forces politiques à un moment où le pays va mal. Situation qu’il a présentée en s’appuyant sur des indicateurs économiques alarmants… qui n’ont pas eu l’air de convenir au chef du gouvernement, Youssef Chahed, assis au premier rang des invités.


>>> À LIRE – Tunisie – Youssef Chahed à Paris : « Je ne suis pas inquiet au sujet de la fuite des cerveaux »


Après cette mise en contexte, le locataire du Palais de Carthage a distribué les piques à l’égard du patron de la Kasbah, mais aussi du parti Ennahdha. Il est revenu sur les désaccords avec les islamistes concernant la nature civile d’un État basé sur la citoyenneté, leur tentative d’imposer la charia, ou encore leurs positions qu’il estime hostiles aux acquis de la Constitution en matière de liberté et des droits des femmes, prenant notamment l’exemple de l’égalité successorale.

Garant de la Constitution

Ce petit rappel lui a permis de souligner que l’article 71 de la loi fondamentale stipule que le président et le chef du gouvernement sont en charge de l’exécutif. Avant de reprocher à Youssef Chahed et à Ennahdha de ne pas l’avoir consulté lors du dernier remaniement de novembre 2018, préférant s’adresser directement à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Une manœuvre qu’il considère comme « une violation flagrante de la Constitution ».

Si le gouvernement menait à bien sa mission, il n’y aurait pas de problème. Sauf que tous les indicateurs sont négatifs !

Il estime de ce fait, mais également au vu des prérogatives qui lui sont conférées par la Constitution, qu’il ne peut être tenu pour responsable de la mauvaise passe dans laquelle se trouve le pays. « Le pouvoir exécutif est dirigé actuellement par une seule tête, et le président de la République n’a plus aucune responsabilité. Si le gouvernement menait à bien sa mission, il n’y aurait pas de problème. Sauf que tous les indicateurs sont négatifs ! », a-t-il asséné.

Une démonstration qui lui a permis de revenir sur les contradictions ou les lacunes d’une loi fondamentale dont il est constitutionnellement le garant, et de révéler qu’il tient à la disposition de son successeur un projet d’amendement prêt à être débattu par les partis. Ce n’est pas la première fois que Béji Caïd Essebsi dénonce les failles constitutionnelles, responsables selon lui du blocage du pays.

« Même Chahed peut revenir à la raison »

Comme pour atténuer ses critiques, le président a souligné que la crise de la démocratie représentative est mondiale, appelant à un rassemblement et une unité nationale qui permettraient de remettre la Tunisie sur les rails. Sans dire s’il sera candidat à sa propre succession, il a fait la distinction entre l’homme politique qui brigue un poste et l’homme d’État qui pense aux générations futures.


>>> À LIRE – Tunisie : la guerre froide entre Béji Caïd Essebsi et Youssef Chahed


Avant de faire, d’une manière aussi inattendue qu’étonnante, un appel du pied à Youssef Chahed : « Tout est encore possible. Même Chahed peut revenir à la raison et rejoindre l’union nationale dans l’intérêt de la Tunisie. » BCE oblige ainsi le chef du gouvernement, qui les avaient niées jusque là, a reconnaître leurs dissensions. « Comme un père qui ramène au bercail le fils prodigue avec lequel il était en désaccord », analyse le journaliste Zyed Krichen.

Maintes fois, Béji Caïd Essebsi a souligné que les brouilles en politique ne sont jamais définitives. De là à imaginer une réconciliation avec le chef du gouvernement, il n’y a qu’un pas, que nul ne se risque à franchir. À sept mois des élections législatives et huit mois de la présidentielle, Youssef Chahed n’a encore pas dévoilé officiellement ses intentions quant à son avenir politique.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte