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Cet article est issu du dossier «Législatives au Bénin sans l'opposition : les enjeux d'un scrutin inédit»

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Elections

Législatives au Bénin : inquiétudes après l’invalidation des candidatures de l’opposition

Le siège de campagne de Sébastien Germain Ajavon à Cotonou, au Bénin, le 24 février 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour J.A.

Non autorisés à participer aux législatives du 28 avril, les partis d'opposition, soutenus par la société civile, continuent de dénoncer une « exclusion préméditée » et favorable au président Patrice Talon.

C’est un coup dur pour l’opposition. Aucun de ses représentants n’a été autorisé par la Commission électorale nationale autonome (Cena) à se présenter aux législatives du 28 avril. Sur la liste rendue publique le 5 mars, y figurent seulement deux formations politiques soutenant Patrice Talon, l’Union progressiste (UP) et le Bloc républicain (BR).

« C’est historique et mauvais pour la réputation démocratique du Bénin », a déclaré Gustave Assah, président de l’organisation de la société civile dénommée « Task Force Citoyenne de la Cedeao ». « Cette situation n’augure pas d’un lendemain meilleur ou de la paix » dans le pays, a-t-il ajouté.


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En conséquence, les partis d’opposition ont refusé de participer à la réunion organisée par le chef de l’État dans la matinée du 6 mars, pour évoquer les prochaines législatives. « Le constat est malheureux. Organiser des élections sans aucun parti d’opposition, cela n’honore pas le Bénin. Je ne suis pas à l’aise », a indiqué le président Patrice Talon avant la rencontre, souhaitant « comprendre ce qui s’est passé, voir avec vous [la classe politique, ndlr] comment corriger le tir ».

À l’issue de la réunion, il a ainsi chargé le bureau de l’Assemblée nationale de trouver une sortie de crise d’ici les prochains jours.

Un code électoral polémique

Car la tension est de mise. « Il n’y aura pas d’élections sans les FCBE », a refusé Adechokan Gafari, le secrétaire aux affaires économiques des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), de l’ancien président Boni Yayi.

Avant la clôture du dépôt des dossiers de candidature, les principaux partis de l’opposition – les FCBE et l’Union sociale libérale (USL) de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon – n’avaient pas reçu leur certificat de conformité auprès du ministère de l’Intérieur, ni tous les quitus fiscaux demandés auprès de l’administration des impôts.

Ces deux documents ont été introduits dans la charte des partis politiques et dans le nouveau code électoral, tous deux adoptés en 2018 malgré de fortes critiques. Le certificat de conformité « prouve que le parti s’est conformé aux nouvelles exigences de la charte des partis », explique un cadre du ministère.

Le 20 février dernier, Sacca Lafia, ministre de l’Intérieur, avait notifié aux FCBE son refus de lui accorder le document. En cause, selon le ministre : un défaut de signature des statuts et du règlement intérieur, ainsi que des incohérences dans le dossier déposé.

« Une exclusion préméditée »

La même notification a été faite à l’USL, à qui il est reproché d’avoir violé l’article 13 du code électoral en raison de la condamnation de son président d’honneur, Sébastien Ajavon, qui, en octobre dernier, se voyait assigner d’une peine de vingt ans de prison dans une affaire de drogue qu’il conteste.

Ces documents ont été inventés pour tracasser l’opposition, c’est une exclusion préméditée

Quant au quitus fiscal, « c’est une pièce importante du dossier de candidature pour tout aspirant à un poste électif. La moindre des choses, c’est de commencer par être en règle vis-à-vis du fisc », a souligné Antoine Kpakpo, un juriste-fiscaliste.

« Ces documents ont été inventés pour tracasser l’opposition, c’est une exclusion préméditée », s’est indigné Guy Mitokpè, député de l’opposition dont le parti, Restaurer l’espoir (RE), est également exclu du scrutin faute de certificat de conformité. Selon lui, ces procédures contestées sont en réalité destinées à « nommer 83 députés » dont le mandat sera remis en jeu le 28 avril.

Violentes manifestations

L’absence de l’opposition aux législatives a également provoqué la colère des Béninois. Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du pays, telles que Porto-Novo, la capitale, et Tchaourou, dans le nord, qui protestaient déjà le 25 février contre le refus du ministère de l’Intérieur d’accorder à leurs leaders le certificat de conformité. Un mort et plusieurs blessés ont également été recensés le 26 février à Kilibo, dans le centre du pays, au cours d’affrontements entre la police et des manifestants.

Depuis la tension est montée d’un cran et les critiques à l’encontre de Patrice Talon se font de plus en plus virulentes sur les réseaux sociaux. Le régime y est accusé de « dérive dictatoriale », de s’accaparer le pouvoir d’État et l’appareil économique, « menaçant la paix sociale et la stabilité politique légendaire du pays ». Me Sadikou Alao, président de l’ONG Gerddes Afrique, a par exemple dénoncé un « coup de force » et appelé le président Talon au « rétablissement de l’ordre constitutionnel ».

Pour ce fait, une délégation de la Cedeao est au Bénin depuis le 3 mars dans le cadre d’une mission préélectorale, pour « s’imprégner des différentes dispositions prises par les acteurs pour la tenue des élections législatives dans la transparence et la paix ».

Cette délégation a déjà rencontré les forces de l’opposition et le président Talon. Selon le général Francis Béhanzin, commissaire au département Affaires politiques, paix et sécurité de la Cedeao, le chef de l’État « a fait la promesse d’une élection inclusive » pour ces législatives à laquelle sont conviés 5 millions de Béninois.

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