Justice

Guinée : 10 ans de prison pour le militant de l’opposition Boubacar Diallo, alias Grenade

Graffiti au nom de l'UFDG, principale force d'opposition guinéenne, à Conakry. © Youssouf Bah/AP/SIPA

L'opposant Boubacar Diallo, surnommé Grenade, a été condamné le 18 mars à dix ans de prison. Présenté comme l’auteur de tirs à balles réelles lors des manifestations de mai 2016, le militant de l'UFDG était poursuivi pour « tentative d’assassinat, port illégal d’armes de guerre et de minutions ». Ses avocats comptent faire appel de cette décision.

Le tribunal de Dixinn, proche banlieue de Conakry, a condamné le 18 mars l’opposant Boubacar Diallo, surnommé « Grenade », à dix ans de prison ferme et cinq ans de sûreté. « Je ne me lèverai pas ! Je ne retournerai pas en prison », a crié l’opposant à l’annonce de cette condamnation, refusant d’obtempérer aux injonctions des services de sécurité qui tentaient de l’embarquer.

« C’est un innocent qui vient d’être condamné, a réagi son avocat, Me Salifou Beavogui, qui fera appel de cette décision. Dans cette affaire, c’est l’injustice qui a triomphé. Nous sommes abattus moralement et physiquement », a-t-il ajouté, dénonçant un « dossier monté de toutes pièces ».

Le 12 février dernier, le procureur de la République Sidy Souleymane N’Diaye avait requis vingt ans de prison avec cinq ans de sûreté contre l’opposant, poursuivi pour « tentative d’assassinat, port illégal d’armes de guerre et de minutions ». La justice guinéenne le soupçonnait d’être impliqué dans plusieurs événements survenus au cours des manifestations de l’opposition menées en mai 2016, ce qu’il a toujours démenti.

Un « procès politique » ?

Le militant de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), du chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo, était notamment soupçonné d’avoir détenu une arme de guerre de type PMAK, à l’aide de laquelle il aurait ouvert le feu en mai 2016 sur des gendarmes en faction à l’ancien siège du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel. Selon l’accusation, il aurait tiré un total de « dix-neuf coups de feu », faisant des blessés mais pas de victime.

Aucune partie civile ne s’est présentée depuis l’ouverture du procès, le 4 février dernier. Son avocat a toujours rejeté ce « réquisitoire qui ne repose sur aucune preuve », dénonçant un « procès politique » et qualifiant un parquet « spécialisé dans la gestion de faux dossiers politico-judiciaires ».

Manifestations de l’opposition

Recherché, Boubacar Diallo avait finalement été interpellé par la gendarmerie et transféré à la prison civile de Kindia le 15 mars 2018, au lendemain d’une manifestation de l’opposition à Conakry qui avait fait trois morts parmi les manifestants. Le militant avait été présenté par le procureur comme l’un des auteurs des morts survenus au cours des différentes manifestations qui s’étaient succédé dans la capitale guinéenne pour contester les résultats des élections locales du 4 février 2018. Depuis, l’UFDG et les autorités se rejettent tour à tour la responsabilité de ces violences.

« Des renseignements reçus, il ressort que Boubacar Diallo dit « Grenade » reconnaît qu’au cours des manifestations, certains individus disposent des projectiles et des armes à feu comme les PMAK et qui tirent dans la foule faisant ainsi des victimes aussi bien parmi les manifestants que dans les rangs des forces de l’ordre », déclarait Sidy Souleymane N’Diaye, au ministère de la Justice.

Le principal parti d’opposition avait réagi en dénonçant dans un communiqué une « diversion » visant à « incriminer sournoisement l’UFDG et ses cadres dans l’assassinat de leurs propres militants ».

Le procureur ajoutait lors de cette sortie médiatique que les enquêtes avaient permis de saisir des photos de « l’inculpé tantôt en train de manier des armes, tantôt en compagnie de personnalités appartenant à une formation politique de la place et à une institution institutionnelle », indiquait-il sans nommer directement l’UFDG.

 « Grenade offensive »

Sur la photo où le jeune apparaît en treillis, tenant dans les mains une arme de guerre, transparaît en arrière plan une tête de lion, logo de la gendarmerie nationale. La preuve que « les photos exhibées ont été prises à la brigade de Kénien », en concluait son avocat Salifou Beavogui, lors de sa plaidoirie le 12 février dernier. Une défense soutenue par son confrère Souleymane Baldé : « Dans un procès pénal, ce n’est pas une question d’opinion, de souhait mais de preuves. Nous mettons au défi le procureur d’apporter un seul élément de preuve contre notre client : sur qui a-t-il tiré ou tenté de tirer ? Avec quel fusil ? »

Maintenant ses réquisitions, le procureur avait invité le juge à « protéger la société des méfaits de Boubacar Diallo », qualifiés de « Grenade offensive ». « Sa place est dans un centre pénitencier », avait-il martelé. Grenade devrait donc retourner le 18 mars à la Maison centrale de Conakry.

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