Société

Algérie : appels à la grève générale diversement suivis

Des milliers de lycéens défilent dimanche en Algérie contre la candidature à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, tandis qu’un appel à la grève générale, lancé sur les réseaux sociaux, est diversement suivi à travers le pays.

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Mis à jour le 10 mars 2019 à 17:45

Des milliers de manifestants contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, vendredi 8 mars 2019 dans le centre-ville d’Alger . © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Dans le centre d’Alger, un millier de lycéens, drapeaux algériens à la main ou noués autour du cou pour certains, se sont rassemblés en criant notamment : « Hé, Bouteflika, pas de 5e mandat ».

Des défilés lycéens ont été signalés dans divers quartiers de la capitale et dans plusieurs villes du pays, où de nombreux lycées sont fermés dimanche, jour de semaine en Algérie.

Étudiants et enseignants occupent également plusieurs universités du pays, refusant de se plier à la décision des autorités, la veille, de faire commencer les vacances ce dimanche les avançant d’une dizaine de jours et les allongeant d’autant.

Quelque 2000 étudiants et enseignants sont notamment rassemblés à l’Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene (USTHB) à Alger, pour dénoncer cette décision et maintenir leur mouvement contre la candidature du président Bouteflika à l’élection présidentielle du 18 avril. Ils scandent: « Algérie libre et démocratique! ».

Transports à l’arrêt

Enseignants et étudiants de plusieurs universités du pays sont en grève depuis plusieurs jours et d’autres devaient les rejoindre dimanche. Une décision de fermer les cités universitaires durant les vacances avancées, ce qui aurait contraint les étudiants, nombreux dans les manifestations qui ont débuté le 22 février, à rentrer chez eux, a été rapidement annulée face au tollé.

Une nouvelle marche estudiantine est prévue mardi pour la 3e semaine consécutive.

Outre ces manifestations de lycéens et d’étudiants, un appel à la grève générale avait été lancé pour dimanche.

Aucun train – de banlieue ou grande ligne – ne part des gares de la capitale et aucun métro, tramway ou bus ne circule, ont indiqué à l’AFP des employés des entreprises gestionnaires respectives.

Une majorité de magasins du centre commerçant d’Alger n’ont pas ouverts dimanche, qui est un jour de semaine en Algérie, a constaté un journaliste de l’AFP. Même situation dans le quartier populaire de Bab el Oued ou à Zéralda, en banlieue, ont témoigné des habitants.

Situation contrastée hors d’Alger

En revanche, de nombreux commerces sont ouverts dans plusieurs autres quartiers de la capitale, selon des habitants. Et la plupart des administrations semblent fonctionner.

Du côté des lycées, la plupart des établissements sont fermés à travers le pays et de nombreux lycéens défilent dans plusieurs villes. À Alger, plusieurs centaines d’entre eux sont rassemblés sans incident dans le centre-ville.

Hors de la capitale, la situation est également contrastée, selon les témoignages recueillis par l’AFP.

À Oran, deuxième ville du pays, tous les commerces sont ouverts dans le quartier commerçant de Saint-Pierre, de même que le très fréquenté et populaire Marché de la Bastille, selon un journaliste d’un média algérien sur place.

À Constantine, troisième ville du pays, la moitié des commerces sont ouverts, l’autre moitié est restée fermée, a rapporté un journaliste local, qui précise que les lycéens sont dans la rue.

À Annaba, quatrième ville du pays, en revanche, deux des principaux marchés de la ville – El Hattab et le « marché français » sont fermés, de même que tous les commerces et administrations, rapporte un journaliste de la ville.

À Béjaia, « tout est fermé »

Les personnels des mairies des 12 communes de la wilaya (préfecture) d’Annaba sont en grève, a-t-il ajouté.

À Béjaia, grande ville de la région de Kabylie (nord), « tout est fermé »: lycées, collèges, administration et entreprises, affirme à l’AFP Achour Idir, un syndicaliste du secteur de l’Education, qui décrit une « paralysie totale de la ville ».

Selon le site d’information TSA (Tout sur l’Algérie), les salariés de la branche agroalimentaire du conglomérat Cevital, plus important groupe privé algérien, sont en grève et « la production de sucre et d’huile est à l’arrêt ».

TSA signale aussi des grèves dans « plusieurs structures » de Sonatrach, l’entreprise nationale des hydrocarbures, sans préciser s’il s’agit de sites administratifs ou de production.

Manifestations à Paris

Quelques milliers de personnes manifestaient également dimanche, à Paris, contre la candidature du président Bouteflika à un cinquième mandat en Algérie.

Souvent revêtus de drapeaux algériens, les manifestants, réunis sur la place de la République dans le centre de Paris, scandaient « Pouvoir assassin » ou « Système dégage » dans une ambiance bon enfant, faite de youyous des femmes et de stands à merguez et brochettes. « Mettons le FLN au musée », « un seul héros, le peuple », « pour une rupture radicale avec le système » pouvait on lire sur les banderoles et pancartes, certaines portées sur la statue de la République.

Un avion du gouvernement algérien s’est par ailleurs posé dimanche à Genève, où le président Bouteflika est hospitalisé depuis le 24 février, laissant supposer un retour prochain du chef de l’État en Algérie, où il est la cible d’une contestation sans précédent depuis sa première élection en 1999.