Grande distribution

Affaire Steinhoff : la fraude porterait sur 6,5 milliards d’euros

Un magasin de la chaîne de vêtements Pepco, une des enseignes de Steinhoff.

Un magasin de la chaîne de vêtements Pepco, une des enseignes de Steinhoff. © Steinhoff

Des fausses transactions, à hauteur de 6,5 milliards d’euros, pour gonfler artificiellement la valeur de l’entreprise : c’est le résultat de l’enquête de quatorze mois menée par PwC, après l’effondrement spectaculaire du géant sud-africain de la distribution Steinhoff. La direction actuelle pointe la responsabilité de Markus Jooste, l’ancien directeur général.

Heather Sonn, la présidente du conseil de surveillance de Steinhoff, et Louis du Preez, son directeur général, ont comparu ce 19 mars devant le Parlement sud-africain pour y présenter les conclusions de l’enquête de PwC autour des irrégularités comptables commises au sein de l’entreprise durant plusieurs exercices.

La société d’audit, mandatée en décembre 2017, après que Deloitte, qui avalisait jusque-là les comptes de l’entreprise, a refusé de signer le rapport sur les résultats de 2017, faisant éclater le scandale. Markus Jooste, le directeur général de Steinhoff, avait démissionné le 6 décembre.

Markus Jooste nommément accusé

Quatorze mois plus tard, le 15 mars, PwC a présenté à l’entreprise un rapport de 3 000 pages d’enquête, auquel sont annexés quelque 4 000 documents, concluant qu’« un petit groupe d’anciens dirigeants de Steinhoff et de tiers, dirigé par un cadre supérieur, a structuré et mis en œuvre diverses transactions sur un certain nombre d’années, qui ont eu pour effet de gonfler considérablement les valeurs des bénéfices et des actifs de groupe Steinhoff sur une longue période ».

Toujours selon PwC, les fraudeurs auraient ainsi « créé pour plus de 6 milliards d’euros de bénéfices et d’actifs à partir de transactions fictives et/ou irrégulières ; éliminé des créances de documents comptables, augmenté des loyers et des redevances internes pour justifier l’évaluation des actifs et réaffecté en conséquence les bénéfices au sein du groupe ».

Malgré l’ampleur de ces révélations, qui font de l’affaire « une des plus grandes fraudes d’entreprise de ces dernières années », selon le Financial Times, et la position toujours précaire du groupe, Steinhoff pourrait s’en relever.

Stratégie payante

La stratégie de la direction actuelle est claire : renvoyer l’équipe précédente à ses responsabilités. « Aucun des cadres identifiés dans le rapport de PwC n’est encore employé par l’entreprise », pointe le conseil d’administration du groupe. Le nouveau directeur général, Louis du Preez, est allé encore plus loin, ce 19 mars devant le Parlement, en pointant pour la première fois nommément son prédécesseur, Markus Jooste, l’ex-directeur financier, Ben la Grange, ainsi que six autres personnes.

Dans le même temps, Steinhoff s’emploie à rassurer les marchés. « Tout est mis en oeuvre pour réaliser les états financiers du groupe pour les exercices 2017 et 2018 », indique notamment le groupe sur son site internet.

Une stratégie qui semble payante. Après la publication du rapport d’enquête, les actions du groupe, qui avaient plongé de 90 % suite aux révélations de décembre 2017, ont progressé de quelque plus de 5 % depuis le 15 mars, valorisant le groupe à 8 milliards de rands (554 millions de dollars) – contre 224 milliards de rands il y a quinze mois.

Mi-juillet 2018, le groupe avait déjà réussi à éviter la faillite, en concluant avec ses créanciers un accord de blocage incluant un moratoire permettant de mettre en place une restructuration de la dette et laissant présager une certaine stabilité financière jusqu’à la fin de 2021.

Christo Wiese « prêt à discuter »

Christo Wiese, l’actionnaire majoritaire et ancien président de Steinhoff, qui réclamait jusque-là 4 milliards de dollars à son ancienne société pour compenser ses pertes, s’est déclaré le 18 mars « ouvert aux négociations » pour la résolution de la crise.

Le milliardaire sud-africain, qui avait vendu en 2014 à Steinhoff son enseigne de distribution de vêtements Pepkor en échange de 20 % des actions du groupe, a été particulièrement touché par la chute du cours de ses actions, qui l’a fait passer entre 2017 et 2018 de la 6e à la 21e place du classement Forbes des milliardaires africains.

« Je m’attendrais à ce que Steinhoff me rende mon argent et je leur rendrais leurs actions sans valeur. Mais tout le monde sait que l’entreprise n’a pas une telle somme d’argent. Le seul moyen d’avancer consiste donc pour toutes les parties prenantes à s’asseoir autour de la table et à reconstruire l’entreprise », a-t-il confié à l’agence Reuters.

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