Automobile

Carlos Ghosn a quitté la prison de Tokyo après 108 jours de détention

Carlos Ghosn le 6 mars à Tokyo, quittant le bureau de son avocat. Après 108 jours d'enfermement, il a pu sortir de son centre de détention dans la matinée, après le versement d'une caution de huit millions de dollars.. © Kentraro Aoyama/AP/SIPA

Carlos Ghosn, ex-grand patron de Renault-Nissan, leader de l'automobile sur le marché africain, a été libéré sous caution le 6 mars de la prison de Kosuge, à Tokyo, après 108 jours passés en détention sur des accusations de malversations financières.

Vêtu d’un blouson barré de bandes réfléchissantes oranges, portant masque sanitaire, casquette et lunettes, l’ex-patron de Renault-Nissan est sorti du centre de détention encadré de gardiens avant de s’engouffrer dans une voiture gris clair banalisée, avec un de ses avocats japonais, devant les objectifs de dizaines de caméras et appareils photo.

Via son avocat, Carlos Ghosn a payé une caution d’environ 8 millions d’euros pour que le tribunal de Tokyo accepte, le 5 mars, sa remise en liberté, et un deuxième juge a rejeté dans la nuit du 5 au 6 mars un appel lancé par le procureur.


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« Je suis innocent et résolument déterminé à me défendre vigoureusement dans un procès équitable contre ces accusations sans fondement », avait déclaré Carlos Ghosn dans un communiqué en apprenant la décision mardi.

« Complot »

Il est très rare au Japon qu’une personne inculpée pour abus de confiance soit libérée avant que ne soit connue la date de son procès ou même avant que ce dernier n’ait débuté. Les experts expliquent que le nouvel avocat de M. Ghosn, Me Hironaka, a vraisemblablement offert des garanties qui ont convaincu le juge que le magnat franco-libanais-brésilien serait dans l’incapacité totale de détruire des preuves ou de quitter le pays.

Carlos Ghosn est accusé d’avoir minoré une partie de ses revenus, pour un montant de 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières. Il a également été inculpé pour abus de confiance. L’ex-patron estime être victime d’un « complot » ourdi par Nissan pour faire échouer son projet de rapprochement avec Renault.

La firme japonaise qui est effectivement à l’origine de l’enquête ayant conduit l’ex-PDG en prison a affirmé mardi dans un message transmis aux médias qu’il « ne joue aucun rôle dans les décisions prises par les tribunaux ou les procureurs et n’est donc pas en position de [les] commenter ».

Les activités africaines du groupe maintenues

« Les investigations menées en interne chez Nissan ont montré des conduites manifestement contraires à l’éthique […] et d’autres faits continuent d’émerger », précise le communiqué du constructeur, que Carlos Ghosn dirigeait depuis 1999.

En théorie, ce dernier est toujours administrateur de l’entreprise. Il pourrait assister à un conseil d’administration, mais cette possibilité risque de lui être refusée par le groupe.

Sur le continent africain, où l’alliance Renault-Nissan est passée leader du marché automobile en 2017, les péripéties judiciaires du désormais ex-grand patron ne semblent pas affecter les activités locales.

Les deux marques de l’alliance comptent leurs deux principales usines sur le continent au Maroc -à Tanger Med, pour Renault- et en Afrique du Sud -avec l’usine de Rosslyn, près de Pretoria, gérée par Nissan. Les coopérations industrielles et plans communs de production vont se poursuivre, comme l’a indiqué Marc Nassif, directeur général de Renault au Maroc, à l’issue de la première réunion Renault-Nissan tenu le 29 novembre.

2022 : augmentation de la production marocaine en perspective

Carlos Ghosn s’était par ailleurs rendu le 25 octobre 2018 au royaume chérifien – trois semaines avant son arrestation –  où il avait été reçu à Marrakech Mohammed VI, à qui il avait annoncé le doublement de la production de son usine historique de Casablanca (la Somaca, fondée en 1959, détenue à 80% par Renault, et à 20% par PSA), avec 160 000 véhicules assemblés sur ce site d’ici à 2022. Cette progression portera la production totale du groupe au Maroc à plus de 500 000 véhicules par an, puisque l’usine de Tanger Med, entrée en production en 2012 et qui a fabriqué 300 479 voitures en 2017, doit parvenir à un rythme annuel de 400 000.

Pour le moment, les deux usines marocaines produisent les modèles Lodgy, Sandero, Dokker et Logan MCV des marques Renault et Dacia (du groupe Renault). Nissan avait initialement envisagé de construire sa propre usine sur un terrain déjà réservé à côté de celui de Renault Tanger Med, à Melloussa, mais il a repoussé aux calendes grecques ce projet.

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