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Bacar dos au mur

Après les sanctions qui le frappent, le président de l'île d'Anjouan, coupable de s'être maintenu illégalement au pouvoir, pourrait en être délogé. Militairement.

L’Union africaine (UA) hausse le ton. Après avoir annoncé la prolongation, pour deux mois, des sanctions prises en octobre 2007 contre le colonel Mohamed Bacar, l’homme fort de l’île semi-autonome d’Anjouan qui a organisé, le 10 juin 2007, un scrutin illégal afin de se maintenir au pouvoir, l’organisation continentale vient d’opter pour le recours à la force comme le souhaite le président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi. Au départ, pourtant, l’UA avait tout fait pour privilégier le dialogue. Une délégation conduite par Nkosazana Dlamini-Zuma, ministre sud-africaine des Affaires étrangères, devait même se rendre à Mutsamudu, la capitale d’Anjouan, le 23 février. Seulement voilà, l’Afrique du Sud, favorable à une solution négociée, et les autres pays du groupe de contact sur les Comores (Tanzanie, Sénégal, Soudan) confrontés chez eux à des tentatives séparatistes (Zanzibar, Casamance) ou à des rébellions (Darfour) ne parviennent pas à se mettre d’accord. Au cours des discussions à Addis-Abeba, le 20 février, l’ambassadeur sud-africain a tout simplement claqué la porte Ambiance.
De son côté, la France, qui ne veut pas laisser l’avantage à la Libye et au Soudan sur ce dossier, a déjà fait savoir qu’elle apportera une aide logistique si on le lui demande. On n’en est peut-être pas encore là. Mais en attendant, Sambi a positionné des troupes de l’Armée nationale de développement (AND, composée d’environ 1 000 hommes, en majorité anjouanais) à Mohéli, en face d’Anjouan. Deux hélicoptères arrivés de la Libye en pièces détachées, et montés par des mécaniciens ukrainiens, sont déjà opérationnels. Tout semble prêt pour déloger Bacar et ses 800 gendarmes de l’île dissidente. Mais d’aucuns craignent qu’en cas de succès le chef de l’État comorien ne remette en cause, comme on lui en prête l’intention, l’autonomie accordée aux trois îles de l’archipel en 2001.
Selon un proche du dossier, l’homme fort d’Anjouan a pourtant mis beaucoup d’eau dans son vin. En janvier, devant une délégation de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), il s’est dit prêt à organiser un autre scrutin. À condition toutefois qu’une nouvelle commission électorale soit désignée, que la Cour constitutionnelle comorienne ne soit pas impliquée dans le processus et que la sécurisation des opérations de vote soit supervisée par la gendarmerie anjouanaise et les soldats de l’UA. Mais rien n’indique aujourd’hui que les partenaires extérieurs de l’archipel soient prêts à accepter les propositions de Bacar, dont le cas, assurent-ils, sera réglé d’ici au 31 mars – au plus tard.
Pour beaucoup, la crise que traverse actuellement l’Union est liée au problème de transfert des compétences entre le pouvoir fédéral et les trois îles. Ou aux 4 millions de dollars de recettes portuaires qu’encaissent chaque mois les dirigeants anjouanais. Mais pas seulement. Le conflit tient également aux antagonismes claniques particuliers à Anjouan. Si Ahmed Abdallah Sambi et Mohamed Bacar sont tous les deux originaires de cette île, le premier se réclame d’une ascendance aristocratique arabe, alors que le second descend de ruraux bantous. D’où la difficulté pour les deux hommes de trouver un modus vivendi. Pour Sambi, l’essentiel est de pouvoir restaurer l’intégrité de l’État fédéral. À tout prix.

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