Société

Afrique du Sud : prison pour deux fermiers blancs meurtriers d’un adolescent noir

Pieter Doorewaard et Phillip Schutte attendent leur verdict, le 6 mars 2019 à Mahikeng. © Wikus DE WET / AFP

Deux fermiers blancs ont été condamnés mercredi en Afrique du Sud à des peines de 23 et 18 ans de prison pour le meurtre d'un adolescent noir qu'ils soupçonnaient d'avoir volé des tournesols, un drame qui avait provoqué des émeutes dans la région reculée du Nord-Ouest.

« Le meurtre est sans aucun doute le pire délit qui puisse être commis », a déclaré le juge Ronald Hendrick, mercredi, au tribunal de Mahikeng, la capitale de la province du Nord-Ouest,

« Vous avez pris la victime et l’avez jetée du véhicule. Ce que vous avez fait ce jour-là était vraiment scandaleux », a-t-il ajouté en anglais, laissant du temps pour que ses propos soient traduits en afrikaans, la langue de nombreux agriculteurs blancs sud-africains.

Pieter Doorewaard, 28 ans, et Philip Schutte, 35 ans, ont été condamnés respectivement à 18 ans et 23 ans de prison pour le meurtre et l’enlèvement de l’adolescent. Les deux hommes ont échappé à la prison à perpétuité car « il n’y avait pas d’intention directe de tuer » la victime et qu’il s’agissait de leur première condamnation par un tribunal, a précisé le juge.

Le 20 avril 2017, Pieter Doorewaard et Philip Schutte avaient surpris Matlhomola Mosweu (aussi épelé Moshoeu), 15 ans, en train, selon eux, de voler des plants près de la bourgade de Coligny (nord-ouest).


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L’adolescent est décédé, selon le tribunal, après avoir été jeté d’un véhicule conduit par les deux hommes, une chute qui lui a brisé le cou. Les deux fermiers ont eux toujours affirmé que l’adolescent avait sauté du camion alors qu’ils le conduisaient au commissariat de police.

Philip Schutte, a écopé de la peine la plus lourde car il a été reconnu coupable d’avoir poussé le garçon.

Selon un proche des condamnés, le pasteur Tewie Pieters, les deux hommes devraient faire appel du verdict.

« Tellement douloureux »

Le père de la victime, Sakie Dingake, s’est dit déçu du verdict. « J’espérais une condamnation à plus de 30 ans de prison », a-t-il déclaré à l’AFP.

« C’est tellement douloureux que mon fils soit parti. Il ne reviendra pas. Et ces gens qui sont envoyés en prison, s’ils se comportent bien, ils pourront sortir. Qu’est-ce que je vais ressentir quand je les verrai dehors alors que mon fils n’est pas là ? », s’est-il demandé.

Réaction des autorités

Le drame en 2017 avait provoqué une onde de choc dans cette région rurale. Coligny avait été le théâtre d’émeutes et de pillage de magasins appartenant à des Blancs. « La communauté (locale) s’était révoltée à la suite de cette affaire » qui a « divisé » Coligny, a rappelé le magistrat.

Une fois le verdict prononcé, un responsable local noir a lancé un message aux « femmes blanches ».

« Ne laissez pas vos époux, vos frères, vos oncles ou vos fils endoctriner leurs fils avec ce racisme », a-t-il déclaré sur la chaîne d’informations eNCA. La société doit « opérer comme un piano. On joue les touches noires et blanches pour avoir une mélodie ».

Le gouvernement sud-africain a salué le verdict, qui, a-t-il espéré, va apporter « la paix et l’harmonie dans la ville ». Il a appelé la population « à travailler ensemble pour promouvoir la réconciliation à Coligny et réparer tous les divisions causées par cet incident ».

Des cas fréquents

Un quart de siècle après la fin du régime de l’apartheid, qui a séparé pendant des décennies la majorité noire et la minorité blanche, les tensions raciales persistent en Afrique du Sud.

Les incidents à connotation raciste restent fréquents, notamment dans les zones rurales. Selon les autorités, la minorité blanche (8% de la population) possède 72% des fermes contre 4% seulement aux Noirs (80% de la population).

En 2016, dans la province de Mpumalanga (est), deux fermiers blancs avaient tenté d’enfermer dans un cercueil un Noir qu’ils accusaient d’avoir pénétré sur leur propriété. Les deux hommes qui avaient filmé cette scène de torture avaient été condamnés à des peines de 19 et 16 ans de prison.

Et 74 fermiers, selon la police, ont été tués entre 2016 et 2017 en Afrique du Sud, pour la quasi-totalité des Blancs selon l’organisation AfriForum qui défend cette minorité.

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