Diplomatie

Syrie : à Bruxelles, une conférence des donateurs pour mobiliser 8 milliards d’euros

Policier turc près de la frontière syrienne, 22 juillet 2015. © Emrah Gurel/AP/SIPA

Une nouvelle conférence des donateurs s'est ouverte mardi 12 mars à Bruxelles, avec l'objectif de mobiliser près de 8 milliards d'euros pour aider les réfugiés syriens. Les fonds promis ne devront pas servir à soutenir le régime du Bachar al-Assad dans sa reconquête, ont averti les Européens.

« La conférence ne doit pas seulement être un exercice de levée de fonds. Elle doit être accompagnée d’un message politique sur la conditionnalité de l’aide pour la reconstruction et le refus de l’impunité pour les dirigeants syriens coupables de crimes », a expliqué un diplomate européen.

Les Nations unies ont chiffré à 5,5 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros) les besoins financiers pour assister les quelque 5,6 millions de Syriens réfugiés hors de leur pays, en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte. Un montant additionnel de 3,3 milliards de dollars est destiné aux populations à l’intérieur de la Syrie confrontées à une situation humanitaire qualifiée d’ « insoutenable » par l’ONG Médecins du monde.

« Lassitude des donateurs »

Le montant des promesses sera dévoilé jeudi à l’issue d’une réunion ministérielle coprésidée par Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’UE, et des représentants de l’ONU – le secrétaire général adjoint, Mark Lowcock, et le haut-commissaire aux réfugiés, Filippo Grandi. Le Royaume-Uni a déjà annoncé une contribution de 400 millions de livres (464 millions d’euros).

« On constate une certaine lassitude de la part des donateurs, a reconnu un responsable européen à la veille de l’ouverture de cette 3e conférence de Bruxelles – la 7e depuis le début du conflit en mars 2011. S’il n’y a pas d’argent, rien ne peut se faire. » En 2018, les engagements avaient été très en deçà des attentes avec 4,4 milliards de dollars, soit la moitié des 9,1 milliards de dollars demandés par l’ONU.


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L’Union européenne et ses pays membres avaient répondu présents à l’appel des Nations unies avec les trois quarts des promesses de dons. Les États-Unis, qui seront représentés jeudi par James Jeffrey, le représentant spécial pour la Syrie, n’avaient en revanche pas communiqué le montant de leur contribution l’année dernière.

Plusieurs donateurs s’étaient engagés sur trois années lors de la conférence de 2018. La France avait promis 1,1 milliard d’euros pour la période 2018-2020. Les engagements pour 2019 et 2020 totalisaient 3,4 milliards de dollars.

« Pas question d’une normalisation »

La critique du président syrien contre le « siège économique » infligé à son pays et sa dénonciation des sanctions imposées par l’UE et les États-Unis ont jeté un froid sur la conférence. « Il n’est pas question d’une normalisation avec le régime de Damas, ce que certains pays de l’UE seraient prêts à faire », s’est insurgé un diplomate européen. « La crainte est que l’aide internationale ne soit détournée vers les régions affidées au régime », a-t-il reconnu.

Mais il est « fondamental » qu’elle soit distribuée aux quelque 5 millions de Syriens déplacés dans le pays, et qu’elle puisse être acheminée vers les régions du Nord-Est libérées de l’emprise du groupe État islamique (EI) par les forces démocratiques syriennes dominées par les Kurdes, a insisté un diplomate européen. « Le risque est que ces régions ne soient tentées par un modus vivendi avec le régime pour se protéger de la Turquie si elles sont abandonnées », a-t-il expliqué.

Il ne peut pas y avoir de changement de régime du jour au lendemain, mais des signaux sont attendus

L’UE n’exige plus le départ du président syrien comme préalable à son assistance pour la reconstruction du pays, mais elle demande une transition. « Il faut être réaliste. Il ne peut pas y avoir de changement de régime du jour au lendemain, mais des signaux sont attendus sur le lancement d’un processus de transition politique crédible et l’aide à la reconstruction peut être un levier sur le régime », a expliqué le diplomate.

Plusieurs pays, dont la France, ajoutent une autre condition : la lutte contre l’impunité. En 2018, les ministre de sept pays – Allemagne, France, Royaume-Uni, Suède, Pays-Bas, Danemark, Belgique – avaient fait serment que « pas un seul responsable des crimes commis en Syrie ne pourra échapper à la justice ».

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